vendredi 12 février 2016

"Tatie pourrie", David Walliams

Cauchemar au manoir! Pour son dernier  roman, David Walliams n'a pas lésiné sur l'humour noir!

L'histoire se déroule en Angleterre en 1930, dans une demeure perdue en pleine campagne. Stella se réveille dans sa chambre avec des douleurs et l'impression d'avoir dormi une éternité. Elle découvre aussi avec stupeur qu'elle est emmaillotée dans des bandelettes et ne peut plus bouger. Alors qu'elle appelle sa mère, c'est sa tante Alberta qui vient et lui révèle qu'elle a dormi plusieurs mois suite à un accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents. Désormais seule héritière du manoir Stella est retenue prisonnière par son horrible tante qui a juré de mettre la main sur l'acte de propriété du manoir, que son frère Lord Saxby, a pris soin de dissimuler dans le cas où il mourrait. On apprend en effet que Alberta a déjà dilapidé une bonne partie de la fortune familiale au jeu de puces! C'est donc le début de l'horreur pour Stella. Heureusement, bien décidée à ne pas laisser le manoir de Saxby aux mains de ce monstre et à prouver que ses parents ont été empoisonnés avant de monter en voiture, Stella va trouver un allié de choix en la personne de Charbon, le fantôme du manoir!

Avec Tatie Pourrie, David Walliams nous entraîne dans une histoire pleine d'action et de rebondissements illustrée brillamment, comme d'habitude, par Tony Ross! Ses apartés, qui ponctuent régulièrement le récit, sont d'une drôlerie irrésistible. Grâce à lui on apprend, par exemple, les tours préférés des fantômes, comment tricher au jeu de puces, les différentes espèces de hiboux empaillés ou bien encore les différentes plantes mortelles qui ne poussent que dans le noir complet...

Les personnages sont tous plus loufoques les uns que les autres : le vieux majordome qui a perdu la boule (il sert des chaussons beurrés en feu sur un plateau d'argent au lieu de tartines beurrées), le fantôme du petit ramoneur qui ne parle qu'en argot, le terrifiant hibou de Bavière Wagner, animal de compagnie de la tante, et enfin, la tatie de Stella (plus bête et méchante que loufoque) au look infernal, comme vous pouvez le constater :
          

Comme toujours, le fond de l'histoire n'est pas joyeux et traite d'un sujet douloureux mais la forme rend l'ensemble tout à fait comique. Un moment de lecture des plus distrayants, on frissonne et on rit du début à la fin. Tout s'enchaîne à merveille et on ne s'ennuie pas une minute!  
A lire ou à faire lire à partir de 9 ans.

Tatie pourrie, David Walliams et Tony Ross, Albin Michel, "Witty", 2015

vendredi 22 janvier 2016

"Quatre soeurs, tome 3 : Bettina", de Cati Baur et Malika Ferdjoukh

C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé (après une longue attente!) les formidables sœurs Verdelaine et la Vill'Hervé de Malika Ferdjoukh sous le pinceau de Cati Baur! 
         
Après Enid, la coquine cadette , Hortense, la romantique et solitaire, voici le moment de nous attarder un peu plus sur l'insupportable Bettina, sans doute ma préférée! Dans ce tome, les cinq sœurs Verdelaine doivent à nouveau faire face à des problèmes d'argent et, pour y remédier, Charlie, l'aînée de la famille, a l'idée de louer deux pièces de leur vieux manoir, dont la chambre de leurs défunts parents. C'est Tancrède, jeune "nez" parisien en quête d'odeurs pures, qui débarque chez les cinq sœurs, et chamboule le cœur de Charlie. Comme d'habitude, il règne un joyeux désordre à la Vill'Hervé, d'autant que les petits cousins, parisiens également, Harry et Désirée, viennent eux aussi profiter des bien-faits de la mer pour les vacances de Pâques! Pendant ce temps là, Bettina pense encore à la chance qu'elle a laissé passer de vivre le grand amour avec Merlin, qu'elle n'a jamais autant aimé que depuis qu'elle l'a perdu...
           
