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jeudi 13 avril 2017

"Je suis ton soleil", de Marie Pavlenko

Déborah vit à paris avec son père, un rédacteur en chef surbooké, et sa mère, une femme plutôt distante et qu'elle sent s'éloigner de plus en plus. Elle s'apprête à rentrer en terminale. Elle croit à la théorie de la scoumoune qu'elle a pu tester à de nombreuses reprises : d'ailleurs, le théorème de la scoumoune a encore frappé en ce jour de rentrée des classes puisque Isidore, son "chien-clochard", lui a mangé sa dernière paire de chaussures. Malgré ce fameux théorème et le bac en ligne de mire, Déborah espère passer une bonne année. Elle déchante un peu lorsqu'elle apprend qu'elle n'est pas dans la classe de sa meilleure amie Éloïse; pire, elle se retrouve avec la peste du lycée, Tania, et un garçon bizarre, passionné par les araignées, qu'elle et Éloïse ont surnommé Mygaleman. Il y a aussi un petit nouveau, Victor, qui ne la laisse pas indifférente... Cette année, sera en fait l'année du changement pour Déborah, et même de grands bouleversements: sa meilleure amie n'a plus d'yeux que pour son nouveau mec et Déborah ne la voit presque plus, surtout, elle surprend son père dans les bras d'une autre femme. Effondrée, elle trouve du réconfort dans d'inattendus nouveaux amis : Jamal, alias Mygaleman, et le beau Victor. Entre rires et pleurs, euphorie et désespoir, Déborah va vivre une année en forme de montagnes russes et notre pauvre cœur de lecteur va être bien mal mené lui aussi!

Attention, gros gros GROS coup de cœur pour ce fantastique roman!  Aussi à l'aise lorsqu'il s'agit d'aborder des sujets graves (comme le suicide ou l'avortement) que des thèmes plus légers, Marie Pavlenko, qui a mis plusieurs années avant de terminer ce roman, m'a touchée en plein cœur. Grâce à des personnages forts et touchants, notamment celui de Déborah, qui ne perd jamais son sens de l'humour, le roman atteint une vraie densité. Marie Pavlenko signe une très belle histoire sur l'adolescence, cette période si riche en émotions qui chamboulent toute notre vie. Ici, point de romance gnian-gnian à l'eau de rose, se sont surtout l'amitié et l'entraide qui sont au cœur de cette histoire. Sans jamais tomber dans la démonstration, l'auteur nous parle avec subtilité de l'amour, celui qu'on ressent pour ses parents, pour nos amis ou pour une personne en particulier. L'amour filial ou l'amour sans retour, celui qui se termine ou celui qui grandit. Tout cela toujours dans la légèreté et ponctué de passages hilarants (j'ai particulièrement apprécié la rencontre entre Déborah et Gertrude la mygale ou encore celui où elle teste le yoga avec sa mère!) Un page turner aussi désopilant qu'émouvant, qui se dévore en quelques heures ou plus, si on veut faire durer le plaisir!

"La prof arrive et, comment dire... Je suis face à un hobbit affublé de jambières rose bonbon. Frodo avec une perruque et une tenue sportive moulax.
Et vas-y que je tends la jambe, que je la fais passer sous mon aisselle et ressortir sous le menton, que j'inspire hiiiiiiiiiiiin, que j'expire pffffffffffff. Et on enchaîne : la position du héron ventripotent, le mulot crucifié, le bouc unijambiste. Oui, c'est bien, ton mollet doit entrer en fusion avec ton esprit. C'est bon pour ton karma. 
J'aime ma mère, j'essaie d'adopter un visage neutre, voire encourageant, mais la vérité est simple : le yoga, ce n'est pas pour moi."  

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko, Flammarion jeunesse, 2017
(466 pages) 

 

vendredi 3 mars 2017

"Scarlett Epstein rate sa vie", de Anna Breslaw

Le jour où Scarlett apprend que sa série préférée se termine, c'est tout son monde qui s'effondre! Star dans son domaine, la fanfiction inspirée de sa série fétiche, Scarlett ressent un grand vide et ne sait plus quoi écrire. Grâce aux encouragements de sa communauté, elle décide finalement de se lancer dans l'écriture de la suite de la série. Le problème c'est que contrairement à sa vie virtuelle, elle trouve que sa "real life" manque cruellement d'intérêt, voire même est assez loin d'être une vie de rêve. Son père est parti et vit à New-York avec sa nouvelle famille laissant Scarlett seule avec sa mère qui enchaîne les conquêtes et a bien du mal à tenir son rôle de mère. Heureusement, il y a ses amis, ceux du web mais aussi Avery, sa "best friend", et surtout Ruth, sa voisine de 73 ans, qui fume des joints à longueur de journée et incite Scarlett à sortir de sa coquille. Pour Scarlett, ceci n'est d'ailleurs pas une mince affaire, en dehors de sa copine Avery, elle trouve les élèves de son lycée sans intérêt, en particulier la bande des "populaires", qui sont des clichés ambulants! D'autant plus que son ancien meilleur ami pour qui elle en pince en secret, fait désormais partie de leur bande!

Certes, résumé ainsi, ce roman destiné aux ados, n'a rien de vraiment nouveau du point de vu de l'intrigue. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher de penser à Fangirl de Rainbow Rowell. Pourtant, j'ai eu plaisir à suivre les aventures de cette héroïne attachante à travers son regard aiguisé. Souvent critique envers ses paires mais aussi à l'égard des adultes, (le milieu littéraire de Greenwich village en prend pour son grade) Scarlett n'a pas la langue dans sa poche. C'est distrayant, drôle et pas du tout cucul. Scarlett Epstein rate sa vie raconte le parcours d'une adolescente qui se cherche et se transforme grâce à ses rencontres notamment celle de Ruth, personnage très touchant qui apporte à mon sens le plus de profondeur à l'histoire. Grâce à elle, Scarlett change et devient moins amère. Beaucoup de choses sont traitées dans ce roman, les relations familiales chaotiques, l'amitié, l'amour, ou encore les passions qui enrichissent la vie, surtout la littérature. Le mode de narration à la première personne rend la lecture simple et dynamique. C'est un roman qui va à l'essentiel et plaira aux adolescentes par son ton enlevé et sa fraîcheur. Un premier roman qui tient ses promesses!

