dimanche 24 novembre 2013

"L'invitation faite au loup", Christian Oster

Il était une fois, un cochon et un loup... On devine la suite car, comme chacun sait, les loups adooorent manger les petits cochons! Mais dans l'Invitation faite au loup, le nouveau Christian Oster, c'est le cochon qui, loin d'être une victime, mène la danse: il court plus vite, a des oreilles quasi bioniques et une vue de lynx! Il peut donc sortir la nuit en toute tranquillité (c'est un cochon fêtard) et échapper au loup qui le pourchasse inlassablement. Pourtant, un beau jour, le cochon s'arrête de courir. Ras-le-bol de devoir s'enfuir et de n'avoir jamais la paix! Il va donc passer un marché (de dupe) avec le loup. Celui-ci devra surmonter plusieurs épreuves; s'il gagne, il mange le cochon; s'il échoue, il ne pourchassera plus le cochon. Et c'est un test d'intelligence que le cochon fait passer au loup. Or, on sait bien que dans les contes, les cochons sont toujours plus malins que les loups! Pauvre loup... il fait d'ailleurs bien peine à voir à la fin du livre. 
  
Sur le principe du conte facétieux cher à cet auteur, l'Invitation faite au loup, fait la part belle au langage et aux jeux de mots. Le jeune lecteur s'amusera à deviner, une fois compris le principe du jeu de mots, les réponses aux énigmes du cochon en même temps que le loup! Autre gros point fort de ce petit roman, les illustrations aux couleurs contrastées d'Anaïs Vaugelade, qui excelle toujours dans l'art de dessiner les loups et les petits cochons roses! 

L'Invitation faite au loup, Christian Oster et Anaïs Vaugelade, Ecoles des loisirs, "Mouche", 2013

mercredi 9 octobre 2013

"172 heures sur la Lune", Johan Harstad

Depuis 1969 et le premier pas de Neil Armstrong sur la Lune, plus aucun homme n'a fauché le sol lunaire. Nous sommes en 2019, et la NASA a pour projet de renvoyer des hommes en mission sur la Lune sous prétexte de recueillir un métal précieux.Afin de redorer son image et de susciter l'intérêt du public, la NASA décide d'envoyer trois ados dans l'espace et organise à cette fin un tirage au sort mondial. Mia, la norvégienne, Midori, la japonaise et Antoine, le français, sont les heureux chanceux. 
               
Chanceux, vraiment? Beaucoup de mystères planent sur cette mission. Pourquoi avoir caché au monde pendant 40 ans l'existence de la base spatiale DARLAH 2, par exemple? Pourquoi avant leur départ pour Cap Canaveral, les trois ados sont victimes d'hallucinations inquiétantes? Quel mystère entoure l'accident survenu lors de la mission Apollo 13? Et si la Lune était encore plus inhospitalière que tout ce qu'on aurait pu imaginer? 
    
    
A partir de faits historiques, Johan Harstad nous entraîne dans une aventure "asimovesque" et angoissante. Après avoir pris soin d'installer son histoire et de brosser le portrait de ces trois ados aux personnalités attachantes, l'auteur fait basculer ses personnages et son lecteur dans un univers cauchemardesque, dès l'arrivée sur la Lune. Entre le fantastique et la science-fiction, on est vite happé par ce récit qui joue avec nos peurs les plus primaires: le manque d'air, le noir, le vide, la solitude abyssale, l'éloignement, l'extinction de l'espèce humaine... 
   
Un bon roman SF, troublant et inquiétant, qui laisse son lecteur stupéfait!
    
    
 172 heure sur la Lune, Johan Harstad, Albin Michel, "Wiz", 2013

samedi 28 septembre 2013

"Dancing Love", Guillaume Guéraud

En voilà une chouette idée que cette collection "Série B" parue tout récemment aux éditions Sarbacane! Guillaume Guéraud, qu'on savait déjà grand amateur de cinéma, s'en donne à cœur joie dans cette collection spécialement conçue pour ses textes loufoques et déjantés, qui reprennent le principe des films de Série B (autrement dit, des scenarii improbables et des moyens limités). Chaque texte, tous aussi barrés les uns que les autres, (déjà parus, Les Ogres mutants, King Kaloumar et Bob le râté) est illustré par un illustrateur différent. Dans Dancing Love, c'est Hélène Georges qui s'y colle avec brio représentant à merveille tout le kitsch de l'univers de Dancing Love.  
  
Dancing Love, c'est l'histoire d'une jeune fille, Jennifer Diaz, qui sert des beignets dans le snack que tiennent ses parents sur la route qui relie Reno, États-Unis, à Las Vegas. Elle n'a aucun charme particulier mais se métamorphose en danseuse d'exception dés qu'elle entend les paroles de son chanteur de variété adoré, Jimmy Glover! Et justement, un beau jour, Jimmy Glover et sa troupe tombent en panne juste devant le snack des Diaz. Entre Jennifer et Jimmy, c'est le coup de foudre! Ils feront tout pour être réunis même si les parents de Jennifer, qui supportent mal la musique (pourrie) de Jimmy Glover, s'opposent à leur union... "Oh mon amour / Allons faire un tour / qui durera toujours / La nuit comme le jour!" 
  
