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samedi 3 décembre 2016

"De Cape et de Mots", de Flore Vesco

Serine vit avec ses parents et sa ribambelle de petits frères qu'elle occupe en inventant des jeux et des histoires bien qu'on ne lui ait jamais appris à lire. A la mort de leur père, Serine décide de partir faire ses preuves à la cour du Roi en tant que demoiselle de compagnie de la Reine. Son franc parlé et son originalité vont lui permettre de se faire remarquer par la Reine parmi tous ses courtisans et lui valent une place de choix auprès de celle-ci. Malheureusement, Serine intrigue autant qu'elle attise les jalousies! Bien malgré elle, elle va se retrouver mêlée à une affaire des plus dangereuses, car à la cour, les complots et les manigances vont bon train !
Pour son premier roman, Flore Vesco a imaginé un monde qui n'est pas sans rappeler la cour de Versailles au temps de Molière ou de Beaumarchais. L'auteure nous offre une héroïne savoureuse, maline et débrouillarde que nous avons plaisir à suivre dans ses aventures. A travers l'histoire de sa pétillante héroïne, l'auteure dépeint les travers de la cour, ses faux semblants, son hypocrisie et n'hésite pas à tourner en ridicule nobles et courtisans. Mais ce qui fait aussi toute la saveur de ce roman jeunesse, c'est le style de l'auteure! Flore Vesco n'hésite pas à employer un vocabulaire d'une grande richesse, elle s'amuse avec les mots et fait de ses dialogues des petits chefs-d’œuvre. Pleine d'esprit et d'humour, elle joue également avec les codes du théâtre, empruntant à bon escient le personnage d'Arlequin! Mais je n'en dis pas plus car ce serait dommage de gâcher les surprises que réservent ce roman! Nul doute que cette histoire saura séduire les petits comme les grands enfants. Quant à moi, je suis conquise et vais m'empresser de lire son dernier roman jeunesse Louis Pasteur contre les Loups-Garous !


De Cape et de mots, Flore Vesco, Didier jeunesse, 2015
(182 pages)
 ★★★★★

mardi 5 juillet 2016

"Le grand n'importe quoi", de J.M. Erre

J'ai découvert J.M. Erre avec Prenez soin du chien, son premier roman, un concentré hilarant de loufoqueries comme je n'en avais jamais lu auparavant! Depuis, tous les deux ans (fréquence de parution de ses romans), j'ai rendez-vous avec lui! Cette fois je ne parlerai donc pas de littérature jeunesse mais du Grand n'importe quoi, le dernier livre de J. M. Erre!

Avec un titre pareil, ce livre ne pouvait être que du pur délire, et c'est bien le cas! L'histoire se déroule en 2042, le 7 juin à 20h42 pour être plus précis, dans le village de Gourdiflot-le-Bombé. Alain Delon, membre actif des homonymes anonymes et passionné d'extra-terrestres, est sur le point d'en finir avec la vie lorsqu'il voit atterrir une soucoupe volante dans son jardin. Au même moment, non loin de là, Arthur, réfugié monégasque depuis que le Mollah Albert fait régner la terreur sur le rocher devenu un état islamique, et sa compagne Framboise s’apprêtent à se rendre à la soirée costumée d'un culturiste, tandis que Lucas, un écrivain de SF raté, reçoit la visite d'une Maryline Monroe alcoolisée, et J-Bob et Francis, piliers de bar accoudés au comptoir discutent physique quantique et métaphysique... (cette phrase est un peu longue, désolée!) Tous ces personnages, et bien d'autres encore, vont ainsi se croiser au fil des pages et vivre des aventures hors du commun, (voire totalement grotesques comme nous l'indique l'auteur lui-même!), tout en restant à Gourdiflot-le-Bombé et à 20h42...

