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samedi 2 septembre 2017

"L'ingrédient secret du bonheur" de Laurel Remington.

Scarlett est une collégienne pas tout à fait comme les autres; sa mère, une blogueuse très tendance, s'est rendue célèbre grâce aux billets publiés sur la vie de sa fille. Toute sa vie est étalée sur Internet mais le pire, c'est que tout le monde au collège, ou dans son quartier, sait qui est la célèbre blogueuse et, surtout, qui est la fille dont elle parle une fois par semaine! Scarlett, humiliée de voir sa vie ainsi déballée au grand jour, s'est peu à peu refermée sur elle-même. Elle n'a plus d'amis, elle ne fait plus aucune activité extra-scolaire, elle ne parle plus à sa mère, bref, elle essaye par tous les moyens de donner le moins de matière possible à sa mère. Elle est triste et se sent très seule, forcément. Pourtant, un jour, tout va changer grâce à une mamie hospitalisée, un chat affamé, une cuisine fabuleuse, et un livre de cuisine fantastique! 

Attention, ce livre va vous donner des envies de gâteaux et aussi de vous mettre aux fourneaux! Bien écrit, bien mené, Laurel Remington qui publie là son premier roman, traite d'un sujet très actuel, avec talent. On s'attache vite aux personnages qui paraissent d'abord assez caricaturaux mais dont on découvre bien vite les failles, et on prend plaisir à suivre l'évolution de Scarlett. Trouvera-t'elle l'ingrédient secret du bonheur grâce à la cuisine? Une lecture très accessible et pleine de surprises, sur l'entraide, le partage et la transmission, qui se dévore dès 10 ans.

L'ingrédient secret du bonheur, Laurel Remington, Casterman, 2017 
(322 pages)

★★★★☆

jeudi 13 avril 2017

"Je suis ton soleil", de Marie Pavlenko

Déborah vit à paris avec son père, un rédacteur en chef surbooké, et sa mère, une femme plutôt distante et qu'elle sent s'éloigner de plus en plus. Elle s'apprête à rentrer en terminale. Elle croit à la théorie de la scoumoune qu'elle a pu tester à de nombreuses reprises : d'ailleurs, le théorème de la scoumoune a encore frappé en ce jour de rentrée des classes puisque Isidore, son "chien-clochard", lui a mangé sa dernière paire de chaussures. Malgré ce fameux théorème et le bac en ligne de mire, Déborah espère passer une bonne année. Elle déchante un peu lorsqu'elle apprend qu'elle n'est pas dans la classe de sa meilleure amie Éloïse; pire, elle se retrouve avec la peste du lycée, Tania, et un garçon bizarre, passionné par les araignées, qu'elle et Éloïse ont surnommé Mygaleman. Il y a aussi un petit nouveau, Victor, qui ne la laisse pas indifférente... Cette année, sera en fait l'année du changement pour Déborah, et même de grands bouleversements: sa meilleure amie n'a plus d'yeux que pour son nouveau mec et Déborah ne la voit presque plus, surtout, elle surprend son père dans les bras d'une autre femme. Effondrée, elle trouve du réconfort dans d'inattendus nouveaux amis : Jamal, alias Mygaleman, et le beau Victor. Entre rires et pleurs, euphorie et désespoir, Déborah va vivre une année en forme de montagnes russes et notre pauvre cœur de lecteur va être bien mal mené lui aussi!

Attention, gros gros GROS coup de cœur pour ce fantastique roman!  Aussi à l'aise lorsqu'il s'agit d'aborder des sujets graves (comme le suicide ou l'avortement) que des thèmes plus légers, Marie Pavlenko, qui a mis plusieurs années avant de terminer ce roman, m'a touchée en plein cœur. Grâce à des personnages forts et touchants, notamment celui de Déborah, qui ne perd jamais son sens de l'humour, le roman atteint une vraie densité. Marie Pavlenko signe une très belle histoire sur l'adolescence, cette période si riche en émotions qui chamboulent toute notre vie. Ici, point de romance gnian-gnian à l'eau de rose, se sont surtout l'amitié et l'entraide qui sont au cœur de cette histoire. Sans jamais tomber dans la démonstration, l'auteur nous parle avec subtilité de l'amour, celui qu'on ressent pour ses parents, pour nos amis ou pour une personne en particulier. L'amour filial ou l'amour sans retour, celui qui se termine ou celui qui grandit. Tout cela toujours dans la légèreté et ponctué de passages hilarants (j'ai particulièrement apprécié la rencontre entre Déborah et Gertrude la mygale ou encore celui où elle teste le yoga avec sa mère!) Un page turner aussi désopilant qu'émouvant, qui se dévore en quelques heures ou plus, si on veut faire durer le plaisir!

