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mercredi 17 décembre 2014

"Passe-Passe", de Delphine Cuveele et Dawid

Ce qui frappe dès la première page de cette bande-dessinée, ce sont les couleurs chatoyantes, lumineuses, apaisantes puis, au milieu de tout ça, un papillon blanc, frêle, fantomatique qu'on suit du regard, de bulles en bulles, et qui nous conduit aux deux personnages principaux : une petite fille et sa grand-mère, assises sur un banc. Il n'y a pas de texte dans cette BD, le mouvement, les regards suffisent à tout exprimer. Et le jeu des couleurs est également décisif pour l'histoire. 
             
La petite fille voit le papillon voler au dessus de la tête de sa grand-mère, la suivre partout, sans que celle-ci s'en aperçoive. Pour chasser cet étrange bestiole, elle propose à sa grand-mère un shampooing, une promenade à vélo, une danse... mais le papillon est toujours là. Même, il se colore à mesure que la grand-mère, elle, perd ses couleurs... pour disparaître tout à fait.
                            


Voilà une jolie façon de représenter la disparition d'un être cher et du temps qui passe, par de simples suggestions, par petites touches de couleurs. Aucun pathos dans cette histoire, juste un constat : la mort fait partie intégrante de la vie, ce que la petite fille accepte car, malgré son chagrin, il lui reste les souvenirs de tous ces beaux moments partagés avec sa grand-mère. Libre à chacun d'interpréter l'image du papillon : les souvenirs, l'âme de la grand-mère, l'éphémère, la vie qui passe... 
                    


Une histoire simple et touchante imaginée par Delphine Cuveele et illustrée tendrement par Dawid, qui s'adresse aux plus jeunes. Un vrai coup de cœur!

Passe-passe, Delphine Cuveele et Dawid, les éditions de la Gouttière, 2014

vendredi 28 septembre 2012

"Lampedusa", Maryline Desbiolles

Une île au loin. Le rêve de vacances d’une modeste famille française; le rêve d’évasion d’une famille de réfugiés tunisiens pris ensuite dans la tourmente libyenne. Un caillou au milieu de la méditerrané, le point commun de deux vies abîmées.
Lampedusa, c’est l’histoire courte d’une rencontre, de deux vies qui se croisent, celle d’une petite fille française qui vient de perdre son père (et le rêve de vacances à Lampedusa), celle de Fadoun, immigrée Tunisienne et réfugiée de Libye. Ici, l’actualité brûlante est évoquée mais brièvement, sans en rajouter, avec beaucoup de compassion et de délicatesse.
"Oui, c'était bien une île de rêve, mais pas seulement celui de vacances et de plages de sable blanc, pas celui que nous avions eu avant que mon père disparaisse, oui, c'était bien une île de rêve, d'un rêve si puissant que des hommes, des femmes, des enfants [...] n'hésitaient pas à embarquer sur des pneumatiques pour rejoindre Lampedusa, quitte à y laisser la peau..."
Tout semble séparer ces deux petites filles, pourtant, une même douleur les habite, une même rébellion les réunie. Toutes deux ont dû quitter leur maison, ont été arrachées à leur petit monde, et toutes deux ont perdu un être cher.
"Lampedusa est l’île que nous n’avons pas connue. Elle n’est plus pour moi ce très étroit territoire de vingt kilomètres carrés, mais un trou, un manque, le vide même de cet été où nous ne sommes pas partis"
Fadoun apaise la narratrice de l’histoire (dont on ne connaîtra pas le nom) par le récit de sa vie dans le désert tunisien. Fadoun la heurte aussi par le récit de son parcours de réfugiée. "Il me semble que j'ai toujours su que Fadoun avait été naufragée, et je frémis d'entendre ce que je connais déjà." Presque sans paroles ces deux-là vont se soutenir mutuellement avec un projet commun : voir la mer qui n’est pourtant pas loin.
Comme un rêve, ce texte bref à l’écriture poétique est d’une fluidité surprenante. Avec une économie de moyens, Maryline Desbiolles, poète et romancière, parvient à raconter deux vies qui tentent de se reconstruire. Elle raconte aussi la mer, qu’on ne voit jamais mais qui est omniprésente, à la fois menace et promesse d’un ailleurs. Un beau texte baigné de mélancolie à la fin pleine d’espoir.

Lampedusa, Maryline Desbiolles, Ecole des Loisirs, "Médium, 2012

vendredi 24 août 2012

"Du vent dans mes mollets", Raphaële Moussafir

Avant sa sortie au cinéma, j'ai eu envie de lire ce petit roman de Raphaële Moussafir. Comédienne de profession, elle écrivit ce texte pour le théâtre à la base. Raconté à la première personne, ce texte est l'histoire d'une petite fille de 9 ans, Rachel, un peu farfelue (elle dort toute habillée et avec son cartable), qui se rend chez sa psy, Madame Trebla, à la demande de ses parents. Drôle et attendrissante, elle fait preuve d'une grande sagacité pour son âge de même qu'une vision plutôt acerbe du monde des adultes! "J'ai eu envie de dire à madame Trebla que je ne suis pas curieuse mais que quand je m'emmerde, je fais comme tout le monde : je fais semblant de lire ce qu'il y a sur les murs pour pas qu'on voie que je m'emmerde."

Derrière son petit côté fantasque, il y a surtout le deuil et l'absence de sa grand-mère défunte, mais aussi l'incompréhension de la mort très présente tout au long du livre : "J’ai remarqué que quand on est triste ou qu’il y a une mauvaise nouvelle, la vie autour ne change pas. Comme le jour où mamie est morte, j’étais dehors, et il y avait du vent, et quand on m’a dit que mamie était morte, il a quand même continué à y avoir du vent dans mes mollets. Quand on est triste, les objets ne sont pas tristes et ils font comme si de rien n’était, et ça, ça me rend encore plus triste."

Heureusement, Rachel a une meilleure amie, Hortense, avec qui elle fait les 400 coups. Mais là encore, Rachel n'est pas au bout des ses peines, et même si l'histoire finit bien pour elle (on connaît enfin la raison pour laquelle elle dort toute habillée), on ne peut s'empêcher de verser quelques larmes au bout du compte.

L'écriture de Raphaële Moussafir est proche du parler enfantin et c'est vrai qu'on pourrait s'y méprendre, mais le regard qu'elle porte sur sa vie et celle de son entourage est plus proche de celui d'une adulte. Par ailleurs, l'âge de la narratrice ne correspond pas vraiment à l'âge de lecture. Mais pour ma part, en tant qu'adulte, j'ai beaucoup aimé ce livre!