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mercredi 27 février 2013

"Yakusa Gokudo (T.1) Les Otages du Dieu-Dragon", Michel Honaker

La mafia japonnaise vous connaissez? Et la mafia nord-coréenne? Pas encore? Alors bienvenue dans la baie d'Osaka! Saburo est un jeune yakusa (c'est-à-dire, un membre d'un groupe de crime organisé au Japon), un soir où lui et son clan règlent son compte à un type louche, Saburo sauve des eaux une jeune femme. Tout cela va à l'encontre des codes de son clan hérités des samouraï, pourtant, poussé par son instinct, Saburo lui vient en aide. Elle lui fait penser à la princesse Otohimé, tout droit sortie d'un conte que sa mère lui racontait lorsqu'il était enfant. La jeune femme est apeurée et a perdu la parole suite à un gros choc émotionnel, personne ne sait qui elle est, ni d'où elle vient... et pour arranger le tout, la police est à sa recherche et un fourgon noir rôde sournoisement dans les parages...
Ici, peu de place pour les longues descriptions et la psychologie approfondie des personnages, nous sommes en plein thriller, court mais efficace avec un petit côté japonisant qui n'est pas pour nous déplaire. Avec ce livre, Michel Honaker nous plonge aussi dans une partie de l'histoire et de la culture du Japon, du crime organisé et des luttes ancestrales entre les gangs japonais et nord-coréens. Surtout, ce livre aborde un thème peu commun, celui de l'enlèvement de jeunes enfants et adolescents sur les plages du Japon par la mafia nord-coréenne depuis 40 ans. Un thriller divertissant et très instructif, premier tome d'une série dont le deuxième est en préparation.

Yakusa Gokudo (T.1) Les Otages du Dieu-Dragon, Michel Honaker, Flammarion, "Grand format", 2013

mercredi 29 août 2012

"Traverser la nuit", Martine Pouchain

"Pour voir resplendir l'aube"...


Vilor est flic à Etrenjoie, un bled paumé en Picardie. Les journées s'étirent au rythme des verres de gnôle et des conversations au zinc de l'unique bistrot d'Etrenjoie. Le sujet des conversations tourne souvent autour d'une seule et même personne, Blanche, une beauté juvénile sur laquelle tous les hommes se retournent et perdent la tête... C'est le meurtre du maire, qui se trouve être aussi le père de Blanche, retrouvé égorgé et noyé dans la fontaine du village, qui va mettre Etrenjoie en émoi...
Qui est donc le meutrier de Jacques Jaron? Dans ce village où tout le monde connaît la vie de tout le monde et s'observe, il est difficile de garder un secret... On suit le déroulement de l'enquête au travers du regard de Vilor, qui raconte l'histoire comme il l'a vécue. Il commence d'ailleurs le livre comme cela : " "A quoi ça sert d'inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable?" C'est une détenue de je ne sais quelle prison pour je ne sais quel crime qui a dit ça un jour. Et c'est exactement ce que j'ai pensé quand j'ai eu envie de vous raconter la mienne, d'histoire."

Ce qui fait la richesse de ce livre, c'est cette palette de personnages imparfaits mais attachants à l'accent à couper au couteau, l'ambiance parfaitement restituée de ce village picard avec son histoire, ses coutumes et son pâtois, mais aussi la personnalité tourmentée du narrateur.

L'enquête devient alors prétexte à la description de toute ce petit monde qui gagne en épaisseur au fil des pages. Secrets de familles, violences, misère, au final le roman ce révèle d'une densité prenante. L'écriture de Martine Pouchain atteint une dimension nouvelle où le parlé très imagé de Vilor, frôle par moment la poésie, notamment pour décrire les atmosphères : "J'ouvre la lucarne pour laisser entrer les étoiles. J'ai dans l'idée qu'elles se sentent ici comme chez elles. Un agnus dei ruisselle dans l'air tiède, tapisse le soir de son vernis liturgique et le paysage aussitôt se transfigure, mute cathédrale. La faune nocturne commence à s'aventurer hors des terriers, et ses chuintements, glapissements, hululements se mêlent aux trépidations de l'orgue."

L'atmosphère devient, au fil des pages, de plus en plus pesante et l'intrigue, fort bien menée de bout en bout, jusqu'au retournement final, se révèle plus surprenante que prévue! Mais je ne dirai rien. Que si in meule deminde*!

* Que si on me le demande

 Traverser la nuit, Martine Pouchain, Editions Sarbacane, 2012