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samedi 2 septembre 2017

"L'ingrédient secret du bonheur" de Laurel Remington.

Scarlett est une collégienne pas tout à fait comme les autres; sa mère, une blogueuse très tendance, s'est rendue célèbre grâce aux billets publiés sur la vie de sa fille. Toute sa vie est étalée sur Internet mais le pire, c'est que tout le monde au collège, ou dans son quartier, sait qui est la célèbre blogueuse et, surtout, qui est la fille dont elle parle une fois par semaine! Scarlett, humiliée de voir sa vie ainsi déballée au grand jour, s'est peu à peu refermée sur elle-même. Elle n'a plus d'amis, elle ne fait plus aucune activité extra-scolaire, elle ne parle plus à sa mère, bref, elle essaye par tous les moyens de donner le moins de matière possible à sa mère. Elle est triste et se sent très seule, forcément. Pourtant, un jour, tout va changer grâce à une mamie hospitalisée, un chat affamé, une cuisine fabuleuse, et un livre de cuisine fantastique! 

Attention, ce livre va vous donner des envies de gâteaux et aussi de vous mettre aux fourneaux! Bien écrit, bien mené, Laurel Remington qui publie là son premier roman, traite d'un sujet très actuel, avec talent. On s'attache vite aux personnages qui paraissent d'abord assez caricaturaux mais dont on découvre bien vite les failles, et on prend plaisir à suivre l'évolution de Scarlett. Trouvera-t'elle l'ingrédient secret du bonheur grâce à la cuisine? Une lecture très accessible et pleine de surprises, sur l'entraide, le partage et la transmission, qui se dévore dès 10 ans.

L'ingrédient secret du bonheur, Laurel Remington, Casterman, 2017 
(322 pages)

★★★★☆

jeudi 13 avril 2017

"Je suis ton soleil", de Marie Pavlenko

Déborah vit à paris avec son père, un rédacteur en chef surbooké, et sa mère, une femme plutôt distante et qu'elle sent s'éloigner de plus en plus. Elle s'apprête à rentrer en terminale. Elle croit à la théorie de la scoumoune qu'elle a pu tester à de nombreuses reprises : d'ailleurs, le théorème de la scoumoune a encore frappé en ce jour de rentrée des classes puisque Isidore, son "chien-clochard", lui a mangé sa dernière paire de chaussures. Malgré ce fameux théorème et le bac en ligne de mire, Déborah espère passer une bonne année. Elle déchante un peu lorsqu'elle apprend qu'elle n'est pas dans la classe de sa meilleure amie Éloïse; pire, elle se retrouve avec la peste du lycée, Tania, et un garçon bizarre, passionné par les araignées, qu'elle et Éloïse ont surnommé Mygaleman. Il y a aussi un petit nouveau, Victor, qui ne la laisse pas indifférente... Cette année, sera en fait l'année du changement pour Déborah, et même de grands bouleversements: sa meilleure amie n'a plus d'yeux que pour son nouveau mec et Déborah ne la voit presque plus, surtout, elle surprend son père dans les bras d'une autre femme. Effondrée, elle trouve du réconfort dans d'inattendus nouveaux amis : Jamal, alias Mygaleman, et le beau Victor. Entre rires et pleurs, euphorie et désespoir, Déborah va vivre une année en forme de montagnes russes et notre pauvre cœur de lecteur va être bien mal mené lui aussi!

Attention, gros gros GROS coup de cœur pour ce fantastique roman!  Aussi à l'aise lorsqu'il s'agit d'aborder des sujets graves (comme le suicide ou l'avortement) que des thèmes plus légers, Marie Pavlenko, qui a mis plusieurs années avant de terminer ce roman, m'a touchée en plein cœur. Grâce à des personnages forts et touchants, notamment celui de Déborah, qui ne perd jamais son sens de l'humour, le roman atteint une vraie densité. Marie Pavlenko signe une très belle histoire sur l'adolescence, cette période si riche en émotions qui chamboulent toute notre vie. Ici, point de romance gnian-gnian à l'eau de rose, se sont surtout l'amitié et l'entraide qui sont au cœur de cette histoire. Sans jamais tomber dans la démonstration, l'auteur nous parle avec subtilité de l'amour, celui qu'on ressent pour ses parents, pour nos amis ou pour une personne en particulier. L'amour filial ou l'amour sans retour, celui qui se termine ou celui qui grandit. Tout cela toujours dans la légèreté et ponctué de passages hilarants (j'ai particulièrement apprécié la rencontre entre Déborah et Gertrude la mygale ou encore celui où elle teste le yoga avec sa mère!) Un page turner aussi désopilant qu'émouvant, qui se dévore en quelques heures ou plus, si on veut faire durer le plaisir!