Scarlett Epstein rate sa vie, Anna Breslaw, Gallimard jeunesse, "Scripto", 2017 (320 pages)
★★★☆☆

mercredi 28 septembre 2016

"Songe à la douceur" de Clémentine Beauvais

Ce livre a fait l'unanimité à la rentrée : éblouissant, passionnant, fantastique, génial... et autres synonymes ! Alors du coup, quand il est sorti, je me suis précipitée pour l'acheter, finir le livre que j'étais en train de lire (pour info, il s'agissait du formidable Intérieur nuit de Marisha Pessl, merci Elodie du blog A chacun sa vérité pour ce conseil lecture!!), et commencer cette nouvelle pépite de Clémentine Beauvais!

J'avais déjà eu un énorme coup de cœur pour son roman les Petites Reines, que j'avais chroniqué l'année dernière, c'est donc en toute confiance que j'ai commencé la lecture de Songe à la douceur! Et bien sûr, je n 'ai pas du tout été déçue! 

Inspiré du roman en prose de Pouchkine, Eugène Onéguine, Songe à la douceur, raconte l'histoire de deux adolescents, Tatiana, 14 ans et Eugène, 17 ans. La sœur de Tatiana, Olga, sort avec Lensky, le meilleur ami d'Eugène chez qui Eugène vient passer l'été. Comme il n'y a rien d'autre à faire, Eugène accompagne son ami chez Olga où il rencontre Tatiana. Pendant que les deux tourtereaux sont à l'étage, Tatiana et Eugène discutent dans le jardin, histoire de passer le temps. Très vite, Tatiana tombe amoureuse d'Eugène et lui avoue son amour. Celui-ci est jeune, imbu de lui-même et croit tout savoir de l'amour et de la vie. Il la rejette, puis un drame les sépare définitivement. Dix ans après, ils se croisent à nouveau, cette fois à Paris dans le métro. Pour l'un, comme pour l'autre, c'est un vrai chamboulement, car le temps a passé et celui des certitudes de l'adolescence aussi. 

Cette histoire d'amour semble d'abord assez classique, mais Clémentine Beauvais n'a pas peur de la difficulté, et ce qui rend ce roman si particulier, si fort et si intéressant, c'est (entre autres) la manière dont il est écrit : en vers libres ! La plume de Clémentine Beauvais fait de nouveau mouche, chaque ligne est magnifique, et invite à la lecture à voix haute. Si les rimes peuvent perturber la lecture au début (car il faut bien le reconnaître, c'est assez inhabituel de lire des romans en vers), on se laisse vite emporter par le rythme et la musicalité de chaque page, par les images fortes ainsi que par les jeux typographiques qui se dessinent sous la plume de l'auteure

Outre cette dimension profondément poétique, ce roman d'amour est aussi une réussite car il parvient à nous faire vivre une épopée sentimentale en moins de 300 pages: amitié, doutes, dilemmes, regrets, désir, trahison... Toutes les étapes de l'amour et de la passion sont écrites avec tellement de justesse dans toutes leurs complexités, que très souvent je pensais "Mais oui! C'est exactement ça!". Il y a dans cette histoire, et surtout dans les phrases de Clémentine Beauvais, de l'universalité. Tout le monde y entendra résonner une part de sa propre histoire. C'est beau, puissant, vraiment drôle parfois, et aussi terriblement addictif! Merci Clémentine Beauvais pour cet (encore une fois) excellent moment de lecture!


Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, Sarbacane, "Exprim'", 2016

samedi 3 septembre 2016

"Quelqu'un qu'on aime" de Séverine Vidal

Lorsque Dixie annonce à Matt, son ex qu'elle n'a pas revu depuis des mois, qu'il est le père de la petite Amber âgée de dix-huit mois et qu'elle a besoin de son aide pour la garder le temps de quelques semaines, celui-ci est un peu pris au dépourvu (il y a de quoi!) En effet, il a déjà prévu de faire un long voyage avec son grand-père, Gary, atteint de la maladie d'Alzheimer, dans l'Ouest des Etats-Unis. Le but de ce voyage : partir à la recherche de ses souvenirs de jeunesse alors qu'il parcourait les routes à la suite de son idole de toujours, le chanteur Pat Boone. C'est leur voyage des "souvenirs vivants". Pourtant, après mûre réflexion, Matt ne le sait pas encore mais il va prendre la meilleure décision de sa vie : faire tout de même le voyage mais avec Amber dans leur bagages!
     
Et comme la vie est pleine de surprises et d'imprévus, Matt, Gary et Amber se retrouvent, grâce à une tempête de neige, en compagnie de deux âmes égarées : Antonia, une jeune femme qui cherche à changer de vie, et Luke, un adolescent qui a fuit son domicile pour d'obscures raisons. Toute cette équipe va donc devoir cohabiter pendant ce road trip qui s'annonce, pour le moins, épique! 
           
Séverine Vidal, signe avec Quelqu'un qu'on aime un roman optimiste et bouleversant! Avec un style tout à fait fluide, elle nous fait voyager sur les mythiques routes américaines en compagnie de personnages drôles, attachants et qu'on souhaiterait avoir pour amis. Le sujet est grave pourtant. La maladie de Gary, conscient de son aggravation, les notes qu'il écrit pour se souvenir, ses moments de joie presque "normaux" où la maladie semble loin, et ses moments sombres où il perd pied et se met en colère... tout cela est écrit avec une vraie justesse, touchante et sans aucune lourdeur grâce à la plume légère et habile de Séverine Vidal. Car c'est un livre qui parle avec douceur de ceux qu'on aime, des amis, des amours, de la famille, de ceux qu'on a perdu mais aussi de ceux que l'on rencontre sur la route. Une belle métaphore de la vie en somme. Celle-ci peut s'avérer décevante, autant qu'éblouissante, douloureuse un jour, et plus douce un autre jour, comme le voyage que font tous ces personnages, à la recherche du temps perdu de Gary. C'est beau, émouvant, ce livre donne envie d'aimer et surtout de dire à ceux qu'on aime qu'ils sont précieux à nos yeux. A ne pas manquer, quelque soit l'âge qu'on a!