Un petit air de comédie musicale édulcorée, à la Grease ou Footloose, flotte donc sur cette nouvelle! Le texte, écrit de façon très visuelle (et oui), se prête parfaitement à une lecture à voix haute, et Guillaume Guéraud parvient sans problème à retranscrire le langage cinématographique propre aux Séries B dans cette histoire à l'eau de rose, complètement assumée! A lire au second degré, bien évidemment! 
   
   
 
Dancing Love, Guillaume Guéraud et Hélène Georges, Ed. Sarbacane, "Série B", 2013

mercredi 25 septembre 2013

"Le coup de kif", Gwladys Constant

Karel, 17 ans, terminale L (par défaut), se prend d'amour ou plutôt de kif pour le beau Lucas, qu'elle surnomme Lumière, nouveau de la classe. Pour attirer son attention, elle l'interroge sur un livre qu'il est en train de lire au CDI: "Les Yeux d'Elsa" d'Aragon, ce qui lui vaudra une réponse aussi brève qu'éloquente mais ça elle ne le comprend pas tout de suite! Karel est obstinée, comme elle le dit elle-même et, comme elle ne renonce pas facilement, elle va aller jusqu'à lire le recueil d'Aragon pour avoir de quoi converser à nouveau avec Lucas, alors qu'elle déteste la lecture! Et ce n'est qu'un début...  
  
Jusqu'où peut-on aller pour un "coup de kif" (plus fort que le coup de foudre selon Karel)? Telle est le principal sujet de ce livre mais, sous une apparence assez légère, Gwladys Constant aborde aussi avec beaucoup d'humour et de justesse l'adolescence et ses enjeux : l'orientation post bac mais également, et ça c'est plus original, le langage et la culture des djeuns! "Abdoulaye [...] il m'a vraiment aidée [...] pour le parler, le jour où il m'a balancé: - Je t'aime bien Karel, t'es cool, mais tu causes toujours comme les corrigés du bac...
   
C'est intelligent, bien vu et ça se lit d'une traite (et ce n'est pas que pour le nombre restreint de pages que je dis cela). Les personnages sont très attachants dans leurs imperfections: Karel tente de se faire passer pour l'intellectuelle qu'elle n'est pas mais, elle sait restée modeste au contraire de Lucas qui, lui, s'avère être un brillant prétentieux! Enfin, sans révéler tous les ressorts de l'intrigue, elle se réveillera à temps! Bref, un sympathique roman plein de peps! 

Le coup de Kif, Gwladys Constant, Oskar éditeur, 2013

jeudi 29 août 2013

"les Cahiers de Rémi", Dominique Richard

Dans sa première pièce, le Journal de grosse patate, Dominique Richard, auteur dramatique, racontait l'année d'une pré ado surnommée "grosse patate". Autour d'elle: Rosemarie sa meilleure copine, Hubert le beau gosse, et Rémi le souffre douleur.
Les Cahiers de Rémi s'attache donc à l'histoire de ce dernier. Rémi a grandit, il se cherche. Il vit seul avec sa mère. Tout ce qu'on sait c'est que son frère a déserté le foyer familial sans explications et que son père ne vit plus avec eux. Dans ses cahiers, parfois illustrés par Vincent Debats, (cahiers d'école, de vacances, de revendication, de renoncements, journal intime... ) qu'il tient de 11 à 20 ans, il raconte ses rencontres, ses parents, sa grand-mère, son cousin, son oncle décédé, son frère absent et disparu. On suit son évolution et ses préoccupations, surtout celles liées à l'absence de son frère et à sa différence : Rémi aime les garçons. Survient l'adolescence et le temps des interrogations, des remises en questions, des renoncements, des prises de conscience, des changements. Des regrets aussi. Et cette question lancinante : Pourquoi son frère est-il parti?
Dans un langage simple et sobre, Rémi se pose des questions existentielles, celles qu'on se pose tous un jour ou l'autre pour finir par admettre qu'il n'y a pas toujours de réponses: A quoi rime la vie? Que faire de notre existence? Comment changer le monde?

"15 ans... On rêve encore à 15 ans? Changer le monde est-ce que c'est possible à 15 ans? ou ne vaut-il pas mieux le laisser comme il est, s'y fondre? Pourquoi ne se métamorphoserait-il pas tout seul? Je n'ai toujours pas un compagnon pour partager mes désirs. A qui parler? Le monde il va si mal que ça? Il y en a qui sont morts à 15 ans pour le tranformer. Qui ont été torturés, emprisonnés, déportés... Qui n'ont jamais pu connaître l'amour, jamais pu écrire ce qui leur trottait dans la tête [...]"

Au cours de ce récit qui s'étale donc sur plusieurs années, Rémi va finir par accepter sa différence et atteindre une forme d'apaisement. Véritable texte initiatique, l'auteur brosse un portrait très touchant de cet adolescent qui, par ses interrogations, nous renvoit à nos propres préoccupations. Un très beau texte qui se lit comme un roman.

Les Cahiers de Rémi, Dominique Richard et Vincent Debats, Editions Théâtrales, 2013