"La prof arrive et, comment dire... Je suis face à un hobbit affublé de jambières rose bonbon. Frodo avec une perruque et une tenue sportive moulax.
Et vas-y que je tends la jambe, que je la fais passer sous mon aisselle et ressortir sous le menton, que j'inspire hiiiiiiiiiiiin, que j'expire pffffffffffff. Et on enchaîne : la position du héron ventripotent, le mulot crucifié, le bouc unijambiste. Oui, c'est bien, ton mollet doit entrer en fusion avec ton esprit. C'est bon pour ton karma. 
J'aime ma mère, j'essaie d'adopter un visage neutre, voire encourageant, mais la vérité est simple : le yoga, ce n'est pas pour moi."  

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko, Flammarion jeunesse, 2017
(466 pages) 

 

jeudi 9 février 2017

"Sauveur et fils" de Marie-Aude Murail



Si vous connaissez et appréciez la série En analyse (ou In treatment) avec Gabriel Byrne, vous aimerez très certainement Sauveur et fils de Marie-Aude Murail
           
Dans ce roman, nous suivons en effet l'histoire d'un psychologue clinicien, Sauveur Saint-Yves, qui est aussi père célibataire et vit à Orléans. Ses journées sont rythmées par les visites de ses patients et par son fils de 8 ans, Lazare. Celui-ci écoute d'ailleurs régulièrement en cachette, et sans trop bien comprendre, les séances de Sauveur. Et on en voit défiler des gens dans ce cabinet! De l'adolescente adepte de la scarification à la famille recomposée et homoparentale en passant par une fillette qui préfèrerait être un garçon, tout comme Lazare on suit la vie de ces personnes avec un intérêt grandissant. Chez Sauveur et fils, la vie suivrait donc son petit bonhomme de chemin si de curieux évènements ne se produisaient depuis quelques temps autour de la maison. Évènements qui vont d'ailleurs obliger Sauveur à révéler certains pans de son histoire à son fils et à lever le voile sur la mère de Lazare que celui-ci n'a jamais connu.
    
Marie-Aude Murail signe là un premier tome (ou première saison) tout à fait réussi! Avec un humour parfois grinçant et beaucoup de subtilité et de justesse, elle évoque des sujets difficiles à travers les portraits de ces patients : suicide, homosexualité, racisme, folie ... Toujours très à l'aise pour créer des personnages attachants et hauts en couleurs, Marie-Aude Murail est aussi fine psychologue. Maîtrisant les nuances et la complexité des relations humaines elle nous accroche immanquablement avec cette série où l'action se déroulent essentiellement... dans le cerveau humain! C'est donc avec plaisir que j'ai retrouvé Sauveur et sa bande (tellement charmant que s'il existait j'irai le consulter tout de suite), dans le tome 2! Marie-Aude Murail y parle toujours de la famille et des détresses de l'adolescence, on y retrouve aussi certains des patients de la saison 1 et bien entendu, des hamsters! Pas du tout déçue par ce nouvel opus, bien que l'effet de (bonne) surprise soit un peu passé,  je ne manquerai certainement pas de  lire la saison 3 qui sort au mois de mars!

Sauveur et fils, Marie-Aude Murail, Ecole des loisirs, 2016 

samedi 16 avril 2016

"Le Domaine", de Jo Witek

Gabriel, 16 ans, accompagne sa mère Florine, embauchée comme aide-cuisinière pour l'été, chez le comte et la comtesse de La Guillardière. La demeure, entourée de marais et de landes, est un endroit inespéré pour Gabriel. Passionné d’ornithologie et amoureux de la nature, il pourra en effet observer les oiseaux à sa guise. Pourtant, dès qu'il franchit les portes du domaine, un profond malaise s'empare de lui. Il ne se sent pas à sa place dans cette famille bourgeoise très attachée aux traditions et tout s'emballe dès lors que les petits enfants, quatre cousins et cousines de son âge, arrivent. Brillants et sûrs d'eux, ils prennent tout de suite Gabriel de haut et le considèrent comme un original, un peu sauvage. Surtout, il y a la belle Éléonore qui retourne la tête de Gabriel dès qu'il la voit. Lui qui, jusque là, passait ses journées à observer les oiseaux perd subitement tout intérêt pour l'ornithologie et se comporte de plus en plus étrangement. Ce n'est plus les oiseaux qu'il observe mais les gens du domaine qu'il épie et, en particulier, Eléonore.
                