"Il y repensera en regardant cette photo, qu'il gardera toujours, pliée en deux, dans son portefeuille. Il y repensera quand il aura l'impression bizarre que ce moment n'est jamais arrivé. C'est le présent qui est fragile ; il disparaît, il n'existe pas. […] Il voudrait garder ce moment, le retenir. Mais il ne peut pas, le présent file et c'est comme ça, alors Luke serre la main de Gary, falaise fragile qui attend, en retenant son souffle, le prochain tremblement de terre

Quelqu'un qu'on aime, Séverine Vidal, Sarbacane, "Exprim'", 2015

mardi 31 mai 2016

"Audrey retrouvée", de Sophie Kinsella

Avec Audrey retrouvée, Sophie Kinsella, célèbre auteure de "chick-lit" qui met habituellement en scène des jeunes femmes (vous connaissez sûrement le série de "l'Accro du shopping"), s'attache cette fois à la vie d'une adolescente de 14 ans, Audrey, qui souffre de crises d'angoisse aiguës. Dès qu'elle est en présence d'inconnus ou dès qu'elle croise le regard d'autres personnes, y comprit ceux de sa propre famille, elle est prise d'une panique incontrôlable. En raison de ces troubles importants, Audrey ne peut plus se rendre en classe, elle se terre chez elle et porte en permanence des lunettes de soleil. Pour guérir, elle voit régulièrement une psy, le Dr Sarah, qui lui demande de relever un petit défi : filmer les gens autour d'elle pour voir la vie autrement. Grâce à ce premier défi, filmer sa vie de famille, Audrey commence peu à peu à sortir de sa coquille et, au fil des pages, on apprend que les crises d'Audrey sont dues à un harcèlement qu'elle a subit au collège par d'anciennes camarades de classes.

Ce livre aurait pu être plombant vu les sujets qu'il aborde mais il n'en est rien! Audrey raconte tout cela sur le mode de l’autodérision et c'est franchement drôle par moment. Le récit dynamique alterne entre une narration classique et les retranscriptions des reportages d'Audrey. De plus, le roman ne s'attache pas qu'à la vie de l'adolescente. Il met aussi en scène celle de ses proches, notamment son frère, Franck, gamer invétéré totalement accro, qui devient le cheval de bataille de leur mère Anne, un personnage aussi haut en couleur, qui s'est donné pour mission de le "désintoxiquer" ! J'ai vraiment bien accroché avec ce livre, très facile d'accès, qui alterne entre moments de gravité et  moments plus légers. Il y a aussi  des passages tout à fait charmants entre Audrey et Linus, le meilleur ami de Franck. Celui-ci, s'éprend de la jeune fille malgré tout et va tout mettre en œuvre pour l'approcher et pour la guérir. L'amour peut, en effet, faire des miracles! Avec ce roman, Sophie Kinsella nous offre une bonne lecture rafraîchissante et optimiste, un vrai moment de détente! 

Audrey retrouvée, Sophie Kinsella, Pocket jeunesse, 2016

samedi 16 avril 2016

"Le Domaine", de Jo Witek

Gabriel, 16 ans, accompagne sa mère Florine, embauchée comme aide-cuisinière pour l'été, chez le comte et la comtesse de La Guillardière. La demeure, entourée de marais et de landes, est un endroit inespéré pour Gabriel. Passionné d’ornithologie et amoureux de la nature, il pourra en effet observer les oiseaux à sa guise. Pourtant, dès qu'il franchit les portes du domaine, un profond malaise s'empare de lui. Il ne se sent pas à sa place dans cette famille bourgeoise très attachée aux traditions et tout s'emballe dès lors que les petits enfants, quatre cousins et cousines de son âge, arrivent. Brillants et sûrs d'eux, ils prennent tout de suite Gabriel de haut et le considèrent comme un original, un peu sauvage. Surtout, il y a la belle Éléonore qui retourne la tête de Gabriel dès qu'il la voit. Lui qui, jusque là, passait ses journées à observer les oiseaux perd subitement tout intérêt pour l'ornithologie et se comporte de plus en plus étrangement. Ce n'est plus les oiseaux qu'il observe mais les gens du domaine qu'il épie et, en particulier, Eléonore.
                
Pour son nouveau roman dans la collection "Thriller" de chez Acte sud junior, Jo Witek a souhaité revenir aux sources du genre en s'inspirant des romans gothiques anglais de Anne Radcliffe et du romantisme d'Emily Bronté. Le personnage de Gabriel, sensible, romantique et passionnée est un archétype du genre très attachant et l'auteure prend son temps afin que nous puissions faire connaissance avec lui. Sans qu'il y ait besoin de beaucoup d'actions, Jo Witek parvient à accrocher son lecteur grâce à ce personnage et à l'ambiance qui se dégage du roman. Des landes isolées et inquiétantes, un personnage principal tourmenté par des rêves morbides et des pulsions qu'il ignorait pouvoir ressentir jusque là, et des personnages secondaires qui semblent tous avoir quelque chose à cacher, tout se met en place progressivement afin de faire monter l'angoisse. C'est vraiment à la fin du récit que Le Domaine se transforme en thriller. Surprenant, le dénouement nous montre comment un adolescent équilibré peut perdre la raison par amour d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un premier amour et qu'il est à sens unique!
            
Avec une écriture toujours travaillée, Jo Witek réussit encore une fois à transporter son lecteur hors du temps!

Le Domaine, Jo Witek, Acte sud Junior, "Thriller", 2016

samedi 12 décembre 2015

"The book of Ivy" et "The revolution of Ivy" de Amy Engel

Dystopie, quand tu nous tiens!
Voilà, j'ai succombé à une autre dystopie mettant en scène une jeune et jolie ado rebelle de 16 ans et, en plus, j'y ai pris vraiment plaisir! Tellement plaisir qu'à la fin du tome 1 je me suis aussitôt emparée du tome 2 malgré la hauteur de ma P.A.L en cours...
                 
