Affichage des articles dont le libellé est roman initiatique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est roman initiatique. Afficher tous les articles

vendredi 3 mars 2017

"Scarlett Epstein rate sa vie", de Anna Breslaw

Le jour où Scarlett apprend que sa série préférée se termine, c'est tout son monde qui s'effondre! Star dans son domaine, la fanfiction inspirée de sa série fétiche, Scarlett ressent un grand vide et ne sait plus quoi écrire. Grâce aux encouragements de sa communauté, elle décide finalement de se lancer dans l'écriture de la suite de la série. Le problème c'est que contrairement à sa vie virtuelle, elle trouve que sa "real life" manque cruellement d'intérêt, voire même est assez loin d'être une vie de rêve. Son père est parti et vit à New-York avec sa nouvelle famille laissant Scarlett seule avec sa mère qui enchaîne les conquêtes et a bien du mal à tenir son rôle de mère. Heureusement, il y a ses amis, ceux du web mais aussi Avery, sa "best friend", et surtout Ruth, sa voisine de 73 ans, qui fume des joints à longueur de journée et incite Scarlett à sortir de sa coquille. Pour Scarlett, ceci n'est d'ailleurs pas une mince affaire, en dehors de sa copine Avery, elle trouve les élèves de son lycée sans intérêt, en particulier la bande des "populaires", qui sont des clichés ambulants! D'autant plus que son ancien meilleur ami pour qui elle en pince en secret, fait désormais partie de leur bande!

Certes, résumé ainsi, ce roman destiné aux ados, n'a rien de vraiment nouveau du point de vu de l'intrigue. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher de penser à Fangirl de Rainbow Rowell. Pourtant, j'ai eu plaisir à suivre les aventures de cette héroïne attachante à travers son regard aiguisé. Souvent critique envers ses paires mais aussi à l'égard des adultes, (le milieu littéraire de Greenwich village en prend pour son grade) Scarlett n'a pas la langue dans sa poche. C'est distrayant, drôle et pas du tout cucul. Scarlett Epstein rate sa vie raconte le parcours d'une adolescente qui se cherche et se transforme grâce à ses rencontres notamment celle de Ruth, personnage très touchant qui apporte à mon sens le plus de profondeur à l'histoire. Grâce à elle, Scarlett change et devient moins amère. Beaucoup de choses sont traitées dans ce roman, les relations familiales chaotiques, l'amitié, l'amour, ou encore les passions qui enrichissent la vie, surtout la littérature. Le mode de narration à la première personne rend la lecture simple et dynamique. C'est un roman qui va à l'essentiel et plaira aux adolescentes par son ton enlevé et sa fraîcheur. Un premier roman qui tient ses promesses!

Scarlett Epstein rate sa vie, Anna Breslaw, Gallimard jeunesse, "Scripto", 2017 (320 pages)
★★★☆☆

vendredi 6 février 2015

"Tant que nous sommes vivants", Anne-Laure Bondoux

Anne-Laure Bondoux, qui sait se faire désirer (plus de cinq ans se sont écoulés depuis Le Temps des miracles), a aussi le don pour nous conter des histoires fortes, intemporelles et universelles!
             
Tout commence en Europe visiblement, dans une ville industrielle en déclin. Seule une usine fonctionne encore et fournit le travail à la majorité de la population. Les journées sont rythmées par le travail à l'Usine, lieu de labeur indispensable puisque autour d'elle la vie s'organise vaille que vaille. Dans la grisaille de la ville et des coeurs va pourtant naître un amour d'une puissance exceptionnel, un vrai coup de foudre, entre Bo, nouvel arrivé en ville et Hama. Tous deux travaillent à l'Usine; elle la nuit, lui le jour, et se relaient sur la même machine. Leur amour va tout illuminer autour d'eux et peu à peu les habitants reprennent espoir et  recommencent à vivre joyeusement. Mais un jour, une catastrophe industrielle se produit. L'Usine explose en faisant de nombreux morts, détruisant tout autour d'elle. Il faut trouver un responsable et c'est Bo qui va être désigner à l'unanimité. D'abord parce qu'il est un étranger, ensuite parce qu'il n'était même pas à son poste le jour de la catastrophe! Bo et Hama sont obligés de fuir pour sauver leur amour et le bébé que porte Hama, soit disant maudit. La route est longue, incertaine et difficile. De chemin en chemins, de rencontres en rencontres, Bo et Hama vont faire l'expérience de la douleur et du bonheur, de l'amour et de la séparation, de la naissance et de la mort... 
              
Comme elle le dit elle-même, Anne-Laure Bondoux a souhaité construire son livre sur les contrastes. D'ailleurs, le titre des chapitres, à première vue énigmatiques, en atteste ("le vide et le plein", "la quiétude et l'inquiétude", "le silence et le bruit"...), tout comme la magnifique couverture du livre, en noir et blanc, à la façon d'un spectacle d'ombres. Mais c'est vraiment à la fin du roman que le sens de tout ceci apparaît. 
              
Il y a une phrase qui revient tout le long du livre et qui le résume parfaitement "Il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue". Avec une écriture précise et parfaitement maîtrisée, l'auteur nous donne une émouvante leçon de sagesse "de séparations en séparations, ainsi va la vie" (page 277). 
                         
Un texte lumineux, sur les possibilités qu'offre la vie dés lors qu'elle continue et sur ce paradoxe plein d'optimisme : on gagne toujours à perdre un peu de nous. Déjà un classique!

Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux, Gallimard jeunesse, 2014