samedi 19 mars 2016

"Une Braise sous la cendre", de Sabaa Tahir

Vous aimeriez bien lire une dystopie mais vous hésitez aussi entre un livre de fantasy avec des combats de gladiateurs, des épreuves à traverser, et des êtres surnaturels, ne cherchez plus! Une Braise sous la cendre vous attend!
    
L'histoire se déroule dans un monde peu hospitalier qui a sombré dans l'obscurantisme. Désormais divisé en deux, avec d'un côté l'Empire et son armée de combattants surentraînés et conditionnés, les Martials, et de l'autre, les Erudits, héritiers d'un immense savoir, le monde vit dans la peur et la violence. Tout Erudit surpris en train de lire, dessiner ou écrire est emprisonné voire torturé par les Martials. Peu à peu, les Erudits, qui gouvernaient autrefois le monde, ont oublié leurs connaissances et leur histoire. Mais la résistance s'organise...
     
Dans ce premier tome, nous suivons les deux personnages principaux, Laia et Elias qui, tour à tour, à la première personne, nous racontent leurs histoires. Tout les oppose, pourtant, et bien malgré eux, ils vont être réunis. Laia est une érudite qui cherche à sauver son frère des mains des Martials, accusé de haute trahison contre l'Empire il risque la peine de mort. Elias est un élève martial mais il est aussi différent des autres car épris de justice et de liberté. Alors qu'ils mènent leurs propre combats, leur rencontre va tout bouleverser.
   
Bien que l'intrigue surprenne peu et ressemble à beaucoup de romans ados parus dernièrement, ce premier tome, rondement mené et très sombre, est plutôt addictif! Plein de rebondissements et de suspens, on ne s'ennuie pas un seul instant, d'autant que l'auteure a multiplié les références pour créer un univers tout à fait fascinant. Djinns, goules, augures et autres créatures fabuleuses, sorties tout droit des contes orientaux, sont de la partie! En mélangeant certains aspects du monde antique avec une ambiance post-apocalyptique, Sabaa Tahir nous offre un roman très distrayant à l'intrigue efficace. A suivre donc!

Une braise sous la cendre, Sabaa Tahir, Ed. Lumen, 2015

vendredi 26 février 2016

"La Poudre d'escampette", de Chloé Cruchaudet

Remarquée avec la trilogie Ida et plus récemment Mauvais genre, Chloé Cruchaudet revient avec un album grand format, paru dans la toute nouvelle collection Delcourt, "les Enfants gâtés", qui s'adresse aux plus jeunes.

La Poudre d'escampette, raconte l'histoire de Paul, un jeune garçon au look de scout accompagné de sa chienne Paulette (ses parents ont un drôle de sens de l'humour!). Il est nouveau dans la ville et ne connaît personne. Alors que tous deux se promènent, Paulette l'entraîne sur un chemin de traverse, au bord du fleuve, et c'est le début de l'aventure! Paul et Paulette vont se retrouver nez à nez avec une bande de gamins et ... un énorme radeau, pardon, un "paquebot"! La petite bande s'apprête à prendre la poudre d'escampette pour atteindre la mer et voir "l'ailleurs"; vont-ils emmener Paul et Paulette dans leur voyage?



Chloé Cruchaudet signe ici une ode à l'enfance et à la nature, qui sent bon le voyage et la douceur de l'été. Dans cette aventure, mélange du Petit Nicolas et de Tom Sawyer, sans adultes, deux aspect de l'enfance sont particulièrement mis en avant : l'importance de l'imaginaire et la part de fantaisie dans le quotidien mais aussi une certaine cruauté. Paul est, en effet, "nouveau" et doit se faire accepter du groupe; il y a aussi un clan rival qui vogue sur la rivière qu'il va falloir affronter... 


Dessiné comme à l'école aux crayons de couleurs et à la pastel, l'univers mis en scène est à la fois frais et lumineux. Les personnages ont une allure plutôt rigolote avec leurs grosses têtes chevelues et leurs petits corps filiformes, et les dialogues sont à la fois riches et accessibles. La fin assez utopique, est un appel au partage! Car, comme dit Paul, "Parfois l'erreur peut donner des merveilles... Regardez les choses différemment !" Enfin, la dernière page du livre comblera de joie les petits avec une maquette du radeau à découper et coller soi-même. Voilà une auteure qui sait parler aux enfants!