L'histoire se passe dans un monde post-apocalyptique après une guerre nucléaire qui n'a laissée que quelques survivants et une terre dévastée derrière elle. Le peu de survivants, non contents d'être encore en vie, se sont entretués pour un territoire. Le clan des vainqueurs, pour maintenir la paix, a établi des règles très strictes : toute personne nuisant à l'ordre public est aussitôt expulsée de l'enceinte de la ville et livrée, sans ressources, à un monde sauvage et inconnu. De plus, chaque année, les enfants de 16 ans du clan des perdants doivent épouser les enfants du même âge du clan des vainqueurs. Ainsi, toutes les jeunes filles sont destinées à devenir mères et femmes au foyer. C'est dans ce contexte qu'Ivy Westfall, petite fille du fondateur de la ville mais aussi du clan des perdants, se voit épouser Bishop (quel prénom affreux) Lattimer, archétype du beau gosse et fils du président par la même occasion. Accablée, frustrée, et très en colère, Ivy se console de ce mariage arrangé avec la certitude qu'il sera de courte durée. En effet, son père et sa sœur ont échafaudé un plan depuis longtemps qui vise à renverser le président Lattimer et Ivy, sera celle qui lancera la première offensive en tuant Bishop.
         
Évidemment, (on est rodé maintenant) on se doute dès la lecture du résumé que ça ne sera pas aussi simple et qu'il va, bien sûr, se passer quelque chose entre ces deux là!
Pourtant, malgré les stéréotypes du genre, je me suis laissée complètement emportée par l'intrigue et je me suis attachée à ce couple et à leur histoire. Par exemple, l'évolution du personnage d'Ivy est très intéressante. D'abord bardée de préjugés et de certitudes, elle comprend petit à petit que rien n'est tout noir ou tout blanc, qu'il y a des nuances, notamment en matière de politique. Alors que le doute l'envahit, elle se rend compte qu'elle ne sait rien et qu'elle a beaucoup de choses à apprendre en matière de politique, de relations humaines.
Le monde dans lequel ils évoluent est violent et cruel et le libre arbitre est un luxe que peu osent se permettre. Grâce à Bishop, et débarrassée de l'emprise de son père et de sa soeur, Ivy va prendre confiance en elle et en ses propres idées, elle va aussi accepter ses failles.
               
Bien écrit, bien mené, l'action est au rendez-vous et les pages défilent à la vitesse grand V pour nous laisser dans un suspens intenable à la fin du tome 1! Heureusement, cette série en deux tomes apporte toutes les réponses malgré une fin un peu trop rapide et facile à mon goût. 
Une lecture vraiment distrayante qui tient ses promesses!

The book of Ivy et The Revolution of Ivy Amy Engel, Lumen, 2015 

vendredi 14 août 2015

"Chaque soir à onze heures" de Camille Benyamina et Eddy Simon

Willa Ayre vit à Paris. Ses parents sont séparés. Entre sa mère qui court la France pour organiser ses casting de Miss et son père, artiste contemporain qui multiplie les conquêtes, elle se retrouve souvent seule à la maison. Heureusement elle est bien entourée  par ses amis, la plantureuse Fran et son frère, le beau et très populaire Iago, qui est aussi l'amoureux de Willa. 
Un soir alors que Fran organise sa fête d’anniversaire et que Iago est distant avec elle, Willa fait la connaissance de Edern Fils-Alberne, un garçon plutôt bizarre et réservé, fils d’anciens amis des parents de Fran et Iago. Elle sympathise avec lui. C’est grâce au mini concerto de saxo qu’elle donne en l’honneur de Fran que Edern la contacte et lui propose de venir chez lui pour accompagner sa sœur Marni qui joue du piano. Pour faire plaisir à sa petite sœur, Willa se rend chez eux et découvre une famille sympathique mais très marquée par la mort tragique des deux parents. Sa curiosité augmente quand Marni lui révèle un mystère qui plane sur leur sombre et étrange demeure : chaque soir à onze heures, très précisément, la pendule s’arrête et Marni sent comme une présence froide qui lui tourne autour. Or, c'est à onze heure que leur mère s'est donné la mort. De plus, depuis qu’elle a fait connaissance avec Edern, la vie de Willa est menacée à plusieurs reprises par un homme qui semble lui en vouloir…
           
       

Adaptée du roman éponyme de Malika Ferdjoukh, qui était déjà une vraie réussite, la version dessinée de Camille Benyamina et Eddy Simon, est un bijou!

La trame du roman, même s'il y a des ellipses du fait du support, est parfaitement respectée. Le mystère, l'amour et le petit côté fantastique sont bien présents et les auteurs ont parfaitement su s'approprier le roman et rendre compte de son ambiance hivernale, romantique et inquiétante. Les dessins au tracé impeccable de Camille Beyamina (déjà remarquée par le magnifique Violette Nozière, vilaine chérie) et les couleurs chatoyantes apportent un bel écrin à l'histoire de Malika Ferdjoukh. Un album qui se lit d'une traite et avec gourmandise !
                       
Chaque soir à onze heure, Camille Benyamina et Eddy Simon, Casterman, 2015

mardi 31 mars 2015

"Broadway Limited : un dîner avec Cary Grant", de Malika Ferdjoukh

C'est encore une belle pépite que nous offre Malika Ferdjoukh avec son nouveau roman (qui sera en deux tomes!) Broadway Limited. Paru à l'Ecole des Loisirs dans la collection "Grand Format" il s'adresse cette fois aux grands ados voire aux jeunes (ou moins jeunes) adultes!
                