Pour son nouveau roman dans la collection "Thriller" de chez Acte sud junior, Jo Witek a souhaité revenir aux sources du genre en s'inspirant des romans gothiques anglais de Anne Radcliffe et du romantisme d'Emily Bronté. Le personnage de Gabriel, sensible, romantique et passionnée est un archétype du genre très attachant et l'auteure prend son temps afin que nous puissions faire connaissance avec lui. Sans qu'il y ait besoin de beaucoup d'actions, Jo Witek parvient à accrocher son lecteur grâce à ce personnage et à l'ambiance qui se dégage du roman. Des landes isolées et inquiétantes, un personnage principal tourmenté par des rêves morbides et des pulsions qu'il ignorait pouvoir ressentir jusque là, et des personnages secondaires qui semblent tous avoir quelque chose à cacher, tout se met en place progressivement afin de faire monter l'angoisse. C'est vraiment à la fin du récit que Le Domaine se transforme en thriller. Surprenant, le dénouement nous montre comment un adolescent équilibré peut perdre la raison par amour d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un premier amour et qu'il est à sens unique!
            
Avec une écriture toujours travaillée, Jo Witek réussit encore une fois à transporter son lecteur hors du temps!

Le Domaine, Jo Witek, Acte sud Junior, "Thriller", 2016

vendredi 22 janvier 2016

"Quatre soeurs, tome 3 : Bettina", de Cati Baur et Malika Ferdjoukh

C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé (après une longue attente!) les formidables sœurs Verdelaine et la Vill'Hervé de Malika Ferdjoukh sous le pinceau de Cati Baur! 
         
Après Enid, la coquine cadette , Hortense, la romantique et solitaire, voici le moment de nous attarder un peu plus sur l'insupportable Bettina, sans doute ma préférée! Dans ce tome, les cinq sœurs Verdelaine doivent à nouveau faire face à des problèmes d'argent et, pour y remédier, Charlie, l'aînée de la famille, a l'idée de louer deux pièces de leur vieux manoir, dont la chambre de leurs défunts parents. C'est Tancrède, jeune "nez" parisien en quête d'odeurs pures, qui débarque chez les cinq sœurs, et chamboule le cœur de Charlie. Comme d'habitude, il règne un joyeux désordre à la Vill'Hervé, d'autant que les petits cousins, parisiens également, Harry et Désirée, viennent eux aussi profiter des bien-faits de la mer pour les vacances de Pâques! Pendant ce temps là, Bettina pense encore à la chance qu'elle a laissé passer de vivre le grand amour avec Merlin, qu'elle n'a jamais autant aimé que depuis qu'elle l'a perdu...
           
Toujours fidèle à l'univers de Malika Ferdjoukh, Cati Baur offre un écrin tout en fraîcheur et délicatesse à ces cinq filles de caractère. Elle excelle a rendre compte de l'atmosphère qui règne à la Vill'Hervé, ce cocon fait de bric et de broc, à traduire des pages d'écriture en une ou deux planches de dessins, bref, à retenir la quintessence des romans de Malika Ferdjoukh.
         
On y plonge comme dans un bain chaud, avec délectation! C'est douillet et réconfortant, on n'a vraiment pas envie d'en sortir! J'attends déjà la suite (et fin, hélas...)! 

Quatre sœurs: Bettina, Cati Baur, Malika Ferdjoukh, Rue de Sèvres, 2015

mardi 19 mai 2015

Les Petites reines, de Clémentine Beauvais

GE-NI-AL! J'ai bien envie de m'arrêter là, car ce livre est vraiment, tout simplement, génial! Mais comme j'ai le soucis de la chronique bien faite je vais en dire un peu plus!
                 