"La prof arrive et, comment dire... Je suis face à un hobbit affublé de jambières rose bonbon. Frodo avec une perruque et une tenue sportive moulax.
Et vas-y que je tends la jambe, que je la fais passer sous mon aisselle et ressortir sous le menton, que j'inspire hiiiiiiiiiiiin, que j'expire pffffffffffff. Et on enchaîne : la position du héron ventripotent, le mulot crucifié, le bouc unijambiste. Oui, c'est bien, ton mollet doit entrer en fusion avec ton esprit. C'est bon pour ton karma. 
J'aime ma mère, j'essaie d'adopter un visage neutre, voire encourageant, mais la vérité est simple : le yoga, ce n'est pas pour moi."  

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko, Flammarion jeunesse, 2017
(466 pages) 

 

vendredi 3 mars 2017

"Scarlett Epstein rate sa vie", de Anna Breslaw

Le jour où Scarlett apprend que sa série préférée se termine, c'est tout son monde qui s'effondre! Star dans son domaine, la fanfiction inspirée de sa série fétiche, Scarlett ressent un grand vide et ne sait plus quoi écrire. Grâce aux encouragements de sa communauté, elle décide finalement de se lancer dans l'écriture de la suite de la série. Le problème c'est que contrairement à sa vie virtuelle, elle trouve que sa "real life" manque cruellement d'intérêt, voire même est assez loin d'être une vie de rêve. Son père est parti et vit à New-York avec sa nouvelle famille laissant Scarlett seule avec sa mère qui enchaîne les conquêtes et a bien du mal à tenir son rôle de mère. Heureusement, il y a ses amis, ceux du web mais aussi Avery, sa "best friend", et surtout Ruth, sa voisine de 73 ans, qui fume des joints à longueur de journée et incite Scarlett à sortir de sa coquille. Pour Scarlett, ceci n'est d'ailleurs pas une mince affaire, en dehors de sa copine Avery, elle trouve les élèves de son lycée sans intérêt, en particulier la bande des "populaires", qui sont des clichés ambulants! D'autant plus que son ancien meilleur ami pour qui elle en pince en secret, fait désormais partie de leur bande!

Certes, résumé ainsi, ce roman destiné aux ados, n'a rien de vraiment nouveau du point de vu de l'intrigue. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher de penser à Fangirl de Rainbow Rowell. Pourtant, j'ai eu plaisir à suivre les aventures de cette héroïne attachante à travers son regard aiguisé. Souvent critique envers ses paires mais aussi à l'égard des adultes, (le milieu littéraire de Greenwich village en prend pour son grade) Scarlett n'a pas la langue dans sa poche. C'est distrayant, drôle et pas du tout cucul. Scarlett Epstein rate sa vie raconte le parcours d'une adolescente qui se cherche et se transforme grâce à ses rencontres notamment celle de Ruth, personnage très touchant qui apporte à mon sens le plus de profondeur à l'histoire. Grâce à elle, Scarlett change et devient moins amère. Beaucoup de choses sont traitées dans ce roman, les relations familiales chaotiques, l'amitié, l'amour, ou encore les passions qui enrichissent la vie, surtout la littérature. Le mode de narration à la première personne rend la lecture simple et dynamique. C'est un roman qui va à l'essentiel et plaira aux adolescentes par son ton enlevé et sa fraîcheur. Un premier roman qui tient ses promesses!