Direction New-York , un soir d'automne 1948. Jocelyn, un petit français tout fraîchement arrivé de Paris, frappe à la pension Giboulée où il doit séjourner le temps de ces études. Il déchante vite lorsqu'il apprend qu'on attendait plutôt une certaine "Jocelyne" (prononcé à l'américaine) dans cette pension de filles! Sauvé in extremis par un potage d'asperges et par un doigté fort habile au piano, cette anicroche n'est en fait que le début d'un éblouissant voyage au pays du Music hall, d'Halloween, des bals de fin d'année, des donuts et bien sûr des self made men!
                           
Perdu au milieu de toutes ces filles "auréolées" de rêves de gloire, théâtre pour les unes, danse pour les autres, Jocelyn ou Jo, est le témoin ébahit de l'american way of life. Nous sommes projetés en même temps que lui dans ce monde nouveau, cette ville palpitante et dynamique. L'atmosphère de cette époque est parfaitement rendue grâce aux riches références cinématographiques, musicales, radiophoniques ou politiques (nous sommes en pleine "chasse aux sorcières" et la ségrégation va bon train...), qui accompagnent le récit. C'est le temps du renouveau, de l'âge d'or de Broadway, des films mythiques, des Cary Grant, Vivien Leigh, James Stewart, Fred Asteir...! Rien n'est oublié, pas même la seconde guerre mondiale toujours bien ancrée dans la mémoire de Jocelyn.
                     
Parallèlement aux aventures de Jocelyn et à sa découverte du "nouveau monde", on suit les vies déjà compliquées de quatre filles entre deux âges. Plus tout à fait des adolescentes et pas encore des adultes, Chic, Page, Manhattan et Hadley ont toutes un secret plus ou moins avouable que les autres ignorent... Toutes ont un pied (mais seulement un) dans le milieu du spectacle où elles parviennent, tant bien que mal, à gagner quelques dollars... Sur leur chemin elles croisent un certain Allen Königsberg (le futur Woody Allen), la jeune Grace Kelly qui tente de percer dans le cinéma, ou encore le charismatique Clarke Gable (mais de loin)! Avec émotion, on suit leurs affaires de cœur, leurs petites joies quotidiennes et les épreuves qu'elles traversent, parfois. 
                         
Un roman choral qui n'est vraiment pas de tout repos, attention aux sensations fortes! Vivement la suite de ce diptyque aussi foisonnant que passionnant!




Broadway Limited : Un dîner avec Cary Grant, Malika Ferdjoukh, Ecole des Loisirs, "Grand Format", 2015

vendredi 6 février 2015

"Tant que nous sommes vivants", Anne-Laure Bondoux

Anne-Laure Bondoux, qui sait se faire désirer (plus de cinq ans se sont écoulés depuis Le Temps des miracles), a aussi le don pour nous conter des histoires fortes, intemporelles et universelles!
             
Tout commence en Europe visiblement, dans une ville industrielle en déclin. Seule une usine fonctionne encore et fournit le travail à la majorité de la population. Les journées sont rythmées par le travail à l'Usine, lieu de labeur indispensable puisque autour d'elle la vie s'organise vaille que vaille. Dans la grisaille de la ville et des coeurs va pourtant naître un amour d'une puissance exceptionnel, un vrai coup de foudre, entre Bo, nouvel arrivé en ville et Hama. Tous deux travaillent à l'Usine; elle la nuit, lui le jour, et se relaient sur la même machine. Leur amour va tout illuminer autour d'eux et peu à peu les habitants reprennent espoir et  recommencent à vivre joyeusement. Mais un jour, une catastrophe industrielle se produit. L'Usine explose en faisant de nombreux morts, détruisant tout autour d'elle. Il faut trouver un responsable et c'est Bo qui va être désigner à l'unanimité. D'abord parce qu'il est un étranger, ensuite parce qu'il n'était même pas à son poste le jour de la catastrophe! Bo et Hama sont obligés de fuir pour sauver leur amour et le bébé que porte Hama, soit disant maudit. La route est longue, incertaine et difficile. De chemin en chemins, de rencontres en rencontres, Bo et Hama vont faire l'expérience de la douleur et du bonheur, de l'amour et de la séparation, de la naissance et de la mort... 
              
Comme elle le dit elle-même, Anne-Laure Bondoux a souhaité construire son livre sur les contrastes. D'ailleurs, le titre des chapitres, à première vue énigmatiques, en atteste ("le vide et le plein", "la quiétude et l'inquiétude", "le silence et le bruit"...), tout comme la magnifique couverture du livre, en noir et blanc, à la façon d'un spectacle d'ombres. Mais c'est vraiment à la fin du roman que le sens de tout ceci apparaît. 
              
Il y a une phrase qui revient tout le long du livre et qui le résume parfaitement "Il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue". Avec une écriture précise et parfaitement maîtrisée, l'auteur nous donne une émouvante leçon de sagesse "de séparations en séparations, ainsi va la vie" (page 277). 
                         
Un texte lumineux, sur les possibilités qu'offre la vie dés lors qu'elle continue et sur ce paradoxe plein d'optimisme : on gagne toujours à perdre un peu de nous. Déjà un classique!

Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux, Gallimard jeunesse, 2014

lundi 27 octobre 2014

"Coeur de pierre" de Gauthier et Almanza

                       
C'est une histoire toute simple, chantante et pleine de poésie, illustrée joliment par Jérémie Almanza et contée en rimes par Séverine Gauthier.
                
Un petit garçon, né avec un cœur de pierre, croise par hasard une petite fille née avec un cœur d'artichaut. Lui, n'a jamais appris à aimer, ses parents ne se sont jamais souciés de lui... Elle, en revanche, fut choyée par des parents plein d'amour et d'admiration pour son gentil cœur un peu trop fragile.
                                  
Le jour où ils se rencontrent c'est une révélation pour elle : "Ce fut un coup de foudre, elle aima tout de lui: les rides sur son front, ses yeux tristes et sans vie, elle fut envahie d'une étrange douceur, sentie ses joues rosir et ses genoux trembler, tandis que doucement des frissons de chaleur parcouraient sa peau claire, elle n'osait bouger.