Tout commence dans un lycée de Bourg-en-Bresse par un concours qui a lieu depuis 3 ans sur Facebook, celui du Boudin de l'année. Cette année, Mireille Laplanche, 15 ans et demi, élue boudin de bronze, est détrônée pour la première fois par deux autres filles, Astrid Blomvall, boudin d'or et Hakima Idriss, boudin d'argent. Un peu surprise, Mireille prend tout cela avec philosophie (depuis peu). Le recul, l'autodérision, l'humour surtout, sont les armes qu'elle arbore avec fierté et panache, ce sont aussi ses meilleurs boucliers pour se préserver. Sa vie avec son chat Babyboule, sa mère, qui ressemble à Catherine Deneuve (Mireille a pris du côté de son père) et son beau-père Philippe Dumont (qu'elle appelle toujours Philippe Dumont) aurait pu suivre son cours normal si la reine du concours n'avait pas débarqué chez elle, en pleurs, le soir de la "remise du prix". Tentant d'abord de lui remonter le moral, Mireille décide d'aller rendre visite, avec Astrid, au troisième boudin, Hakima. C'est chez Hakima qu'elle va faire la connaissance de son frère Kader, rebaptisé secrètement le Soleil tellement il est beau, ancien soldat qui a perdu ses jambes lors d'une embuscade en "Galéristan". Cette rencontre va les conduire dans un périple de plusieurs centaines de kilomètres de Bourg-en Bresse à Paris! Avec un but bien précis, Mireille entraîne en effet sa nouvelle petite bande à vélo ("On dit "à vélo" [...] parce qu'on est pas dans le vélo, mais sur le vélo. On dirait pas "en cheval" ou "à train", eh ben c'est pareil") ainsi qu'une bonne cargaison de boudins qu'ils vendront sur la route!

Clémentine Beauvais signe avec Les Petites reines un roman optimiste qui fait un bien fou! Le personnage de Mireille est d'une drôlerie irrésistible et est doté d'un sens de la répartie hors du commun! A travers cette promenade gourmande dans l'Ain et sur les bords de Loire, les adolescentes vont se révéler! L'esprit d'équipe, la solidarité, le dépassement de soi par le sport, sont autant de valeurs qu'elles vont découvrir.
           
Outre ce côté hyper distrayant, assaisonné des réflexions toujours bien senties de Mireille, l'auteur, l'air de rien, se livre à une petite critique très pertinente de notre société. Sont visés, en particulier, le culte de la minceur, les réseaux sociaux, les médias et le vide informationnel qu'ils génèrent parfois, ainsi que l'exutoire que représente la toile quand chacun se livre, abrité derrière son écran, aux plus ignobles commentaires en toute impunité. "... pour chaque fois où une personne dit qu'on est géniales, fortes, intelligentes et combatives, il y en a une autre [...] qui s'applique à écrire qu'on est des grosses connes moches, des laiderons, des putes[...] moches comme des truies. Qui sont ces gens? Le mystère reste entier. Y a-t-il des personnes qui existent, qui vivent, qui mangent, qui rient et qui dansent , derrière ces ahurissantes insultes?"
                    
Le portrait qu'elle brosse des ados est tout aussi corrosif! Parfois cruels, focalisés sur les apparences et l'image qu'ils souhaitent donner d'eux, notamment sur les réseaux sociaux, c'est un bonheur de voir, au contraire, Mireille et ses copines revendiquer qu'elles ne font pas du vélo pour être "belles" ou perdre du poids et se goinfrer de produits régionaux à chaque étape de leur périple! "... je suis fan de crottin de Chavignol depuis mon plus jeune âge. C'est bien simple, à deux mois et demi, j'ai repoussé le sein de ma mère pour n'accepter mon lait que sous forme de crottin de Chavignol."

Un roman original, drôle et intelligent, qu'on a du mal à quitter une fois commencé et qui donne même envie de se lancer, comme Mireille et ses boudinettes, à l'assaut des routes de France, à vélo!