La Poudre d'escampette, Chloé Cruchaudet, Delcourt, "les Enfants gâtés", 2015

vendredi 12 février 2016

"Tatie pourrie", David Walliams

Cauchemar au manoir! Pour son dernier  roman, David Walliams n'a pas lésiné sur l'humour noir!

L'histoire se déroule en Angleterre en 1930, dans une demeure perdue en pleine campagne. Stella se réveille dans sa chambre avec des douleurs et l'impression d'avoir dormi une éternité. Elle découvre aussi avec stupeur qu'elle est emmaillotée dans des bandelettes et ne peut plus bouger. Alors qu'elle appelle sa mère, c'est sa tante Alberta qui vient et lui révèle qu'elle a dormi plusieurs mois suite à un accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents. Désormais seule héritière du manoir Stella est retenue prisonnière par son horrible tante qui a juré de mettre la main sur l'acte de propriété du manoir, que son frère Lord Saxby, a pris soin de dissimuler dans le cas où il mourrait. On apprend en effet que Alberta a déjà dilapidé une bonne partie de la fortune familiale au jeu de puces! C'est donc le début de l'horreur pour Stella. Heureusement, bien décidée à ne pas laisser le manoir de Saxby aux mains de ce monstre et à prouver que ses parents ont été empoisonnés avant de monter en voiture, Stella va trouver un allié de choix en la personne de Charbon, le fantôme du manoir!

Avec Tatie Pourrie, David Walliams nous entraîne dans une histoire pleine d'action et de rebondissements illustrée brillamment, comme d'habitude, par Tony Ross! Ses apartés, qui ponctuent régulièrement le récit, sont d'une drôlerie irrésistible. Grâce à lui on apprend, par exemple, les tours préférés des fantômes, comment tricher au jeu de puces, les différentes espèces de hiboux empaillés ou bien encore les différentes plantes mortelles qui ne poussent que dans le noir complet...

Les personnages sont tous plus loufoques les uns que les autres : le vieux majordome qui a perdu la boule (il sert des chaussons beurrés en feu sur un plateau d'argent au lieu de tartines beurrées), le fantôme du petit ramoneur qui ne parle qu'en argot, le terrifiant hibou de Bavière Wagner, animal de compagnie de la tante, et enfin, la tatie de Stella (plus bête et méchante que loufoque) au look infernal, comme vous pouvez le constater :
          

Comme toujours, le fond de l'histoire n'est pas joyeux et traite d'un sujet douloureux mais la forme rend l'ensemble tout à fait comique. Un moment de lecture des plus distrayants, on frissonne et on rit du début à la fin. Tout s'enchaîne à merveille et on ne s'ennuie pas une minute!  
A lire ou à faire lire à partir de 9 ans.

Tatie pourrie, David Walliams et Tony Ross, Albin Michel, "Witty", 2015

vendredi 22 janvier 2016

"Quatre soeurs, tome 3 : Bettina", de Cati Baur et Malika Ferdjoukh

C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé (après une longue attente!) les formidables sœurs Verdelaine et la Vill'Hervé de Malika Ferdjoukh sous le pinceau de Cati Baur! 
         
Après Enid, la coquine cadette , Hortense, la romantique et solitaire, voici le moment de nous attarder un peu plus sur l'insupportable Bettina, sans doute ma préférée! Dans ce tome, les cinq sœurs Verdelaine doivent à nouveau faire face à des problèmes d'argent et, pour y remédier, Charlie, l'aînée de la famille, a l'idée de louer deux pièces de leur vieux manoir, dont la chambre de leurs défunts parents. C'est Tancrède, jeune "nez" parisien en quête d'odeurs pures, qui débarque chez les cinq sœurs, et chamboule le cœur de Charlie. Comme d'habitude, il règne un joyeux désordre à la Vill'Hervé, d'autant que les petits cousins, parisiens également, Harry et Désirée, viennent eux aussi profiter des bien-faits de la mer pour les vacances de Pâques! Pendant ce temps là, Bettina pense encore à la chance qu'elle a laissé passer de vivre le grand amour avec Merlin, qu'elle n'a jamais autant aimé que depuis qu'elle l'a perdu...
           