                     
Elle lui donne alors une feuille de son cœur d'artichaut, lui ne sait pas quoi en faire et le déchire en petits morceaux. Trop amoureuse pour se laisser abattre elle continue inlassablement à lui courir après et finit par y laisser son cœur... car le garçon au cœur de pierre ne sait pas aimer. "Cet après-midi là, pour la première fois, elle comprit enfin qu'il ne l'aimerait pas et que son cœur de pierre était beaucoup trop lourd; qu'il était simplement incapable d'amour." Mais un autre garçon, au cœur d'or cette fois, qui aime la petite fille en secret, va prendre soin de réparer son cœur feuille par feuille et lui faire ainsi oublier le cœur de pierre.
                                     
                           
C'est une belle métaphore que cette bande dessinée à l'ambiance un peu gothique et nostalgique qui m'a fait penser aux histoires de Tim Burton ou Mathias Malzieu. Elle décrit avec tendresse les différents aspects de l'amour, celui qui fait mal et celui qui permet de nous épanouir, telle la fleur du cœur d'artichaut que l'on voit éclore à la fin de l'histoire.
                         
Destinée aux enfants, cette bande dessinée à l'univers onirique enchantera également leurs parents!
              
Coeur de pierre, Gauthier et Almanza, Delcourt jeunesse, 2013

vendredi 3 octobre 2014

"Humains", Matt Haig

"J'ai découvert que les mots et les histoires nous procuraient des sortes de cartes géographiques, des moyens de retrouver le chemin vers nous-mêmes. Je crois sincèrement que la fiction a le pouvoir de sauver des vies et des têtes précisément pour cette raison. Mais il m'a fallu beaucoup de livres pour arriver à celle-ci, l'histoire que je voulais écrire en premier. Celle qui tente de jeter un coup d’œil sur la beauté étrange et parfois effrayante de la condition humaine". 

Voilà ce qu'écrit Matt Haig, l'auteur de Humains, en toute fin du livre, résumant ainsi parfaitement l'idée de ce roman qu'il a eu alors qu'il faisait une dépression. A cette époque, comme il l'explique dans les remerciements, la vie n'avait plus aucun sens pour lui et il se sentait tout à fait étranger au monde dans lequel il vivait. Un peu comme un extra-terrestre qui aurait débarqué sur une nouvelle planète. Un peu comme le personnage de son roman.
                      
Celui-ci vient d'une planète nommée Vonnador et il a pour mission de détruire la découverte scientifique faite par un mathématicien, Andrew Martin, professeur à l'université de Cambridge. Cette découverte pourrait, en effet, révolutionner l'humanité et changer la face de l'Univers de manière catastrophique. Le vonnadorien, extrêmement intelligent, comme tous ceux de son espèce, débarque donc sur Terre dans le corps de ce mathématicien, tué par les extra-terrestres par la même occasion. Il va donc devoir vivre avec la famille de celui-ci, sa femme Isobel et leur ado de fils Gulliver, alors qu'il exècre les humains qui sont, à ses yeux, grotesques, incohérents, violents, cupides et sous-évolués.

"... l'humain est une forme de vie réelle, bipède, d'intelligence médiocre, qui mène une existence largement bercée d'illusions, sur une petite planète aqueuse, dans un recoin très isolé de l'Univers. [...] Leur conversation exprime très rarement ce dont ils souhaitent réellement parler [...] et n'oublions pas les choses-qu'ils-inventent-pour-se-rendre-heureux-et-qui-ne-font-que-leur-malheur. La liste est infinie. Elle comprend entre autres : faire du shopping, regarder la télévision, chercher le meilleur emploi, acheter la plus grosse maison, écrire un roman semi-autobiographique, éduquer leurs petits, donner à leur peau un aspect légèrement moins flétri, et entretenir le vague désir que tout cela ait un sens."

Mais, plus il en apprend sur la planète Terre et ses habitants, plus sa curiosité grandit et plus il commence à ressentir de nouvelles et étranges sensations. C'est qu'il va faire, malgré lui, l'expérience des sentiments et découvrir la puissance de l'amour.

"Oui, c'était à cela que servait l'amour. L'amour était un moyen de vivre l'éternité en un instant, et aussi un moyen de se voir soi-même comme on ne s'était jamais vu, et de comprendre que ce point de vue avait plus de sens que toutes les perceptions et les fausses images de soi que l'on avait pu avoir auparavant."

 Dès lors, sa vie ainsi que tout ce qu'il croyait savoir, se trouvent remis en question et sa mission, plus que compromise...

Alliant réflexion existentielle, humour piquant et sens du suspens, Matt Haig réalise avec ce roman un vrai coup de maître! On rit des réflexions de l'extra-terrestre sur les pratiques des humains et sa façon de dire tout ce qu'il pense car il ne connaît pas l'hypocrisie et la langue de bois et nous sommes émus, l'instant d'après, par ses réflexions particulièrement justes.

"...Car, comme pour les couchers de soleil, être humain, c'est se trouver dans un entre-deux; une journée éclatante de couleurs aux abois fonçant de manière irrémédiable vers la nuit."

 "Apprécier modérément quelque chose, c'est lui faire insulte. Aime ou déteste. Sois passionné. L'indifférence progresse avec la civilisation. C'est une maladie. Immunise toi, avec l'art et l'amour."

Humains, Matt Haig, Hélium, 2014

lundi 7 juillet 2014

"A comme aujourd'hui", David Levithan







Voici un roman plutôt audacieux et qui sort de l'ordinaire! 
         
A., âgé de 16 ans, n'est pas comme les autres ados : il change de corps, masculin ou féminin, tous les matins au réveil, et ce depuis qu'il est né. Le 5998e matin de sa vie, il se réveille dans le corps de Justin, un beau-gosse très arrogant. Cette journée s'annonce comme toutes les autres, une nouvelle vie à laquelle A. doit s'adapter, juste pour une journée. Seulement, ce matin là, A. (toujours dans le corps de Justin) rencontre Rhiannon, la petite amie de celui-ci, et c'est le coup de foudre! Alors qu'il essaie habituellement de ne pas perturber la vie de ceux qu'il occupe, A. enfreint ses propres règles et n'a désormais plus qu'une envie et raison de vivre : retrouver Rhiannon et partager d'autres moments avec elle...
          