Et pour profiter au max des Petites reines, voici la bande-son du livre! ;)

Les Petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2015



mercredi 6 mai 2015

"Mentine, tome 1 : Privée de réseau !" de Jo Witek

Mentine, parisienne pur jus, 12 ans et demi, surdouée au QI démentiel. Pour ne pas passer pour une boulette au collège, c'est-à-dire une intello (elle est en classe de 3e tout de même) elle fait exprès de rater ses contrôles et d'afficher une moyenne plus que passable. En punition, ses parents décident de l'envoyer passer ses vacances d'été dans le Larzac chez un ami de sa grand mère, Raoul, un paysan bougon et un ex militant. Stupeur et tremblements pour Mentine, adieu les vacances au bord de la mer à Biarritz avec ses amies à draguer et se la couler douce, bonjour brebis, campagne profonde, réveil à 6h00 du matin, et surtout absence de réseau!! Le cauchemar commence... elle est bien décidée à ne pas se laisser faire par le vieux grincheux qui ne la ménage pas et ne cesse de l'appeler "jeune fille". Seulement, ce coup ci, elle n'a pas le dernier mot! Le Raoul a un sacré caractère aussi, il s'est battu en 70 contre les militaires qui voulaient détruire les champs au profit de l'agrandissement de leur base, ce n'est pas pour se laisser marcher dessus par une gamine de 12 ans! Mentine ravale donc sa fierté et décide de lui prouver ce qu'elle vaut. Surtout que le stagiaire de Raoul, Eric, 17 ans, n'est pas pour lui déplaire...

Mentine est une petite peste de parisienne friquée, elle le reconnait elle-même! Mais une peste tellement attachante : haute en couleurs, sincère, elle a toujours des réflexions très pertinentes... En tant que surdouée, elle réfléchit comme une adulte mais a le corps d'une enfant et c'est là toute la problématique. Comment être prise au sérieux par les adultes? Comment s'intégrer aux adolescents de son âge? Partagée entre le trop ou le pas assez, difficile pour elle de trouver le bon équilibre. Au cours de cet été, elle va apprendre beaucoup sur elle-même et revoir certains de ses préjugés notamment sur les paysans et la vie à la campagne. elle va découvrir aussi ce que sont le véritable amour et l'amitié profonde. Surtout, elle va comprendre grâce à Raoul, que ce sont les actes qui définissent une personne, qu'elle doit s'accepter comme elle est et que parfois, il faut juste laisser faire le temps! Tout ça, en un mois, et oui!
            
Encore une fois, Jo Witek réussit à nous charmer avec ce roman frais, drôle et émouvant! 

Mentine, tome 1 : Privée de réseau!, Jo Witek, Flammarion, 2015

mardi 21 avril 2015

Un hiver en enfer, de Jo Witek

Edward Barzac a 15 ans. Au lycée, tout le monde le surnomme "Ed le taré" parce qu'il est différent des autres. Il souffre en effet de TOC. Même s'ils sont assez légers, il complexe énormément par rapport aux autres et s'enferme dans son monde. Harcelé par deux caïd de son lycée, il se réfugie tous les soirs dans le monde virtuel des MMORPG où il excelle car il n'y a que dans ce monde qu'il se sent libre d'agir sans être jugé par les autres.
A la veille des vacances de février, alors qu'il vient une nouvelle fois de se faire humilier par ses tortionnaires, son père, architecte renommé, lui annonce que sa mère, qui revient tout juste de son dernier séjour en hôpital psychiatrique, est guérie de sa dépression qui la ronge depuis la naissance d'Edward! Celle-ci aurait découvert un secret sur sa naissance qui expliquerait sa maladie ainsi que sa relation distante avec son fils. Désormais, elle veut prendre soin de lui et être plus présente. Malheureusement, Edward ne connaîtra jamais la famille dont il a tant rêvé car un accident de voiture va lui prendre son père adoré. Sa mère s'en sort presque indemne mais c'est un choc terrible pour Edward. Perdu, en colère, il se sent plus que jamais seul au monde et songe au suicide. Après un épisode violent dans son lycée, il part avec sa mère dans leur chalet de Courchevel mais, loin d'apaiser ses souffrances, il subit les sautes d'humeur de celle-ci et ne la reconnaît plus. En effet, elle fait peu à peu le vide autour d'eux, l'isole des autres, devient étouffante et hyper protectrice... Il sent bien que quelque chose se trame, que c'est elle qui le pousse au suicide mais personne ne veut le croire étant diagnostiqué mentalement très fragile.
          