Scarlett Epstein rate sa vie, Anna Breslaw, Gallimard jeunesse, "Scripto", 2017 (320 pages)
★★★☆☆

samedi 3 septembre 2016

"Quelqu'un qu'on aime" de Séverine Vidal

Lorsque Dixie annonce à Matt, son ex qu'elle n'a pas revu depuis des mois, qu'il est le père de la petite Amber âgée de dix-huit mois et qu'elle a besoin de son aide pour la garder le temps de quelques semaines, celui-ci est un peu pris au dépourvu (il y a de quoi!) En effet, il a déjà prévu de faire un long voyage avec son grand-père, Gary, atteint de la maladie d'Alzheimer, dans l'Ouest des Etats-Unis. Le but de ce voyage : partir à la recherche de ses souvenirs de jeunesse alors qu'il parcourait les routes à la suite de son idole de toujours, le chanteur Pat Boone. C'est leur voyage des "souvenirs vivants". Pourtant, après mûre réflexion, Matt ne le sait pas encore mais il va prendre la meilleure décision de sa vie : faire tout de même le voyage mais avec Amber dans leur bagages!
     
Et comme la vie est pleine de surprises et d'imprévus, Matt, Gary et Amber se retrouvent, grâce à une tempête de neige, en compagnie de deux âmes égarées : Antonia, une jeune femme qui cherche à changer de vie, et Luke, un adolescent qui a fuit son domicile pour d'obscures raisons. Toute cette équipe va donc devoir cohabiter pendant ce road trip qui s'annonce, pour le moins, épique! 
           
Séverine Vidal, signe avec Quelqu'un qu'on aime un roman optimiste et bouleversant! Avec un style tout à fait fluide, elle nous fait voyager sur les mythiques routes américaines en compagnie de personnages drôles, attachants et qu'on souhaiterait avoir pour amis. Le sujet est grave pourtant. La maladie de Gary, conscient de son aggravation, les notes qu'il écrit pour se souvenir, ses moments de joie presque "normaux" où la maladie semble loin, et ses moments sombres où il perd pied et se met en colère... tout cela est écrit avec une vraie justesse, touchante et sans aucune lourdeur grâce à la plume légère et habile de Séverine Vidal. Car c'est un livre qui parle avec douceur de ceux qu'on aime, des amis, des amours, de la famille, de ceux qu'on a perdu mais aussi de ceux que l'on rencontre sur la route. Une belle métaphore de la vie en somme. Celle-ci peut s'avérer décevante, autant qu'éblouissante, douloureuse un jour, et plus douce un autre jour, comme le voyage que font tous ces personnages, à la recherche du temps perdu de Gary. C'est beau, émouvant, ce livre donne envie d'aimer et surtout de dire à ceux qu'on aime qu'ils sont précieux à nos yeux. A ne pas manquer, quelque soit l'âge qu'on a!

"Il y repensera en regardant cette photo, qu'il gardera toujours, pliée en deux, dans son portefeuille. Il y repensera quand il aura l'impression bizarre que ce moment n'est jamais arrivé. C'est le présent qui est fragile ; il disparaît, il n'existe pas. […] Il voudrait garder ce moment, le retenir. Mais il ne peut pas, le présent file et c'est comme ça, alors Luke serre la main de Gary, falaise fragile qui attend, en retenant son souffle, le prochain tremblement de terre

Quelqu'un qu'on aime, Séverine Vidal, Sarbacane, "Exprim'", 2015

jeudi 27 août 2015

Gardiens des Cités perdues, de Shanon Messenger


Coup de cœur pour ce roman ! Malgré de nombreuses bonnes critiques que j'avais lues ou entendues à son sujet, j'avais peur que l'histoire soit trop enfantine pour moi, adulte, et qu'elle ne m'emporte pas. Et bien c'est tout le contraire qui s'est passé! 