Avec ce roman à la frontière du fantastique, David Levithan, réussi à nous tenir en haleine grâce l'intrigue amoureuse tout en abordant de nombreux sujets de société comme l'identité sexuelle, l'amour, l'adolescence, la religion, la famille, la maladie... L'auteur traite ces sujets avec beaucoup de finesse, de profondeur et de sincérité et la sobriété de son écriture rend l'ensemble vraiment agréable à lire. L'histoire, est impeccablement menée, à tel point qu'on pourrait vraiment croire en la possibilité d'existences telle que celle de A. Par ailleurs, riche de toutes les vies qu'il a vécu à travers les corps qu'il occupe, A. possède une expérience et une sagesse que peu d'ados de son âge connaissent. Un point fort qui permet à David Levithan d'exprimer, à travers la parole de A., ses propres réflexions sur des sujets qui lui tiennent à cœur.

Une ode à l'amour et à la tolérance qui mérite bien que l'on s'y attarde!



A comme aujourd'hui, David Levithan, Les Grandes personnes, 2013

mardi 31 décembre 2013

"Pas assez pour faire une femme", Jeanne Benameur

Le roman commence dans une chambre, sur un lit plus précisément, après l'amour. Nous sommes dans les années 70, Judith a 17 ans, elle vient de se donner pour la première fois à Alain, un étudiant plus âgé rencontré sur les bancs de la fac. Pour lui, elle commence à s'intéresser à la politique, à la philosophie, à la littérature de l'époque comme Hannah Arendt, Françoise Sagan, Anaïs Nin... Elle va alors s'émanciper, s'éveiller à la sensualité, découvrir une partie d'elle-même qu'elle ignorait, et apprendre à apprivoiser les démons du passé, son père notamment, un homme qu'elle décrit comme tyrannique et étroit d'esprit. 
     

Ecrit sur le mode du journal intime, Pas assez pour faire une femme nous entraîne dans le trourbillon des années 70, les rêves d'avenir meilleur, et la foi dans les sciences humaines, le savoir et les études comme garants essentiels de la liberté.
       
Comme toujours l'écriture de Jeanne Benameur berce le lecteur et traduit en quelques touches subtiles le portrait d'une jeune femme à fleur de peau et le portrait d'une génération à la fois révoltée et remplie d'idéaux.
                      

Un soir elle m'a dit Tu as de la chance de pouvoir faire des études, ma fille, continue, j'aurai tellement voulu apprendre moi aussi. Cette phrase-là elle me la dite en me regardant vraiment, dans les yeux et cela m'a fait un bien fou. C'était mon viatique. A la fac tout ce que j'apprenais m'éloignait de ce monde-là, celui de la cuisine de ma mère mais sa phrase me donnait droit. Oui je continuerai et j'apprendrai et je ferai tout pour que toutes les filles qui ont envie d'apprendre puissent le faire dans le monde parce qu'apprendre c'est ouvrir la porte pour penser et que c'est avec la pensée qu'on a une chance de vivre libre.
                      

Un beau texte sur l'adolescence et la quête de soi à découvrir!

Pas assez pour faire une femme, Jeanne Benameur, Thierry Magnier, 2013 
                      

mercredi 25 septembre 2013

"Le coup de kif", Gwladys Constant

Karel, 17 ans, terminale L (par défaut), se prend d'amour ou plutôt de kif pour le beau Lucas, qu'elle surnomme Lumière, nouveau de la classe. Pour attirer son attention, elle l'interroge sur un livre qu'il est en train de lire au CDI: "Les Yeux d'Elsa" d'Aragon, ce qui lui vaudra une réponse aussi brève qu'éloquente mais ça elle ne le comprend pas tout de suite! Karel est obstinée, comme elle le dit elle-même et, comme elle ne renonce pas facilement, elle va aller jusqu'à lire le recueil d'Aragon pour avoir de quoi converser à nouveau avec Lucas, alors qu'elle déteste la lecture! Et ce n'est qu'un début...  
  
Jusqu'où peut-on aller pour un "coup de kif" (plus fort que le coup de foudre selon Karel)? Telle est le principal sujet de ce livre mais, sous une apparence assez légère, Gwladys Constant aborde aussi avec beaucoup d'humour et de justesse l'adolescence et ses enjeux : l'orientation post bac mais également, et ça c'est plus original, le langage et la culture des djeuns! "Abdoulaye [...] il m'a vraiment aidée [...] pour le parler, le jour où il m'a balancé: - Je t'aime bien Karel, t'es cool, mais tu causes toujours comme les corrigés du bac...
   
C'est intelligent, bien vu et ça se lit d'une traite (et ce n'est pas que pour le nombre restreint de pages que je dis cela). Les personnages sont très attachants dans leurs imperfections: Karel tente de se faire passer pour l'intellectuelle qu'elle n'est pas mais, elle sait restée modeste au contraire de Lucas qui, lui, s'avère être un brillant prétentieux! Enfin, sans révéler tous les ressorts de l'intrigue, elle se réveillera à temps! Bref, un sympathique roman plein de peps! 

