jeudi 6 août 2015

"Inhuman" de Kat Falls

Bienvenue aux Etats-Unis dans un futur proche. Le pays est désormais divisé en deux partie : à l'ouest, la zone saine où vivent les survivants d'un virus dévastateur et leurs descendants; à l'est, la zone sauvage où sévit toujours le virus. Ce virus, le ferae, qui dissémina 40% de la population des Etats-Unis, transforme les humains en bêtes féroces et les animaux en êtres hybrides monstrueux. 
Lane, 17 ans vit à l'ouest avec son père. La zone sauvage est pour elle comme pour tous les habitants de l'Ouest, un mystère. On raconte des histoires terribles sur l'Est mais personne n'a vraiment pu vérifier leur véracité car un mur immense de 200 mètres de haut et s'étalant sur plusieurs centaines de kilomètre sépare les deux zones. La règle est très stricte, toute personne qui franchirait le mur serait bannie à tout jamais de l'Ouest. Mais Lane, contrainte et forcée par un ignoble chantage, va devoir le franchir pour sauver son père.
        
Kat Falls signe avec Inhuman une dystopie efficace et surprenante! Si la base du récit manque certes un peu d'originalité, la suite est tout à fait captivante! D'abord, il y a les symptômes et les conséquences du virus qui donnent lieu à un univers et à des créatures merveilleuses. On est vite transportés dans ce monde où la nature a repris le dessus et où l'aventure est présente à chaque coin de rue en ruine! Ensuite, il y a les personnages : Lane, Everson et Rafe. Malgré quelques petits côtés agaçants, ce triangle amoureux fonctionne bien car ni les personnages, ni le lecteur, ne sont dupes de ce cliché! Enfin, le rythme de l'histoire qui monte, bien sûr, en crescendo, nous assure un moment de lecture des plus distrayants! Et comme toute bonne dystopie, deux autres tomes sont prévus! Vivement la suite!

Inhuman, Kate Falls, Milan, 2015

samedi 4 juillet 2015

Le Grand méchant renard, de Benjamin Renner

Le Grand méchant renard c'est de l'humour en barre! Voyez un peu, la couverture parle d'elle-même!
      
Il était une fois, un grand méchant renard... enfin plutôt, un méchant renard... bon, disons, un renard. Donc, il était une fois un renard, piètre chasseur, qui mangeait des navets parce qu'aucun animal n'avait peur de lui. Malgré de nombreuses visites aux poules de la ferme d'à côté, rien n'y fait, il se fait chasser à coups de bec! Il n'est même plus redouté par les autres animaux de la ferme, le cochon et le lapin lui serrent la patte et lui ramassent des légumes. Bref, notre pauvre renard déprime. Il a envie de viande! Lorsqu'il fait part de son problème au loup, celui-ci lui propose une solution avec un plan machiavélique : voler les œufs de la poule, attendre que les poussins grandissent un peu, et... les manger! Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. D'abord obligé de couver les œufs jusqu'à leur éclosion, le renard trouve son unique réconfort en imaginant son futur festin. Seulement voilà, il n'avait pas prévu qu'à leur naissance les poussins considèrent comme leur mère, le premier qu'ils voient! Comble du ridicule, notre renard est désormais appelé "Maman" par trois adorables poussins! Et il n'est pas au bout de ses peines! 

   
Une BD qui se dévore en un rien de temps! Benjamin Renner enchaîne gags sur gags, à la façon de Tex Avery et accompagne le tout de dialogues drôles et savoureux!  On se délecte de son coup de crayon, à la fois léger et très expressif, et de sa galerie de personnages hauts en couleurs: la poule matrone, le chien fainéant, le lapin stupide, le loup froid et calculateur... Avec un suspens haletant, des clins d’œil parsemés ici ou là, mais aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, tous les ingrédients sont là pour nous faire passer un moment de détente inoubliable! 


Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner, Delcourt, 2015

vendredi 12 juin 2015

"Le Journal de Gurty : Vacances en Provence", de Bertrand Santini

Le Bertrand Santini nouveau est arrivé! Comme toujours, j'attendais celui-ci avec impatience, et je ne suis pas déçue!

