mardi 19 mai 2015

Les Petites reines, de Clémentine Beauvais

GE-NI-AL! J'ai bien envie de m'arrêter là, car ce livre est vraiment, tout simplement, génial! Mais comme j'ai le soucis de la chronique bien faite je vais en dire un peu plus!
                 
Tout commence dans un lycée de Bourg-en-Bresse par un concours qui a lieu depuis 3 ans sur Facebook, celui du Boudin de l'année. Cette année, Mireille Laplanche, 15 ans et demi, élue boudin de bronze, est détrônée pour la première fois par deux autres filles, Astrid Blomvall, boudin d'or et Hakima Idriss, boudin d'argent. Un peu surprise, Mireille prend tout cela avec philosophie (depuis peu). Le recul, l'autodérision, l'humour surtout, sont les armes qu'elle arbore avec fierté et panache, ce sont aussi ses meilleurs boucliers pour se préserver. Sa vie avec son chat Babyboule, sa mère, qui ressemble à Catherine Deneuve (Mireille a pris du côté de son père) et son beau-père Philippe Dumont (qu'elle appelle toujours Philippe Dumont) aurait pu suivre son cours normal si la reine du concours n'avait pas débarqué chez elle, en pleurs, le soir de la "remise du prix". Tentant d'abord de lui remonter le moral, Mireille décide d'aller rendre visite, avec Astrid, au troisième boudin, Hakima. C'est chez Hakima qu'elle va faire la connaissance de son frère Kader, rebaptisé secrètement le Soleil tellement il est beau, ancien soldat qui a perdu ses jambes lors d'une embuscade en "Galéristan". Cette rencontre va les conduire dans un périple de plusieurs centaines de kilomètres de Bourg-en Bresse à Paris! Avec un but bien précis, Mireille entraîne en effet sa nouvelle petite bande à vélo ("On dit "à vélo" [...] parce qu'on est pas dans le vélo, mais sur le vélo. On dirait pas "en cheval" ou "à train", eh ben c'est pareil") ainsi qu'une bonne cargaison de boudins qu'ils vendront sur la route!

Clémentine Beauvais signe avec Les Petites reines un roman optimiste qui fait un bien fou! Le personnage de Mireille est d'une drôlerie irrésistible et est doté d'un sens de la répartie hors du commun! A travers cette promenade gourmande dans l'Ain et sur les bords de Loire, les adolescentes vont se révéler! L'esprit d'équipe, la solidarité, le dépassement de soi par le sport, sont autant de valeurs qu'elles vont découvrir.
           
Outre ce côté hyper distrayant, assaisonné des réflexions toujours bien senties de Mireille, l'auteur, l'air de rien, se livre à une petite critique très pertinente de notre société. Sont visés, en particulier, le culte de la minceur, les réseaux sociaux, les médias et le vide informationnel qu'ils génèrent parfois, ainsi que l'exutoire que représente la toile quand chacun se livre, abrité derrière son écran, aux plus ignobles commentaires en toute impunité. "... pour chaque fois où une personne dit qu'on est géniales, fortes, intelligentes et combatives, il y en a une autre [...] qui s'applique à écrire qu'on est des grosses connes moches, des laiderons, des putes[...] moches comme des truies. Qui sont ces gens? Le mystère reste entier. Y a-t-il des personnes qui existent, qui vivent, qui mangent, qui rient et qui dansent , derrière ces ahurissantes insultes?"
                    
Le portrait qu'elle brosse des ados est tout aussi corrosif! Parfois cruels, focalisés sur les apparences et l'image qu'ils souhaitent donner d'eux, notamment sur les réseaux sociaux, c'est un bonheur de voir, au contraire, Mireille et ses copines revendiquer qu'elles ne font pas du vélo pour être "belles" ou perdre du poids et se goinfrer de produits régionaux à chaque étape de leur périple! "... je suis fan de crottin de Chavignol depuis mon plus jeune âge. C'est bien simple, à deux mois et demi, j'ai repoussé le sein de ma mère pour n'accepter mon lait que sous forme de crottin de Chavignol."

Un roman original, drôle et intelligent, qu'on a du mal à quitter une fois commencé et qui donne même envie de se lancer, comme Mireille et ses boudinettes, à l'assaut des routes de France, à vélo!