Toujours fidèle à l'univers de Malika Ferdjoukh, Cati Baur offre un écrin tout en fraîcheur et délicatesse à ces cinq filles de caractère. Elle excelle a rendre compte de l'atmosphère qui règne à la Vill'Hervé, ce cocon fait de bric et de broc, à traduire des pages d'écriture en une ou deux planches de dessins, bref, à retenir la quintessence des romans de Malika Ferdjoukh.
         
On y plonge comme dans un bain chaud, avec délectation! C'est douillet et réconfortant, on n'a vraiment pas envie d'en sortir! J'attends déjà la suite (et fin, hélas...)! 

Quatre sœurs: Bettina, Cati Baur, Malika Ferdjoukh, Rue de Sèvres, 2015

mercredi 23 décembre 2015

"Max Winson : la Tyrannie et l'Echange", de Jérémie Moreau



"Il n'a jamais perdu un match de tennis. Il est numéro 1 mondial depuis 7 ans, terrifiant vainqueur à la mine mélancolique, l'idole d'un peuple biberonné à la réussite... Mesdames et messieurs nous recevons le grand Max Winson !" 

Avec ces quelques mots tirés du tome 1 de la bande dessinée Max Winson, de Jérémie Moreau, nous voici  plongés au cœur de l'intrigue! Sous ses traits d'adolescent gigantesque et avec son air naïf et débonnaire, Max est le meilleur joueur de tennis au monde. Son succès et sa popularité sont phénoménales. Cela ne viendrait à l'esprit de personne de rater un match où joue Max Winson! Pourtant, derrière la gloire, se cache une vie bien réglée et complètement déshumanisée. Formaté dès la naissance par un père tyrannique, Max ne connaît rien d'autre que le tennis. Le terrain où il s'entraîne est sa chambre, et hormis les journalistes, il ne parle qu'à son recruteur et à son entraîneur. Mais les rouages de cette mécanique parfaitement huilée pourraient bien être perturbés par l'arrivée, dans sa vie, d'une jolie journaliste et d'un adversaire dont le sort est encore plus à plaindre. 

Avec son trait si particulier, un noir et blanc épatant et une mise en page très efficace, Jérémie Moreau signe là une œuvre, en deux tomes, remarquable. Si le premier tome est davantage porté sur les performances sur humaines de Max, le harcèlement psychologique qu'il subit et l'avidité de ses recruteurs, le second tome nous ouvre les portes du véritable Max! Sa désaliénation et sa remise en question sont touchantes et se traduisent en quelques cases et très peu de dialogue. Au contact d'un ancien champion de tennis et du petit garçon qu'il entraîne, Pedro, notre colosse aux pieds d'argiles apprend l'humilité, le respect de l'autre et surtout le partage.
     
Jérémie Moreau nous brosse, avec Max Winson, un portrait du sport sous tous ses angles. Glaçant et fascinant à la fois. La pression psychologique, la corruption sont des aspects bien réels mais l'auteur les dépasse et nous livre, au final, un bel hommage au sport et au tennis. Avec lui le tennis reprend son but initial celui de l'échange, au sens premier du terme, ou comment le sport peut-être un art, le jeu pour le jeu, et non plus une compétition.
   
                            
"Il y a bien longtemps, à l'aube du tennis, avant de servir, les joueurs devaient prononcer : "Tenez". Ce qui, au départ, était un "tenez" de politesse propice à l'échange pourrait être remplacé à notre époque par "Prends ça!" Imagine toi que jouer au tennis avec quelqu'un, c'est comme avoir une conversation avec cette personne [...] Le tennis est un art. C'est un art de l'échange." 

Max Winson, tome 1 et 2, Jérémie Moreau, Delcourt, 2013, 2014

samedi 12 décembre 2015

"The book of Ivy" et "The revolution of Ivy" de Amy Engel

Dystopie, quand tu nous tiens!
Voilà, j'ai succombé à une autre dystopie mettant en scène une jeune et jolie ado rebelle de 16 ans et, en plus, j'y ai pris vraiment plaisir! Tellement plaisir qu'à la fin du tome 1 je me suis aussitôt emparée du tome 2 malgré la hauteur de ma P.A.L en cours...
                 