Avec un Hiver en enfer, Jo Witek réussit un huis clos angoissant où la pression ne cesse de monter, où le doute s'immisce peu à peu... Qui croire? Ed sombre-t-il dans la paranoïa ? Sa mère est-elle vraiment dangereuse? A-t-elle tué son père en provoquant un accident de voiture?
           
Malgré un dénouement un tout petit peu tiré par les cheveux, l'intrigue est habilement menée de même que  la violence de l'affrontement psychologique entre Edward et sa mère. Le personnage d'Edward, adolescent qui se cherche, est attachant en dépit de son caractère torturé et ses tourments sont vraiment bien décrits. 
           
Suspens, manipulation, secrets de famille... Un bon thriller psychologique à l'ambiance glaçante, ça vous tente?

Un hiver en enfer, Jo Witek, Acte sud Junior, "Thriller", 2014

lundi 7 juillet 2014

"A comme aujourd'hui", David Levithan







Voici un roman plutôt audacieux et qui sort de l'ordinaire! 
         
A., âgé de 16 ans, n'est pas comme les autres ados : il change de corps, masculin ou féminin, tous les matins au réveil, et ce depuis qu'il est né. Le 5998e matin de sa vie, il se réveille dans le corps de Justin, un beau-gosse très arrogant. Cette journée s'annonce comme toutes les autres, une nouvelle vie à laquelle A. doit s'adapter, juste pour une journée. Seulement, ce matin là, A. (toujours dans le corps de Justin) rencontre Rhiannon, la petite amie de celui-ci, et c'est le coup de foudre! Alors qu'il essaie habituellement de ne pas perturber la vie de ceux qu'il occupe, A. enfreint ses propres règles et n'a désormais plus qu'une envie et raison de vivre : retrouver Rhiannon et partager d'autres moments avec elle...
          
Avec ce roman à la frontière du fantastique, David Levithan, réussi à nous tenir en haleine grâce l'intrigue amoureuse tout en abordant de nombreux sujets de société comme l'identité sexuelle, l'amour, l'adolescence, la religion, la famille, la maladie... L'auteur traite ces sujets avec beaucoup de finesse, de profondeur et de sincérité et la sobriété de son écriture rend l'ensemble vraiment agréable à lire. L'histoire, est impeccablement menée, à tel point qu'on pourrait vraiment croire en la possibilité d'existences telle que celle de A. Par ailleurs, riche de toutes les vies qu'il a vécu à travers les corps qu'il occupe, A. possède une expérience et une sagesse que peu d'ados de son âge connaissent. Un point fort qui permet à David Levithan d'exprimer, à travers la parole de A., ses propres réflexions sur des sujets qui lui tiennent à cœur.

Une ode à l'amour et à la tolérance qui mérite bien que l'on s'y attarde!



A comme aujourd'hui, David Levithan, Les Grandes personnes, 2013

mardi 31 décembre 2013

"Pas assez pour faire une femme", Jeanne Benameur

Le roman commence dans une chambre, sur un lit plus précisément, après l'amour. Nous sommes dans les années 70, Judith a 17 ans, elle vient de se donner pour la première fois à Alain, un étudiant plus âgé rencontré sur les bancs de la fac. Pour lui, elle commence à s'intéresser à la politique, à la philosophie, à la littérature de l'époque comme Hannah Arendt, Françoise Sagan, Anaïs Nin... Elle va alors s'émanciper, s'éveiller à la sensualité, découvrir une partie d'elle-même qu'elle ignorait, et apprendre à apprivoiser les démons du passé, son père notamment, un homme qu'elle décrit comme tyrannique et étroit d'esprit. 
     

Ecrit sur le mode du journal intime, Pas assez pour faire une femme nous entraîne dans le trourbillon des années 70, les rêves d'avenir meilleur, et la foi dans les sciences humaines, le savoir et les études comme garants essentiels de la liberté.
       
Comme toujours l'écriture de Jeanne Benameur berce le lecteur et traduit en quelques touches subtiles le portrait d'une jeune femme à fleur de peau et le portrait d'une génération à la fois révoltée et remplie d'idéaux.
                      