Le coup de Kif, Gwladys Constant, Oskar éditeur, 2013

mercredi 27 février 2013

"Yakusa Gokudo (T.1) Les Otages du Dieu-Dragon", Michel Honaker

La mafia japonnaise vous connaissez? Et la mafia nord-coréenne? Pas encore? Alors bienvenue dans la baie d'Osaka! Saburo est un jeune yakusa (c'est-à-dire, un membre d'un groupe de crime organisé au Japon), un soir où lui et son clan règlent son compte à un type louche, Saburo sauve des eaux une jeune femme. Tout cela va à l'encontre des codes de son clan hérités des samouraï, pourtant, poussé par son instinct, Saburo lui vient en aide. Elle lui fait penser à la princesse Otohimé, tout droit sortie d'un conte que sa mère lui racontait lorsqu'il était enfant. La jeune femme est apeurée et a perdu la parole suite à un gros choc émotionnel, personne ne sait qui elle est, ni d'où elle vient... et pour arranger le tout, la police est à sa recherche et un fourgon noir rôde sournoisement dans les parages...
Ici, peu de place pour les longues descriptions et la psychologie approfondie des personnages, nous sommes en plein thriller, court mais efficace avec un petit côté japonisant qui n'est pas pour nous déplaire. Avec ce livre, Michel Honaker nous plonge aussi dans une partie de l'histoire et de la culture du Japon, du crime organisé et des luttes ancestrales entre les gangs japonais et nord-coréens. Surtout, ce livre aborde un thème peu commun, celui de l'enlèvement de jeunes enfants et adolescents sur les plages du Japon par la mafia nord-coréenne depuis 40 ans. Un thriller divertissant et très instructif, premier tome d'une série dont le deuxième est en préparation.

Yakusa Gokudo (T.1) Les Otages du Dieu-Dragon, Michel Honaker, Flammarion, "Grand format", 2013

dimanche 28 octobre 2012

"Inventaire après rupture", Daniel Handler

Min dépose une boîte devant la porte d'Ed. Dans cette boîte il y a une lettre et toute leur histoire, ou comme le dit aussi la couverture du livre, toute l'histoire de leur rupture. Beaucoup d'objets, des petits riens qui représentent pourtant quelque chose de précis aux yeux de Min : capsules de bière de leur première rencontre, tickets de cinéma de leur premier ciné, premiers mots d'amour, premier cadeau, etc. Des objets du quotidien qui sont autant de souvenirs... Dans sa lettre de rupture à Ed, Min rappelle les souvenirs qui sont rattachés à chaque objet, le plus souvent aigres-doux et qui contiennent aussi les prémices de leur rupture. C'est d'ailleurs ce qui rend la tonalité de ce livre si particulière. Min porte un regard sévère et amer sur leur histoire, à la fois plein de colère, de regrets et de confusions car on sent qu'elle n'est pas tout à fait débarrassée de ses sentiments pour Ed :  " (...) le problème avec les désirs du coeur, c'est que le coeur ne sait même pas ce qu'il désire, jusqu'à ce que l'occasion se présente. (...) tu étais là sans être annoncé, et à présent tu devenais mon seul désir, le cadeau absolu. Je n'avais rien cherché, je ne t'avais pas cherché, et à présent, là, dans la pénombre, tu étais tout ce que mon coeur voulait."


L'auteur retranscrit très bien ce déchirement. Par ailleurs, il parvient aussi à restituer une ambiance "teen movie" dans son roman sans tomber dans la facilité malgré quelques clichés! Ed et Min ne se ressemblent en rien et sont quand même attirés l'un par l'autre, on a déjà vu ça. Elle aime les grands classiques du cinéma américain, lui, est la star de basket du lycée et considère Min comme une "intello". Il l'admire car elle est différente, elle l'admire car il ne ressemble pas à ses amis. Mais à long terme, leurs différences deviennent trop prégnantes et la rupture est inévitable... En fait, ce qui apporte de la profondeur à ce récit c'est le personnage de Min. Elle est très cultivée et fait souvent référence à la littérature et au cinéma dans son inventaire. Ses remarques sonnent justes et le langage est plutôt travaillé : "Quelle conne j'étais de me prendre pour ce que je n'étais pas, quelle pauvre naze de me figurer que trois brins d'herbe font une jolie vue, que se faire embrasser rend embrassable, qu'aimer le cinéma fait de vous un cinéaste, qu'un carton de petites merdes est un trésor, qu'un garçon qui vous sourit est sérieux, qu'un moment doux est une vie plus belle."

Accompagné des illustrations à la gouache de Maria Kalman, ce roman plaira à tous les jeunes coeurs déçus qui pourront peut-être se retrouver dans l'histoire de Min et Ed!

Inventaire après rupture, Daniel Handler et Maria Kalman, Nathan, "Grand format", 2012

mercredi 17 octobre 2012

"Aristote in love", Anne-Gaëlle Balpe

Non, ce n’est pas une biographie d’Aristote façon « djeuns » que nous propose Anne-Gaëlle Balpe !
Aristote est un jeune garçon qui rentre en 6ème. Dans sa classe, il est assis à côté de Yasmine, une fille qui sent bon les fruits de la passion et le chocolat… Celle-ci trouve son prénom « trop stylé », un vrai prénom de guerrier ! Mais après quelques recherches, Aristote découvre que son prénom vient d’un philosophe qui portait des robes et qui vécut en Grèce dans « les années moins 300 ou quelques chose du genre ». Aristote décide d’être à la hauteur de ce prénom et commence à écrire des questions dans un petit cahier : « L’amitié entre filles et garçons est-elle possible ? Le développement durable est-il une solution d’avenir ? Qui est mon père ? » Mieux, il a l'intention de fonder une "Agence de philosophie"! Mais ce qui le préoccupe le plus, c’est Yasmine… Il ne sait pas quoi penser de leur relation. Depuis la rentrée (« une semaine, déjà ! »), ils ne se quittent plus mais Yasmine se comporte de plus en plus étrangement avec lui…
C’est une histoire d’amour toute simple, entre deux enfants, qui est racontée ici sur le mode de la comédie. Le personnage d’Aristote est vraiment attachant : heureux de vivre, vif d'esprit mais qui doute quand même un peu de lui, honnête, futé... La lecture est agréable, Anne-Gaëlle Balpe se met dans la peau de ce petit garçon atypique et c'est du point de vue de celui-ci qu'elle raconte son histoire. Par ailleurs, le récit est ponctué par des dialogues aux réparties bien senties qui font sourire et par une initiation accélérée à la philosophie et aux syllogismes des plus divertissante : « Tous les cafards sont mortels. Or, M. Prévost (le prof de musique) est mortel. Donc, M. Prévost est un cafard. »

Une lecture intelligente et distrayante pour jeunes lecteurs!
Aristote in love, Anne-Gaëlle Balpe, Rouergue, "Dacodac", 2012