J. M. Erre joue avec les codes de la science-fiction, on pense en particulier à la Soupe aux choux de René Fallet et au guide du voyageur galactique de Douglas Adams, et signe un roman totalement décalé et déjanté où personnages caricaturaux et situations rocambolesques se mêlent à des références plus philosophiques, littéraires et cinématographiques. L'auteur ne lésine pas sur les digressions, les jeux de mots et les figures de style; chaque phrase est un plaisir pour les zygomatiques. Non seulement c'est drôle mais l'auteur nous livre aussi, en filigranes et toujours au second degré, une belle critique des dérives de notre société : politiques, économistes, journalistes en prennent pour leur grade! Mais Le grand n'importe quoi c'est aussi un hommage rendu à la littérature et une réflexion sur l'écriture et la création. Rien de trop sérieux rassurez-vous, ce serait mal connaître l'auteur et son goût de l'auto-dérision, mais c'est tout de même pas n'importe quoi!

Juste pour le plaisir, un petit extrait !
A ses côtés se tenait Qzywkkvyz, son fidèle pilote, dont le patronyme aux sonorités chantantes aurait mérité l’invention d’un Scrabble zlotonois (du Sud). Ensemble, ils avaient parcouru l'espace infini d'un bout à l'autre, car ils se riaient des paradoxes. Ensemble, ils avaient dépassé maintes fois la vitesse de la lumière, car ils se gaussaient des théories relativistes de physiciens allemands hirsutes. Ensemble, ils s'étaient beaucoup tripotés, car derrière les uniformes sévères de militaires aguerris battaient deux cœurs sensibles de pieuvres de l'espace. Le capitaine Jean-SCRT@wysqdto&ké posa sur Qzywkkvyz ses huits yeux humides d'affection virile et lui demanda de passer la cinquième sur ce ton martial qui faisait durcir les tentacules de tous les octopodes à frange tubulaire de la constellation d'Orion aux étoiles d'Andromède

Le grand n'importe quoi, J. M. Erre, Buchet-chastel, 2016

mardi 26 avril 2016

"Les Spectaculaires tome 1 : Le Cabaret des ombres", de Régis Hautière et Arnaud Poitevin


Voici une BD au charme suranné qui ravira les fanas de Sherlock Holmes et de l’Inspecteur Gadget le tout dans un majestueux décor parisien. 
L'histoire se passe en 1909, à l'heure où commence à se développer le cinéma au détriment des théâtres et autres cabarets. Dommage, car au Cabaret des ombres, malgré une salle quasiment vide, se joue un spectacle impressionnant : un homme bondit dans un cercle enflammé, pour atterrir plusieurs mètres plus haut sur un socle tenu par un doigt par un homme à la force herculéenne.
Impressionné par le spectacle, un certain Prosper Pipolet, "inventeur innovateur", se précipite pour aller saluer les prodiges à la fin du spectacle et leur demander leur aide. Il vient, en effet, de se faire voler sa nouvelle invention, une arme top-secrète et très dangereuse, maintenant entre les mains de l'infâme Stingler qui veut détruire le monde avec!
Plus par besoin d'argent que par conviction, la bande des quatre Spectaculaires est contrainte d'aider l'inventeur fou. Problème : même s'ils sont les rois de l'illusion, leur dextérité dans le domaine du vol, de la filature ou du combat, est clairement à revoir! 
Avec Le Cabaret des ombres, le duo de choc Hautière et Poitevin fait des merveilles! Enchaînant les gaffes, ces personnages savoureux et attachants doivent surtout la résolution de leur enquête à leur bonne étoile! Avec des gags et des péripéties à chaque page et des dialogues déjantés, on ne s'ennuie pas un seul instant! Le rythme effréné de cette BD, où se croise la petite et la grande histoire, nous fait vivre un pur moment de détente. Un album à mettre en toutes les mains!

Les Spectaculaires tome 1 : Le Cabaret des ombres, Régis Hautière, Arnaud Poitevin, Rue de Sèvres, 2016

vendredi 12 février 2016

"Tatie pourrie", David Walliams

Cauchemar au manoir! Pour son dernier  roman, David Walliams n'a pas lésiné sur l'humour noir!