Un soir elle m'a dit Tu as de la chance de pouvoir faire des études, ma fille, continue, j'aurai tellement voulu apprendre moi aussi. Cette phrase-là elle me la dite en me regardant vraiment, dans les yeux et cela m'a fait un bien fou. C'était mon viatique. A la fac tout ce que j'apprenais m'éloignait de ce monde-là, celui de la cuisine de ma mère mais sa phrase me donnait droit. Oui je continuerai et j'apprendrai et je ferai tout pour que toutes les filles qui ont envie d'apprendre puissent le faire dans le monde parce qu'apprendre c'est ouvrir la porte pour penser et que c'est avec la pensée qu'on a une chance de vivre libre.
                      

Un beau texte sur l'adolescence et la quête de soi à découvrir!

Pas assez pour faire une femme, Jeanne Benameur, Thierry Magnier, 2013 
                      

mercredi 25 septembre 2013

"Le coup de kif", Gwladys Constant

Karel, 17 ans, terminale L (par défaut), se prend d'amour ou plutôt de kif pour le beau Lucas, qu'elle surnomme Lumière, nouveau de la classe. Pour attirer son attention, elle l'interroge sur un livre qu'il est en train de lire au CDI: "Les Yeux d'Elsa" d'Aragon, ce qui lui vaudra une réponse aussi brève qu'éloquente mais ça elle ne le comprend pas tout de suite! Karel est obstinée, comme elle le dit elle-même et, comme elle ne renonce pas facilement, elle va aller jusqu'à lire le recueil d'Aragon pour avoir de quoi converser à nouveau avec Lucas, alors qu'elle déteste la lecture! Et ce n'est qu'un début...  
  
Jusqu'où peut-on aller pour un "coup de kif" (plus fort que le coup de foudre selon Karel)? Telle est le principal sujet de ce livre mais, sous une apparence assez légère, Gwladys Constant aborde aussi avec beaucoup d'humour et de justesse l'adolescence et ses enjeux : l'orientation post bac mais également, et ça c'est plus original, le langage et la culture des djeuns! "Abdoulaye [...] il m'a vraiment aidée [...] pour le parler, le jour où il m'a balancé: - Je t'aime bien Karel, t'es cool, mais tu causes toujours comme les corrigés du bac...
   
C'est intelligent, bien vu et ça se lit d'une traite (et ce n'est pas que pour le nombre restreint de pages que je dis cela). Les personnages sont très attachants dans leurs imperfections: Karel tente de se faire passer pour l'intellectuelle qu'elle n'est pas mais, elle sait restée modeste au contraire de Lucas qui, lui, s'avère être un brillant prétentieux! Enfin, sans révéler tous les ressorts de l'intrigue, elle se réveillera à temps! Bref, un sympathique roman plein de peps! 

Le coup de Kif, Gwladys Constant, Oskar éditeur, 2013

jeudi 29 août 2013

"les Cahiers de Rémi", Dominique Richard

Dans sa première pièce, le Journal de grosse patate, Dominique Richard, auteur dramatique, racontait l'année d'une pré ado surnommée "grosse patate". Autour d'elle: Rosemarie sa meilleure copine, Hubert le beau gosse, et Rémi le souffre douleur.
Les Cahiers de Rémi s'attache donc à l'histoire de ce dernier. Rémi a grandit, il se cherche. Il vit seul avec sa mère. Tout ce qu'on sait c'est que son frère a déserté le foyer familial sans explications et que son père ne vit plus avec eux. Dans ses cahiers, parfois illustrés par Vincent Debats, (cahiers d'école, de vacances, de revendication, de renoncements, journal intime... ) qu'il tient de 11 à 20 ans, il raconte ses rencontres, ses parents, sa grand-mère, son cousin, son oncle décédé, son frère absent et disparu. On suit son évolution et ses préoccupations, surtout celles liées à l'absence de son frère et à sa différence : Rémi aime les garçons. Survient l'adolescence et le temps des interrogations, des remises en questions, des renoncements, des prises de conscience, des changements. Des regrets aussi. Et cette question lancinante : Pourquoi son frère est-il parti?
Dans un langage simple et sobre, Rémi se pose des questions existentielles, celles qu'on se pose tous un jour ou l'autre pour finir par admettre qu'il n'y a pas toujours de réponses: A quoi rime la vie? Que faire de notre existence? Comment changer le monde?