L'histoire se passe dans un monde post-apocalyptique après une guerre nucléaire qui n'a laissée que quelques survivants et une terre dévastée derrière elle. Le peu de survivants, non contents d'être encore en vie, se sont entretués pour un territoire. Le clan des vainqueurs, pour maintenir la paix, a établi des règles très strictes : toute personne nuisant à l'ordre public est aussitôt expulsée de l'enceinte de la ville et livrée, sans ressources, à un monde sauvage et inconnu. De plus, chaque année, les enfants de 16 ans du clan des perdants doivent épouser les enfants du même âge du clan des vainqueurs. Ainsi, toutes les jeunes filles sont destinées à devenir mères et femmes au foyer. C'est dans ce contexte qu'Ivy Westfall, petite fille du fondateur de la ville mais aussi du clan des perdants, se voit épouser Bishop (quel prénom affreux) Lattimer, archétype du beau gosse et fils du président par la même occasion. Accablée, frustrée, et très en colère, Ivy se console de ce mariage arrangé avec la certitude qu'il sera de courte durée. En effet, son père et sa sœur ont échafaudé un plan depuis longtemps qui vise à renverser le président Lattimer et Ivy, sera celle qui lancera la première offensive en tuant Bishop.
         
Évidemment, (on est rodé maintenant) on se doute dès la lecture du résumé que ça ne sera pas aussi simple et qu'il va, bien sûr, se passer quelque chose entre ces deux là!
Pourtant, malgré les stéréotypes du genre, je me suis laissée complètement emportée par l'intrigue et je me suis attachée à ce couple et à leur histoire. Par exemple, l'évolution du personnage d'Ivy est très intéressante. D'abord bardée de préjugés et de certitudes, elle comprend petit à petit que rien n'est tout noir ou tout blanc, qu'il y a des nuances, notamment en matière de politique. Alors que le doute l'envahit, elle se rend compte qu'elle ne sait rien et qu'elle a beaucoup de choses à apprendre en matière de politique, de relations humaines.
Le monde dans lequel ils évoluent est violent et cruel et le libre arbitre est un luxe que peu osent se permettre. Grâce à Bishop, et débarrassée de l'emprise de son père et de sa soeur, Ivy va prendre confiance en elle et en ses propres idées, elle va aussi accepter ses failles.
               
Bien écrit, bien mené, l'action est au rendez-vous et les pages défilent à la vitesse grand V pour nous laisser dans un suspens intenable à la fin du tome 1! Heureusement, cette série en deux tomes apporte toutes les réponses malgré une fin un peu trop rapide et facile à mon goût. 
Une lecture vraiment distrayante qui tient ses promesses!

The book of Ivy et The Revolution of Ivy Amy Engel, Lumen, 2015 

mercredi 9 décembre 2015

"Anya et Tigre Blanc" de Fred Bernard et François Roca

Dans un royaume lointain, fait de neige et de glace, les Hommes et les animaux vivent dans un respect mutuel et se comprennent. Malheureusement, ce royaume est gouverné par un roi tyrannique et les enfants, nés la même année que le prince, disparaissent mystérieusement les uns après les autres. Pour se consoler, les parents remplacent les disparus par des animaux sauvages, vite domestiqués. Ainsi font les parents de la belle Anya qui va grandir auprès d'un majestueux tigre blanc suite à la disparition de son jumeau alors qu'il était bébé. Ensemble, ils vivent en parfaite harmonie, ne se quittent jamais et Anya apprend beaucoup auprès de lui. Mais un jour, malgré la protection de Tigre Blanc, Anya est kidnappée à son tour. Courageuse et rusée, elle jure de s'en sortir et de se venger de ses oppresseurs. 

Ambiance glacée, magie, mystère... à la lecture de ce texte et devant le personnage d'Anya je n'ai pu m'empêcher de penser à Game of Trones, et c'était sûrement le but recherché! Cette histoire possède le charme des contes et légendes traditionnels : un personnage charismatique qui va bouleverser l'ordre établi, un royaume fantastique peuplé de sorcières et d'animaux fabuleux, et des épreuves à traverser.
Accompagnée par les illustrations de François Roca, au sommet de son art, cette fable épique est une vraie pépite. Encore une fois, Fred Bernard et François Roca nous en mettent plein la vue pour notre plus grand plaisir.

Anya et Tigre Blanc, Fred Bernard, François Roca, Albin Michel, 2015