Gurty est une petite chienne. Elle va passer ses vacances d'été en Provence, avec son humain Gaspard. Dans son journal, daté du 1er au 42 juillet, elle raconte toutes ses aventures! De son arrivée en train à son départ, en passant par ses déconvenues avec le chat qu'elle surnomme "Tête de fesses" (on comprend dès qu'on le voit) et ses longues journées à contempler un plan de tomates ou un nuage avec la chienne d'à côté, Fleur. On saura tout des vacances de cet attachant Rantanplan! 

D'ailleurs, ce n'est pas tant les petites péripéties de Gurty qui rendent cette histoire si poilante (quoi que la dernière est particulièrement drôle!!) que la façon dont elles sont écrites. Avec une naïveté et une logique toute canine: 


"On ne se méfie jamais assez de sa queue [...] Par exemple, parfois je prends un air méchant pour faire une farce.. et j'oublie que ma stupide queue rigole d'avance. Alors, tout le monde devine que je prépare un sale coup et ma blague tombe à l'eau."

Des dialogues à couper le souffle,


 "- Si, c'est toi! - Non, c'est pas moi! - Non, c'est toi! - Mais si, c'est toi! - Si, c'est toi! - Mais non! - Non! - Si! - Non! - Si!...", 

de l'action en veux-tu en voilà,



des personnages sympathiques, 



bref, IRRESISTIBLE! Et en plus, c'est Bertrand Santini himself qui a illustré, et là, je dis bravo! A quand les nouvelles aventures de Gurty?

Le Journal de Gurty : Vacances en Provence, Bertrand Santini, Sarbacane, "Pépix", 2015

mardi 19 mai 2015

Les Petites reines, de Clémentine Beauvais

GE-NI-AL! J'ai bien envie de m'arrêter là, car ce livre est vraiment, tout simplement, génial! Mais comme j'ai le soucis de la chronique bien faite je vais en dire un peu plus!
                 
Tout commence dans un lycée de Bourg-en-Bresse par un concours qui a lieu depuis 3 ans sur Facebook, celui du Boudin de l'année. Cette année, Mireille Laplanche, 15 ans et demi, élue boudin de bronze, est détrônée pour la première fois par deux autres filles, Astrid Blomvall, boudin d'or et Hakima Idriss, boudin d'argent. Un peu surprise, Mireille prend tout cela avec philosophie (depuis peu). Le recul, l'autodérision, l'humour surtout, sont les armes qu'elle arbore avec fierté et panache, ce sont aussi ses meilleurs boucliers pour se préserver. Sa vie avec son chat Babyboule, sa mère, qui ressemble à Catherine Deneuve (Mireille a pris du côté de son père) et son beau-père Philippe Dumont (qu'elle appelle toujours Philippe Dumont) aurait pu suivre son cours normal si la reine du concours n'avait pas débarqué chez elle, en pleurs, le soir de la "remise du prix". Tentant d'abord de lui remonter le moral, Mireille décide d'aller rendre visite, avec Astrid, au troisième boudin, Hakima. C'est chez Hakima qu'elle va faire la connaissance de son frère Kader, rebaptisé secrètement le Soleil tellement il est beau, ancien soldat qui a perdu ses jambes lors d'une embuscade en "Galéristan". Cette rencontre va les conduire dans un périple de plusieurs centaines de kilomètres de Bourg-en Bresse à Paris! Avec un but bien précis, Mireille entraîne en effet sa nouvelle petite bande à vélo ("On dit "à vélo" [...] parce qu'on est pas dans le vélo, mais sur le vélo. On dirait pas "en cheval" ou "à train", eh ben c'est pareil") ainsi qu'une bonne cargaison de boudins qu'ils vendront sur la route!

Clémentine Beauvais signe avec Les Petites reines un roman optimiste qui fait un bien fou! Le personnage de Mireille est d'une drôlerie irrésistible et est doté d'un sens de la répartie hors du commun! A travers cette promenade gourmande dans l'Ain et sur les bords de Loire, les adolescentes vont se révéler! L'esprit d'équipe, la solidarité, le dépassement de soi par le sport, sont autant de valeurs qu'elles vont découvrir.
           