L'histoire se déroule en Angleterre en 1930, dans une demeure perdue en pleine campagne. Stella se réveille dans sa chambre avec des douleurs et l'impression d'avoir dormi une éternité. Elle découvre aussi avec stupeur qu'elle est emmaillotée dans des bandelettes et ne peut plus bouger. Alors qu'elle appelle sa mère, c'est sa tante Alberta qui vient et lui révèle qu'elle a dormi plusieurs mois suite à un accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents. Désormais seule héritière du manoir Stella est retenue prisonnière par son horrible tante qui a juré de mettre la main sur l'acte de propriété du manoir, que son frère Lord Saxby, a pris soin de dissimuler dans le cas où il mourrait. On apprend en effet que Alberta a déjà dilapidé une bonne partie de la fortune familiale au jeu de puces! C'est donc le début de l'horreur pour Stella. Heureusement, bien décidée à ne pas laisser le manoir de Saxby aux mains de ce monstre et à prouver que ses parents ont été empoisonnés avant de monter en voiture, Stella va trouver un allié de choix en la personne de Charbon, le fantôme du manoir!

Avec Tatie Pourrie, David Walliams nous entraîne dans une histoire pleine d'action et de rebondissements illustrée brillamment, comme d'habitude, par Tony Ross! Ses apartés, qui ponctuent régulièrement le récit, sont d'une drôlerie irrésistible. Grâce à lui on apprend, par exemple, les tours préférés des fantômes, comment tricher au jeu de puces, les différentes espèces de hiboux empaillés ou bien encore les différentes plantes mortelles qui ne poussent que dans le noir complet...

Les personnages sont tous plus loufoques les uns que les autres : le vieux majordome qui a perdu la boule (il sert des chaussons beurrés en feu sur un plateau d'argent au lieu de tartines beurrées), le fantôme du petit ramoneur qui ne parle qu'en argot, le terrifiant hibou de Bavière Wagner, animal de compagnie de la tante, et enfin, la tatie de Stella (plus bête et méchante que loufoque) au look infernal, comme vous pouvez le constater :
          

Comme toujours, le fond de l'histoire n'est pas joyeux et traite d'un sujet douloureux mais la forme rend l'ensemble tout à fait comique. Un moment de lecture des plus distrayants, on frissonne et on rit du début à la fin. Tout s'enchaîne à merveille et on ne s'ennuie pas une minute!  
A lire ou à faire lire à partir de 9 ans.

Tatie pourrie, David Walliams et Tony Ross, Albin Michel, "Witty", 2015

samedi 4 juillet 2015

Le Grand méchant renard, de Benjamin Renner

Le Grand méchant renard c'est de l'humour en barre! Voyez un peu, la couverture parle d'elle-même!
      
Il était une fois, un grand méchant renard... enfin plutôt, un méchant renard... bon, disons, un renard. Donc, il était une fois un renard, piètre chasseur, qui mangeait des navets parce qu'aucun animal n'avait peur de lui. Malgré de nombreuses visites aux poules de la ferme d'à côté, rien n'y fait, il se fait chasser à coups de bec! Il n'est même plus redouté par les autres animaux de la ferme, le cochon et le lapin lui serrent la patte et lui ramassent des légumes. Bref, notre pauvre renard déprime. Il a envie de viande! Lorsqu'il fait part de son problème au loup, celui-ci lui propose une solution avec un plan machiavélique : voler les œufs de la poule, attendre que les poussins grandissent un peu, et... les manger! Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu. D'abord obligé de couver les œufs jusqu'à leur éclosion, le renard trouve son unique réconfort en imaginant son futur festin. Seulement voilà, il n'avait pas prévu qu'à leur naissance les poussins considèrent comme leur mère, le premier qu'ils voient! Comble du ridicule, notre renard est désormais appelé "Maman" par trois adorables poussins! Et il n'est pas au bout de ses peines! 

   
Une BD qui se dévore en un rien de temps! Benjamin Renner enchaîne gags sur gags, à la façon de Tex Avery et accompagne le tout de dialogues drôles et savoureux!  On se délecte de son coup de crayon, à la fois léger et très expressif, et de sa galerie de personnages hauts en couleurs: la poule matrone, le chien fainéant, le lapin stupide, le loup froid et calculateur... Avec un suspens haletant, des clins d’œil parsemés ici ou là, mais aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, tous les ingrédients sont là pour nous faire passer un moment de détente inoubliable! 


Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner, Delcourt, 2015

vendredi 12 juin 2015

"Le Journal de Gurty : Vacances en Provence", de Bertrand Santini

Le Bertrand Santini nouveau est arrivé! Comme toujours, j'attendais celui-ci avec impatience, et je ne suis pas déçue!

Gurty est une petite chienne. Elle va passer ses vacances d'été en Provence, avec son humain Gaspard. Dans son journal, daté du 1er au 42 juillet, elle raconte toutes ses aventures! De son arrivée en train à son départ, en passant par ses déconvenues avec le chat qu'elle surnomme "Tête de fesses" (on comprend dès qu'on le voit) et ses longues journées à contempler un plan de tomates ou un nuage avec la chienne d'à côté, Fleur. On saura tout des vacances de cet attachant Rantanplan! 

D'ailleurs, ce n'est pas tant les petites péripéties de Gurty qui rendent cette histoire si poilante (quoi que la dernière est particulièrement drôle!!) que la façon dont elles sont écrites. Avec une naïveté et une logique toute canine: 


"On ne se méfie jamais assez de sa queue [...] Par exemple, parfois je prends un air méchant pour faire une farce.. et j'oublie que ma stupide queue rigole d'avance. Alors, tout le monde devine que je prépare un sale coup et ma blague tombe à l'eau."

Des dialogues à couper le souffle,


 "- Si, c'est toi! - Non, c'est pas moi! - Non, c'est toi! - Mais si, c'est toi! - Si, c'est toi! - Mais non! - Non! - Si! - Non! - Si!...", 

de l'action en veux-tu en voilà,



des personnages sympathiques, 



bref, IRRESISTIBLE! Et en plus, c'est Bertrand Santini himself qui a illustré, et là, je dis bravo! A quand les nouvelles aventures de Gurty?

Le Journal de Gurty : Vacances en Provence, Bertrand Santini, Sarbacane, "Pépix", 2015

samedi 28 septembre 2013

"Dancing Love", Guillaume Guéraud

En voilà une chouette idée que cette collection "Série B" parue tout récemment aux éditions Sarbacane! Guillaume Guéraud, qu'on savait déjà grand amateur de cinéma, s'en donne à cœur joie dans cette collection spécialement conçue pour ses textes loufoques et déjantés, qui reprennent le principe des films de Série B (autrement dit, des scenarii improbables et des moyens limités). Chaque texte, tous aussi barrés les uns que les autres, (déjà parus, Les Ogres mutants, King Kaloumar et Bob le râté) est illustré par un illustrateur différent. Dans Dancing Love, c'est Hélène Georges qui s'y colle avec brio représentant à merveille tout le kitsch de l'univers de Dancing Love.  
  
Dancing Love, c'est l'histoire d'une jeune fille, Jennifer Diaz, qui sert des beignets dans le snack que tiennent ses parents sur la route qui relie Reno, États-Unis, à Las Vegas. Elle n'a aucun charme particulier mais se métamorphose en danseuse d'exception dés qu'elle entend les paroles de son chanteur de variété adoré, Jimmy Glover! Et justement, un beau jour, Jimmy Glover et sa troupe tombent en panne juste devant le snack des Diaz. Entre Jennifer et Jimmy, c'est le coup de foudre! Ils feront tout pour être réunis même si les parents de Jennifer, qui supportent mal la musique (pourrie) de Jimmy Glover, s'opposent à leur union... "Oh mon amour / Allons faire un tour / qui durera toujours / La nuit comme le jour!" 
  
Un petit air de comédie musicale édulcorée, à la Grease ou Footloose, flotte donc sur cette nouvelle! Le texte, écrit de façon très visuelle (et oui), se prête parfaitement à une lecture à voix haute, et Guillaume Guéraud parvient sans problème à retranscrire le langage cinématographique propre aux Séries B dans cette histoire à l'eau de rose, complètement assumée! A lire au second degré, bien évidemment! 
   
   
 
Dancing Love, Guillaume Guéraud et Hélène Georges, Ed. Sarbacane, "Série B", 2013