Et pour profiter au max des Petites reines, voici la bande-son du livre! ;)

Les Petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2015



mercredi 6 mai 2015

"Mentine, tome 1 : Privée de réseau !" de Jo Witek

Mentine, parisienne pur jus, 12 ans et demi, surdouée au QI démentiel. Pour ne pas passer pour une boulette au collège, c'est-à-dire une intello (elle est en classe de 3e tout de même) elle fait exprès de rater ses contrôles et d'afficher une moyenne plus que passable. En punition, ses parents décident de l'envoyer passer ses vacances d'été dans le Larzac chez un ami de sa grand mère, Raoul, un paysan bougon et un ex militant. Stupeur et tremblements pour Mentine, adieu les vacances au bord de la mer à Biarritz avec ses amies à draguer et se la couler douce, bonjour brebis, campagne profonde, réveil à 6h00 du matin, et surtout absence de réseau!! Le cauchemar commence... elle est bien décidée à ne pas se laisser faire par le vieux grincheux qui ne la ménage pas et ne cesse de l'appeler "jeune fille". Seulement, ce coup ci, elle n'a pas le dernier mot! Le Raoul a un sacré caractère aussi, il s'est battu en 70 contre les militaires qui voulaient détruire les champs au profit de l'agrandissement de leur base, ce n'est pas pour se laisser marcher dessus par une gamine de 12 ans! Mentine ravale donc sa fierté et décide de lui prouver ce qu'elle vaut. Surtout que le stagiaire de Raoul, Eric, 17 ans, n'est pas pour lui déplaire...

Mentine est une petite peste de parisienne friquée, elle le reconnait elle-même! Mais une peste tellement attachante : haute en couleurs, sincère, elle a toujours des réflexions très pertinentes... En tant que surdouée, elle réfléchit comme une adulte mais a le corps d'une enfant et c'est là toute la problématique. Comment être prise au sérieux par les adultes? Comment s'intégrer aux adolescents de son âge? Partagée entre le trop ou le pas assez, difficile pour elle de trouver le bon équilibre. Au cours de cet été, elle va apprendre beaucoup sur elle-même et revoir certains de ses préjugés notamment sur les paysans et la vie à la campagne. elle va découvrir aussi ce que sont le véritable amour et l'amitié profonde. Surtout, elle va comprendre grâce à Raoul, que ce sont les actes qui définissent une personne, qu'elle doit s'accepter comme elle est et que parfois, il faut juste laisser faire le temps! Tout ça, en un mois, et oui!
            
Encore une fois, Jo Witek réussit à nous charmer avec ce roman frais, drôle et émouvant! 

Mentine, tome 1 : Privée de réseau!, Jo Witek, Flammarion, 2015

mardi 28 avril 2015

"La fantastique aventure de Woua-Woua le chihuahua", de Rachel Corenblit

Yanis et son chihuahua Woua-Woua passent leurs vacances à la montagne. Ils font la connaissance de Pénélope et Boubi, deux enfants du coin qui ont la fâcheuse tendance à se moquer du pauvre Woua-Woua! Alors que les troupeaux du village sont victimes d'attaques féroces certainement l'oeuvre d'une bête énorme, Yanis pour faire l'intéressant et surtout pour défendre son petit chien, va inventer une histoire rocambolesque sur Woua-Woua et affirme qu'il pourrait vaincre la bête! Pénélope et Boubi, le mettent alors au défi et les voilà tous partis dans la montagne pour affronter la bête... 

Randonnée dans la boue, nuit en refuge, escalade d'un glacier sous les nuages, excursion dans la grotte rouge, et course poursuite haletante ! A force de chercher la petite bête, ils finissent par en trouver une ENORME !! Et tout ça sous le regard caustique du petit Woua-Woua, narrateur de l'histoire! 
    
"Côté gènes, tout n'est pas clair. Je pense pas avoir un parent Doberman, non, ni même un aïeul berger allemand et encore moins Rottweiler comme mon pote Zigmund, mais je dois bien avoir du teckel, voire du Shih Tzu dans mes veines. Pas très glorieux, le Shih Tzu. C'est un nom à se trimballer un rouleau de papier-toilette agrafé à l'arrière train."
               
On n'a pas le temps de s'ennuyer avec ce roman paru dans la toute récente collection Pépix! Le regard plein d'autodérision de Woua-Woua, petit de taille mais grand par sa sagesse, est un régal! Rachel Corenblit nous offre un roman drôle et même palpitant avec quelques scènes dignes de Cliffhanger ! Les illustrations de Caroline Ayrault, des petits conseils de survie et un test final "Es-tu plutôt : Rottweiler, Caniche ou Chihuahua?" ajoutent encore une touche de loufoquerie à l'histoire!
         
Après ce livre, vous ne regarderez plus jamais les chihuahua de la même manière!

La fantastique aventure de Woua-Woua le chihuahua, Rachel Corenblit et Caroline Ayrault, Sarbacane, "Pepix", 2014