C'est l'histoire de Sophie Foster qui a 12 ans. Depuis l'âge de 5 ans elle entend les pensées des gens et grâce à sa mémoire photographique elle dispose de capacités mentales extraordinaires. La preuve, elle est déjà en terminale! Malheureusement, ses talents la rendent spéciale aux yeux des autres et lui gâchent la vie. Considérée comme un monstre, une anomalie par ses camarades elle ne parvient pas à s'adapter ni à s'intégrer. Un jour qu'elle est encore mise à l'écart par les autres élèves, elle fait la connaissance d'un garçon d'à peu près son âge, Fitz. Celui-ci avoue la chercher depuis longtemps et lui révèle sa véritable identité. Sophie n'est pas humaine, c'est une elfe comme lui. Evidemment elle n'en croit pas un mot, il va alors l'entraîner avec lui dans son monde pour une visite express et lui promet de revenir la voir le lendemain. A partir de là, la vie de Sophie va entièrement changer. Créatures merveilleuses, mondes perdus, pouvoirs magiques, ce qu'elle va découvrir va dépasser son imagination et remettre totalement en question la conception qu'elle s'était faite du monde. Mais cet univers merveilleux recèle aussi sa part d'ombres, et Sophie n'est pas aussi étrangère aux Cités perdues que ce que ces nouveaux amis veulent lui faire croire.

Voici un roman de fantasy pour la jeunesse qui a tous les ingrédients pour devenir une grande saga! Shannon Messenger réussit à nous entraîner dans un monde magique qu'on pensait avoir vu et revu et pourtant tout fonctionne, rien ne lasse. L'intrigue, bien construite, est amenée peu à peu, en douceur pour finir sur plusieurs révélations, de plus, les personnages sont tous intéressants et attachants, ce qui rend l'histoire d'autant plus captivante. Sophie est une ado un peu timide et peu sûre d'elle, gentille, intelligente et sensible; quant à ses amis, ils ont tous un petit quelque chose de touchant, qu'ils soient jeunes ou moins jeunes. De grands moments d'émotions sont aussi au rendez-vous (je me suis surprise à avoir la larme à l’œil)! Bref, un univers à la fois familier et original, une ode à la magie, à l'amour filial, à l'amitié, pour une lecture des plus agréables! Nul doute que je lirai la suite!

Gardiens des Cités perdues, Shannon Messenger, Lumen, 2014

mardi 19 mai 2015

Les Petites reines, de Clémentine Beauvais

GE-NI-AL! J'ai bien envie de m'arrêter là, car ce livre est vraiment, tout simplement, génial! Mais comme j'ai le soucis de la chronique bien faite je vais en dire un peu plus!
                 
Tout commence dans un lycée de Bourg-en-Bresse par un concours qui a lieu depuis 3 ans sur Facebook, celui du Boudin de l'année. Cette année, Mireille Laplanche, 15 ans et demi, élue boudin de bronze, est détrônée pour la première fois par deux autres filles, Astrid Blomvall, boudin d'or et Hakima Idriss, boudin d'argent. Un peu surprise, Mireille prend tout cela avec philosophie (depuis peu). Le recul, l'autodérision, l'humour surtout, sont les armes qu'elle arbore avec fierté et panache, ce sont aussi ses meilleurs boucliers pour se préserver. Sa vie avec son chat Babyboule, sa mère, qui ressemble à Catherine Deneuve (Mireille a pris du côté de son père) et son beau-père Philippe Dumont (qu'elle appelle toujours Philippe Dumont) aurait pu suivre son cours normal si la reine du concours n'avait pas débarqué chez elle, en pleurs, le soir de la "remise du prix". Tentant d'abord de lui remonter le moral, Mireille décide d'aller rendre visite, avec Astrid, au troisième boudin, Hakima. C'est chez Hakima qu'elle va faire la connaissance de son frère Kader, rebaptisé secrètement le Soleil tellement il est beau, ancien soldat qui a perdu ses jambes lors d'une embuscade en "Galéristan". Cette rencontre va les conduire dans un périple de plusieurs centaines de kilomètres de Bourg-en Bresse à Paris! Avec un but bien précis, Mireille entraîne en effet sa nouvelle petite bande à vélo ("On dit "à vélo" [...] parce qu'on est pas dans le vélo, mais sur le vélo. On dirait pas "en cheval" ou "à train", eh ben c'est pareil") ainsi qu'une bonne cargaison de boudins qu'ils vendront sur la route!

Clémentine Beauvais signe avec Les Petites reines un roman optimiste qui fait un bien fou! Le personnage de Mireille est d'une drôlerie irrésistible et est doté d'un sens de la répartie hors du commun! A travers cette promenade gourmande dans l'Ain et sur les bords de Loire, les adolescentes vont se révéler! L'esprit d'équipe, la solidarité, le dépassement de soi par le sport, sont autant de valeurs qu'elles vont découvrir.
           