Toujours fidèle à l'univers de Malika Ferdjoukh, Cati Baur offre un écrin tout en fraîcheur et délicatesse à ces cinq filles de caractère. Elle excelle a rendre compte de l'atmosphère qui règne à la Vill'Hervé, ce cocon fait de bric et de broc, à traduire des pages d'écriture en une ou deux planches de dessins, bref, à retenir la quintessence des romans de Malika Ferdjoukh.
         
On y plonge comme dans un bain chaud, avec délectation! C'est douillet et réconfortant, on n'a vraiment pas envie d'en sortir! J'attends déjà la suite (et fin, hélas...)! 

Quatre sœurs: Bettina, Cati Baur, Malika Ferdjoukh, Rue de Sèvres, 2015

mercredi 23 décembre 2015

"Max Winson : la Tyrannie et l'Echange", de Jérémie Moreau



"Il n'a jamais perdu un match de tennis. Il est numéro 1 mondial depuis 7 ans, terrifiant vainqueur à la mine mélancolique, l'idole d'un peuple biberonné à la réussite... Mesdames et messieurs nous recevons le grand Max Winson !" 

Avec ces quelques mots tirés du tome 1 de la bande dessinée Max Winson, de Jérémie Moreau, nous voici  plongés au cœur de l'intrigue! Sous ses traits d'adolescent gigantesque et avec son air naïf et débonnaire, Max est le meilleur joueur de tennis au monde. Son succès et sa popularité sont phénoménales. Cela ne viendrait à l'esprit de personne de rater un match où joue Max Winson! Pourtant, derrière la gloire, se cache une vie bien réglée et complètement déshumanisée. Formaté dès la naissance par un père tyrannique, Max ne connaît rien d'autre que le tennis. Le terrain où il s'entraîne est sa chambre, et hormis les journalistes, il ne parle qu'à son recruteur et à son entraîneur. Mais les rouages de cette mécanique parfaitement huilée pourraient bien être perturbés par l'arrivée, dans sa vie, d'une jolie journaliste et d'un adversaire dont le sort est encore plus à plaindre. 

Avec son trait si particulier, un noir et blanc épatant et une mise en page très efficace, Jérémie Moreau signe là une œuvre, en deux tomes, remarquable. Si le premier tome est davantage porté sur les performances sur humaines de Max, le harcèlement psychologique qu'il subit et l'avidité de ses recruteurs, le second tome nous ouvre les portes du véritable Max! Sa désaliénation et sa remise en question sont touchantes et se traduisent en quelques cases et très peu de dialogue. Au contact d'un ancien champion de tennis et du petit garçon qu'il entraîne, Pedro, notre colosse aux pieds d'argiles apprend l'humilité, le respect de l'autre et surtout le partage.
     
Jérémie Moreau nous brosse, avec Max Winson, un portrait du sport sous tous ses angles. Glaçant et fascinant à la fois. La pression psychologique, la corruption sont des aspects bien réels mais l'auteur les dépasse et nous livre, au final, un bel hommage au sport et au tennis. Avec lui le tennis reprend son but initial celui de l'échange, au sens premier du terme, ou comment le sport peut-être un art, le jeu pour le jeu, et non plus une compétition.
   
                            
"Il y a bien longtemps, à l'aube du tennis, avant de servir, les joueurs devaient prononcer : "Tenez". Ce qui, au départ, était un "tenez" de politesse propice à l'échange pourrait être remplacé à notre époque par "Prends ça!" Imagine toi que jouer au tennis avec quelqu'un, c'est comme avoir une conversation avec cette personne [...] Le tennis est un art. C'est un art de l'échange." 

Max Winson, tome 1 et 2, Jérémie Moreau, Delcourt, 2013, 2014