mardi 21 avril 2015

Un hiver en enfer, de Jo Witek

Edward Barzac a 15 ans. Au lycée, tout le monde le surnomme "Ed le taré" parce qu'il est différent des autres. Il souffre en effet de TOC. Même s'ils sont assez légers, il complexe énormément par rapport aux autres et s'enferme dans son monde. Harcelé par deux caïd de son lycée, il se réfugie tous les soirs dans le monde virtuel des MMORPG où il excelle car il n'y a que dans ce monde qu'il se sent libre d'agir sans être jugé par les autres.
A la veille des vacances de février, alors qu'il vient une nouvelle fois de se faire humilier par ses tortionnaires, son père, architecte renommé, lui annonce que sa mère, qui revient tout juste de son dernier séjour en hôpital psychiatrique, est guérie de sa dépression qui la ronge depuis la naissance d'Edward! Celle-ci aurait découvert un secret sur sa naissance qui expliquerait sa maladie ainsi que sa relation distante avec son fils. Désormais, elle veut prendre soin de lui et être plus présente. Malheureusement, Edward ne connaîtra jamais la famille dont il a tant rêvé car un accident de voiture va lui prendre son père adoré. Sa mère s'en sort presque indemne mais c'est un choc terrible pour Edward. Perdu, en colère, il se sent plus que jamais seul au monde et songe au suicide. Après un épisode violent dans son lycée, il part avec sa mère dans leur chalet de Courchevel mais, loin d'apaiser ses souffrances, il subit les sautes d'humeur de celle-ci et ne la reconnaît plus. En effet, elle fait peu à peu le vide autour d'eux, l'isole des autres, devient étouffante et hyper protectrice... Il sent bien que quelque chose se trame, que c'est elle qui le pousse au suicide mais personne ne veut le croire étant diagnostiqué mentalement très fragile.
          
Avec un Hiver en enfer, Jo Witek réussit un huis clos angoissant où la pression ne cesse de monter, où le doute s'immisce peu à peu... Qui croire? Ed sombre-t-il dans la paranoïa ? Sa mère est-elle vraiment dangereuse? A-t-elle tué son père en provoquant un accident de voiture?
           
Malgré un dénouement un tout petit peu tiré par les cheveux, l'intrigue est habilement menée de même que  la violence de l'affrontement psychologique entre Edward et sa mère. Le personnage d'Edward, adolescent qui se cherche, est attachant en dépit de son caractère torturé et ses tourments sont vraiment bien décrits. 
           
Suspens, manipulation, secrets de famille... Un bon thriller psychologique à l'ambiance glaçante, ça vous tente?

Un hiver en enfer, Jo Witek, Acte sud Junior, "Thriller", 2014

mercredi 8 avril 2015

"Plus de morts que de vivants", de Guillaume Guéraud

Le nouveau Guillaume Guéraud est arrivé! Et il est plus en forme que jamais, âmes sensibles accrochez-vous! Du gore, de l'horreur, du suspens, de l'émotion, des pages et des pages a avaler sans pouvoir s'arrêter, voilà, en résumé, ce à quoi vous devez vous attendre!
                
Sous un froid polaire, les élèves du collège Rosa Park de Marseille se préparent pour leur dernier jour de classe avant les vacances de février. Certains se voient déjà sur les pistes de ski, d'autres, qui n'ont pas cette chance, s’apprêtent à passer de longues journées devant leur écran à jouer à Call of duty. Ils ne peuvent pas se douter que ce jour sera le plus effroyable de leur vie, peut-être même le dernier, car un nouveau virus ultra virulent causant une mort fulgurante et atroce va disséminer élèves et enseignants les uns après les autres...
             
Dés les premières pages, on est au cœur de l'action! Les premiers symptômes ne tardent pas à faire leur apparition : hémorragies, perte des cheveux par poignées, vomissements ininterrompus, os cassés, corps qui se disloquent ... et sont suivis d'une mort foudroyante. A midi on compte déjà 300 élèves décédés, et on comprend vite que ça ne va pas s'arranger!
            
On suit le parcours de plusieurs élèves, tous très différents. Il y a Lila, Zack et Karim, les 6e, Slimane, le cancre qui aurait mieux fait de sécher les cours ce jour-là, Fab, Matt, Cess, Julie, la bande de potes de 3e... On a le temps de connaître un peu leur vie, leurs préoccupations, leurs émois d'adolescents puis leur effroi, mais on comprend vite qu'il ne faut pas trop nous attacher à eux!
        
Les descriptions précises et crues des symptômes rendent ce roman parfaitement épouvantable! Tout s'enchaîne très vite, le rythme et l'angoisse sont maintenus à leur paroxysme du début à la fin, et l'ensemble sonne avec une justesse effrayante : la stupeur des élèves et des enseignants, les limites des médecins et des pompiers envoyés sur place, la peur panique puis la déroute et surtout le cynisme des autorités et du système. Ce qui dérange le plus à la lecture de ce roman, c'est son réalisme. Même s'il s'agit de science-fiction, on ne peut s'empêcher de penser que les choses se dérouleraient exactement de cette manière si un virus aussi virulent apparaissait! Même une fois le livre refermé, on y pense encore, d'autant que la fin reste en suspens, digne des meilleurs scénarios catastrophes... Guillaume Guéraud n'a aucune pitié pour nous, pauvres lecteurs... Il nous aura prévenu : tout est dans le titre!

Plus de morts que de vivants, Guillaume Guéraud, Le Rouergue, "doado noir", 2015