Outre ce côté hyper distrayant, assaisonné des réflexions toujours bien senties de Mireille, l'auteur, l'air de rien, se livre à une petite critique très pertinente de notre société. Sont visés, en particulier, le culte de la minceur, les réseaux sociaux, les médias et le vide informationnel qu'ils génèrent parfois, ainsi que l'exutoire que représente la toile quand chacun se livre, abrité derrière son écran, aux plus ignobles commentaires en toute impunité. "... pour chaque fois où une personne dit qu'on est géniales, fortes, intelligentes et combatives, il y en a une autre [...] qui s'applique à écrire qu'on est des grosses connes moches, des laiderons, des putes[...] moches comme des truies. Qui sont ces gens? Le mystère reste entier. Y a-t-il des personnes qui existent, qui vivent, qui mangent, qui rient et qui dansent , derrière ces ahurissantes insultes?"
                    
Le portrait qu'elle brosse des ados est tout aussi corrosif! Parfois cruels, focalisés sur les apparences et l'image qu'ils souhaitent donner d'eux, notamment sur les réseaux sociaux, c'est un bonheur de voir, au contraire, Mireille et ses copines revendiquer qu'elles ne font pas du vélo pour être "belles" ou perdre du poids et se goinfrer de produits régionaux à chaque étape de leur périple! "... je suis fan de crottin de Chavignol depuis mon plus jeune âge. C'est bien simple, à deux mois et demi, j'ai repoussé le sein de ma mère pour n'accepter mon lait que sous forme de crottin de Chavignol."

Un roman original, drôle et intelligent, qu'on a du mal à quitter une fois commencé et qui donne même envie de se lancer, comme Mireille et ses boudinettes, à l'assaut des routes de France, à vélo!

Et pour profiter au max des Petites reines, voici la bande-son du livre! ;)

Les Petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2015



mardi 31 mars 2015

"Broadway Limited : un dîner avec Cary Grant", de Malika Ferdjoukh

C'est encore une belle pépite que nous offre Malika Ferdjoukh avec son nouveau roman (qui sera en deux tomes!) Broadway Limited. Paru à l'Ecole des Loisirs dans la collection "Grand Format" il s'adresse cette fois aux grands ados voire aux jeunes (ou moins jeunes) adultes!
                
Direction New-York , un soir d'automne 1948. Jocelyn, un petit français tout fraîchement arrivé de Paris, frappe à la pension Giboulée où il doit séjourner le temps de ces études. Il déchante vite lorsqu'il apprend qu'on attendait plutôt une certaine "Jocelyne" (prononcé à l'américaine) dans cette pension de filles! Sauvé in extremis par un potage d'asperges et par un doigté fort habile au piano, cette anicroche n'est en fait que le début d'un éblouissant voyage au pays du Music hall, d'Halloween, des bals de fin d'année, des donuts et bien sûr des self made men!
                           
Perdu au milieu de toutes ces filles "auréolées" de rêves de gloire, théâtre pour les unes, danse pour les autres, Jocelyn ou Jo, est le témoin ébahit de l'american way of life. Nous sommes projetés en même temps que lui dans ce monde nouveau, cette ville palpitante et dynamique. L'atmosphère de cette époque est parfaitement rendue grâce aux riches références cinématographiques, musicales, radiophoniques ou politiques (nous sommes en pleine "chasse aux sorcières" et la ségrégation va bon train...), qui accompagnent le récit. C'est le temps du renouveau, de l'âge d'or de Broadway, des films mythiques, des Cary Grant, Vivien Leigh, James Stewart, Fred Asteir...! Rien n'est oublié, pas même la seconde guerre mondiale toujours bien ancrée dans la mémoire de Jocelyn.
                     