"15 ans... On rêve encore à 15 ans? Changer le monde est-ce que c'est possible à 15 ans? ou ne vaut-il pas mieux le laisser comme il est, s'y fondre? Pourquoi ne se métamorphoserait-il pas tout seul? Je n'ai toujours pas un compagnon pour partager mes désirs. A qui parler? Le monde il va si mal que ça? Il y en a qui sont morts à 15 ans pour le tranformer. Qui ont été torturés, emprisonnés, déportés... Qui n'ont jamais pu connaître l'amour, jamais pu écrire ce qui leur trottait dans la tête [...]"

Au cours de ce récit qui s'étale donc sur plusieurs années, Rémi va finir par accepter sa différence et atteindre une forme d'apaisement. Véritable texte initiatique, l'auteur brosse un portrait très touchant de cet adolescent qui, par ses interrogations, nous renvoit à nos propres préoccupations. Un très beau texte qui se lit comme un roman.

Les Cahiers de Rémi, Dominique Richard et Vincent Debats, Editions Théâtrales, 2013

mercredi 26 juin 2013

"Le Banc", Sandrine Kao

Alex est d'origine asiatique, de Taïwan plus précisément, mais pour la plupart des gens c'est un "noiche", un chinois. Il vit seul avec sa mère dans un appartemment un peu miteux car son père est parti vivre à Taïwan pour trouver du travail. Même s'il leur envoie un chèque tous les mois, les temps sont durs et la mère d'Alex ne peut plus payer la cantine. Il doit donc manger dehors, sur un banc, les plats qu'elle lui prépare. L'humeur d'Alex est plutôt maussade et pour arranger les choses, des inscriptions au Tipp-Ex apparaissent régulièrement sur le banc où il a l'habitude de déjeuner : "Alex bol de riz", "Alex face de citron", "Alex tronche de nem"... Seule Sybille, une de ses camarades de classe, est au courant et lui propose son aide pour trouver le coupable.
   

Sandrine Kao aborde plusieurs thèmes dans son roman: la question du père absent que gère difficilement Alex, celle de la xénophobie (en l'occurence, à l'égard des asiatiques) et des préjugés qui l'accompage, et celle de l'intégration ou non des élèves dans une classe. Beaucoup de choses donc dans ce roman d'une petite centaine de pages, mais tout sonne juste. Une histoire simple et sans prétention, au final plutôt optimiste et où une large place est faite à la cuisine asiatique! De quoi nous mettre l'eau à la bouche!

Le Banc, Sandrine Kao, Syros, "Tempo", 2013

mercredi 20 février 2013

"L'invité surprise", Géraldine Barbe

Y'a des jours comme ça, on se dit que notre vie est bien trop normale, un peu ennuyeuse même, bref... un long fleuve tranquille! C'est justement ce qu'est en train de vivre Louis, le personnage principal de cette histoire. Louis est un presque ado, il est ami avec un certain Roméo qui est super fort en cours d'espagnol parce que sa mère est brésilienne. Roméo c'est son modèle : ses parents sont divorcés, il a donc deux chambres, double argent de poche et deux fois plus de cadeaux à noël! Son père est écrivain, il voyage beaucoup... Roméo a une vie passionnante quoi!
Le problème de Louis c'est sa famille. Ses parents s'entendent trop bien, sont trop normaux, et en plus ils s'aiment. Même sa soeur, qui est pourtant en pleine période gothique, n'est pas trop pénible... Dure la vie! Louis va alors fomenter un plan pour les 40 ans de sa mère... inviter l'ami d'enfance de celle-ci (qui n'est autre que Benjamin Biolay (!)) en espérant qu'ils finissent la soirée ensemble... et caser son père avec la mère de Roméo (comme ça, il pourra aussi avoir des bonnes notes en cours d'espagnol)!
Voilà une petite histoire sympathique et un peu loufoque (notamment grâce à  "l'apparition" de Benjamin Biolay), où pour une fois, le seul problème du héros est justement de ne pas en avoir!! L'herbe est-elle donc toujours plus verte dans le pré d'à côté? Oui, TOU-JOURS mais c'est "juste une illusion"! En tout cas moi, ça m'a rappelé des souvenirs d'adolescence... Même si Louis finit par comprendre que sa vie n'est finalement pas si mal, il réussit à faire de cet anniversaire quelquechose d'extra-ordinaire, et c'est déjà bien!

L'invité surprise, Géraldine barbe, Le Rouergue, "Dacodac", 2012