Outre ce côté hyper distrayant, assaisonné des réflexions toujours bien senties de Mireille, l'auteur, l'air de rien, se livre à une petite critique très pertinente de notre société. Sont visés, en particulier, le culte de la minceur, les réseaux sociaux, les médias et le vide informationnel qu'ils génèrent parfois, ainsi que l'exutoire que représente la toile quand chacun se livre, abrité derrière son écran, aux plus ignobles commentaires en toute impunité. "... pour chaque fois où une personne dit qu'on est géniales, fortes, intelligentes et combatives, il y en a une autre [...] qui s'applique à écrire qu'on est des grosses connes moches, des laiderons, des putes[...] moches comme des truies. Qui sont ces gens? Le mystère reste entier. Y a-t-il des personnes qui existent, qui vivent, qui mangent, qui rient et qui dansent , derrière ces ahurissantes insultes?"
                    
Le portrait qu'elle brosse des ados est tout aussi corrosif! Parfois cruels, focalisés sur les apparences et l'image qu'ils souhaitent donner d'eux, notamment sur les réseaux sociaux, c'est un bonheur de voir, au contraire, Mireille et ses copines revendiquer qu'elles ne font pas du vélo pour être "belles" ou perdre du poids et se goinfrer de produits régionaux à chaque étape de leur périple! "... je suis fan de crottin de Chavignol depuis mon plus jeune âge. C'est bien simple, à deux mois et demi, j'ai repoussé le sein de ma mère pour n'accepter mon lait que sous forme de crottin de Chavignol."

Un roman original, drôle et intelligent, qu'on a du mal à quitter une fois commencé et qui donne même envie de se lancer, comme Mireille et ses boudinettes, à l'assaut des routes de France, à vélo!

Et pour profiter au max des Petites reines, voici la bande-son du livre! ;)

Les Petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2015



mercredi 6 mai 2015

"Mentine, tome 1 : Privée de réseau !" de Jo Witek

Mentine, parisienne pur jus, 12 ans et demi, surdouée au QI démentiel. Pour ne pas passer pour une boulette au collège, c'est-à-dire une intello (elle est en classe de 3e tout de même) elle fait exprès de rater ses contrôles et d'afficher une moyenne plus que passable. En punition, ses parents décident de l'envoyer passer ses vacances d'été dans le Larzac chez un ami de sa grand mère, Raoul, un paysan bougon et un ex militant. Stupeur et tremblements pour Mentine, adieu les vacances au bord de la mer à Biarritz avec ses amies à draguer et se la couler douce, bonjour brebis, campagne profonde, réveil à 6h00 du matin, et surtout absence de réseau!! Le cauchemar commence... elle est bien décidée à ne pas se laisser faire par le vieux grincheux qui ne la ménage pas et ne cesse de l'appeler "jeune fille". Seulement, ce coup ci, elle n'a pas le dernier mot! Le Raoul a un sacré caractère aussi, il s'est battu en 70 contre les militaires qui voulaient détruire les champs au profit de l'agrandissement de leur base, ce n'est pas pour se laisser marcher dessus par une gamine de 12 ans! Mentine ravale donc sa fierté et décide de lui prouver ce qu'elle vaut. Surtout que le stagiaire de Raoul, Eric, 17 ans, n'est pas pour lui déplaire...

Mentine est une petite peste de parisienne friquée, elle le reconnait elle-même! Mais une peste tellement attachante : haute en couleurs, sincère, elle a toujours des réflexions très pertinentes... En tant que surdouée, elle réfléchit comme une adulte mais a le corps d'une enfant et c'est là toute la problématique. Comment être prise au sérieux par les adultes? Comment s'intégrer aux adolescents de son âge? Partagée entre le trop ou le pas assez, difficile pour elle de trouver le bon équilibre. Au cours de cet été, elle va apprendre beaucoup sur elle-même et revoir certains de ses préjugés notamment sur les paysans et la vie à la campagne. elle va découvrir aussi ce que sont le véritable amour et l'amitié profonde. Surtout, elle va comprendre grâce à Raoul, que ce sont les actes qui définissent une personne, qu'elle doit s'accepter comme elle est et que parfois, il faut juste laisser faire le temps! Tout ça, en un mois, et oui!
            
Encore une fois, Jo Witek réussit à nous charmer avec ce roman frais, drôle et émouvant! 

Mentine, tome 1 : Privée de réseau!, Jo Witek, Flammarion, 2015