Parallèlement aux aventures de Jocelyn et à sa découverte du "nouveau monde", on suit les vies déjà compliquées de quatre filles entre deux âges. Plus tout à fait des adolescentes et pas encore des adultes, Chic, Page, Manhattan et Hadley ont toutes un secret plus ou moins avouable que les autres ignorent... Toutes ont un pied (mais seulement un) dans le milieu du spectacle où elles parviennent, tant bien que mal, à gagner quelques dollars... Sur leur chemin elles croisent un certain Allen Königsberg (le futur Woody Allen), la jeune Grace Kelly qui tente de percer dans le cinéma, ou encore le charismatique Clarke Gable (mais de loin)! Avec émotion, on suit leurs affaires de cœur, leurs petites joies quotidiennes et les épreuves qu'elles traversent, parfois. 
                         
Un roman choral qui n'est vraiment pas de tout repos, attention aux sensations fortes! Vivement la suite de ce diptyque aussi foisonnant que passionnant!




Broadway Limited : Un dîner avec Cary Grant, Malika Ferdjoukh, Ecole des Loisirs, "Grand Format", 2015

mercredi 21 janvier 2015

"Jonas, le requin mécanique" de Bertrand Santini

Jonas (toute ressemblance avec un personnage célèbre n'est que fortuite!) est une star du cinéma! ou plutôt, une ex star du cinéma... Sa carrure, sept mètres de long, ses mâchoires garnies de 500 dents et dont la pression est égale à 5 tonnes, ont fait de lui la terreur des profondeurs! Un film, Les Dents de la mort (toute ressemblance avec un film célèbre n'est que fortuite aussi), l'a rendu célèbre et a suffit pour marquer à jamais, l'histoire du cinéma (et notre rapport à la mer, mais c'est une autre histoire)! Mais le monde change, les films évoluent et le public avec... Malgré les suites et les suites des suites des Dents de la mort, c'est au tour de Jonas de sombrer, mais dans l'oubli et le mépris. Relayé au rang d'attraction pour touristes dans un parc réunissant tous les monstres célèbres du cinéma à la retraite, Jonas commence à perdre des boulons. Il tombe régulièrement en panne et devient la risée du parc d'attraction. La sentence ne tarde pas, Jonas va finir à la casse. C'est sans compter sur l'intervention de Krokzilla (toute ressemblance etc) qui, pour le sauver, décide de l'amener jusqu'à l'océan où il pourra vivre sa vie de requin! Problème, Jonas n'est pas un vrai requin et la vie sous l'océan n'est pas simple, c'est une lutte de chaque instant, surtout qu'il veut absolument cacher à son nouvel ami Loopy le manchot, la vérité sur sa nature mécanique...

    
Après Le Yark, Bertrand Santini nous offre encore une fois un roman jeunesse comme seul lui sait en faire! Drôle, touchant, poétique, riche en références en tout genre, cinématographiques évidemment mais aussi littéraires (Pinocchio par exemple) et admirablement bien écrit! Les illustrations au crayon en noir et blanc de Paul Mager accompagnement formidablement le texte. Du rire, des larmes, de l'action, des surprises...! Encore une belle collaboration! Mais où vont-ils chercher tout ça?!

    


Jonas, le requin mécanique, Bertrand Santini, ill. Paul Mager, Grasset jeunesse, 2014

mercredi 25 septembre 2013

"Le coup de kif", Gwladys Constant

Karel, 17 ans, terminale L (par défaut), se prend d'amour ou plutôt de kif pour le beau Lucas, qu'elle surnomme Lumière, nouveau de la classe. Pour attirer son attention, elle l'interroge sur un livre qu'il est en train de lire au CDI: "Les Yeux d'Elsa" d'Aragon, ce qui lui vaudra une réponse aussi brève qu'éloquente mais ça elle ne le comprend pas tout de suite! Karel est obstinée, comme elle le dit elle-même et, comme elle ne renonce pas facilement, elle va aller jusqu'à lire le recueil d'Aragon pour avoir de quoi converser à nouveau avec Lucas, alors qu'elle déteste la lecture! Et ce n'est qu'un début...  
  
Jusqu'où peut-on aller pour un "coup de kif" (plus fort que le coup de foudre selon Karel)? Telle est le principal sujet de ce livre mais, sous une apparence assez légère, Gwladys Constant aborde aussi avec beaucoup d'humour et de justesse l'adolescence et ses enjeux : l'orientation post bac mais également, et ça c'est plus original, le langage et la culture des djeuns! "Abdoulaye [...] il m'a vraiment aidée [...] pour le parler, le jour où il m'a balancé: - Je t'aime bien Karel, t'es cool, mais tu causes toujours comme les corrigés du bac...
   
C'est intelligent, bien vu et ça se lit d'une traite (et ce n'est pas que pour le nombre restreint de pages que je dis cela). Les personnages sont très attachants dans leurs imperfections: Karel tente de se faire passer pour l'intellectuelle qu'elle n'est pas mais, elle sait restée modeste au contraire de Lucas qui, lui, s'avère être un brillant prétentieux! Enfin, sans révéler tous les ressorts de l'intrigue, elle se réveillera à temps! Bref, un sympathique roman plein de peps! 

Le coup de Kif, Gwladys Constant, Oskar éditeur, 2013

samedi 26 janvier 2013

"Le loup sous le lit", Stéphane Servant, Benoît Morel


Un jour, une petite fille rencontre un loup dans la rue. Il pleure, les gens qui passent ne s'occupent pas de lui : ils sont bien trop pressés. Elle va s'arrêter et recueillir le loup craintif. Mais le loup n'a pas l'habitude que quelqu'un s'intéresse à lui alors, ensemble, ils vont s'apprivoiser (ça vous rappelle quelque chose?). Il lui fait découvrir les trésors de la forêt, elle, les joies de la ville. Malheureusement, leur insouciance sera de courte durée et leur bonheur va se trouver compromis par l'aveuglement des adultes...
Racontée à la manière d'un conte, cette histoire parle de l'innocence qu'on perd à mesure que la vie se fait plus dure, de la poésie qui prend alors de moins en moins de place dans nos vies d'adultes et d'une amitié contre nature. Le loup de l'histoire pourrait être un loup comme on en trouve dans  les contes, mais il pourrait être aussi une métaphore du clochard ou du SDF. Dans cette histoire, les préjugés et la crainte n'altèrent pas encore le jugement de la petite fille, elle est libre d'aimer qui elle veut et de se fier à ses sentiments. La vie aura raison de cette amitié mais dans ce conte moderne, le souvenir perdure, la vie continue et, heureusement, les histoires peuvent encore se transmettre! Donc, un beau réçit sur la liberté et l'amitié joliment complété par les illustrations en noir et rouge, très contrastées, de Benoît Morel qui lui apportent encore davantage de profondeur.

Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent pas, Stéphane Servant, Benoît Morel, Oskar jeunesse, "Trimestre", 2012

mercredi 27 juin 2012

"Mon cœur en miettes ou les plus beaux jours de ma vie", Charlotte Moundlic et Olivier Tallec

Et on a le cœur qui fond pour cet album de Charlotte Moundlic illustré par Olivier Tallec !
C’est le jour de la rentrée pour Michel. Il est bien triste car son ami Malik est parti vivre quelques mois en Espagne et pour la première fois Michel se retrouve sans son meilleur copain. Mais ce qu’il ne sait pas c’est que les parents de Malik ont échangé leur maison avec les parents de Carmen qui se retrouve justement dans sa classe ! La maîtresse charge d’ailleurs Michel d’être le référent de Carmen… Une amitié profonde qui se transforme peu à peu en amour va lier les deux enfants.
« Avec Carmen, on a pris l’habitude de s’attendre au coin. Chaque matin, je dévale les marches et sors de l’immeuble en courant. Mon cœur bat à cent à l’heure, je tourne et …elle arrive, avec son sourire. »
Mais malheureusement Carmen doit repartir en Espagne et Michel découvre pour la première fois ce qui peut arriver lorsqu’on est séparé d’une personne dont on a été très proche.
« Je me suis couché : impossible de dormir. J’étais très triste et j’ai réalisé que c’était comme si Carmen avait fait pousser une plante carnivore dans mon ventre, avec des papillons qui volent autour. C’est pour ça que ça chatouille le ventre quand elle me sourit. Mais en même temps, ça me dévore le cœur par petits bouts. »
Un texte vraiment beau, tout en douceur et légèreté servi par des illustrations délicates et poétiques qui rappellent un peu les dessins de Sempé…
Adorable et touchant !