vendredi 28 février 2014

Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi

Fin du XXI siècle, ère post-pétrole, les Etats-Unis, presque entièrement noyés sous les eaux, sombrent dans le tiers-monde. Deux catégories de population y vivent : les pauvres, autrement dit "les rats", et les extrêmement riches, les "rupins", qui tirent profit de la misère. Pour survive, les pauvres travaillent à récupérer toute la ferraille des vieux pétroliers échoués sur les côtes. Nailer, un adolescent d'une quinzaine d'années, vit en Louisiane, ou ce qu'il en reste. Il est ce qu'on appelle un léger; comme il est fin et pas très grand il peut se glisser dans les recoins les plus inaccessibles des pétroliers pour récupérer les précieux matériaux. Un jour qu'il marche sur la plage, après une tempête ravageuse, une "tueuse de villes", il trouve un voilier de rupin échoué. A l'intérieur, beaucoup de cadavres et une jeune fille de son âge, très mal en point mais presque entièrement recouverte d'or! Elle lui promet encore plus de richesses s'il l'aide à s'en sortir...

 Ce roman de dystopie, bien construit et riche en actions, nous transporte dans un monde terrifiant, où la violence ne connaît pas de limites, où les survivants sont livrés à eux même, mangent des rats, risquent leur vie tous les jours pour récupérer la ferraille et respirent des substances toxiques continuellement. La chance, le mauvais œil et le Destin ont remplacés les religions et seuls les pactes de sang permettent de garder un semblant d'ordre dans ce monde de misère. Des riches, qui recyclent les métaux et ont réussi à mettre la main sur les dernières réserves de pétroles, on ne sait pas grand chose, sinon qu'ils exploitent sans vergogne les ferrailleurs des mers et voguent sur les océans avec des voiliers super-puissants et ultra sophistiqués. Ils ont aussi à leur service des mi-bêtes, créatures monstrueuses génétiquement modifiées, mi hommes mi chiens, dressées pour servir leur maître et tuer s'il le faut.

Paolo Bacigalupi réuni tous les ingrédients pour un bon roman qui allie à la science-fiction, le roman d'initiation, et des thèmes forts comme la survie, le sens de l'honneur et la loyauté. Ce roman a été finaliste du prix littéraire le plus prestigieux des Etats-Unis, le National Book award. 

Si Ferrailleurs des mers vous plaît, sachez que l'auteur a écrit une suite, Les Cités englouties. Mais, il ne s'agit pas d'une suite a proprement parlé car les personnages changent. 


Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi, Au Diable Vauvert, 2013

mercredi 5 février 2014

Le Manuel du serial killer, Frédéric Mars


Un garçon d'une dizaine d'années sort d'un match de Baseball, son frère aîné l'attend à la sortie avec une brique de jus de fruits multivitaminé. Sur le chemin du retour qui les conduit à leur domicile, le plus jeune est pris d'un malaise et meurt quelques minutes plus tard d'une hémorragie interne... 
        
Ainsi commence le Manuel du serial killer, brutalement, sans ménager son lecteur et il en ira de même pendant tout le roman!
                        
Nous suivons l'enquête autour des meurtres en série d'enfants (tous victimes d'une surdose d'Aspirine dissimulée dans des jus de fruits), par le biais de plusieurs récits enchâssés: celui de Thomas Harris, le personnage principal de l'histoire, celui du docteur Adamson, son psychiatre et celui d'un serial killer au travers de son "manuel".

Thomas Harris est étudiant à Harvard, très seul et méprisé des autres étudiants, selon lui en raison de son œil gauche qui est tout blanc, il possède un talent remarquable pour l'écriture. Comme il l'écrit dans son journal, "la mort est en [lui]" depuis le jour où ses parents se sont noyés lors d'une promenade en barque. Curieusement, il garde très peu de souvenirs de ses parents et de ce jour en particulier. En raison de cette amnésie partielle, il est suivi de près par le docteur Adamson qui relate leurs séances régulièrement dans le roman...
Sa vie va basculer, le jour où la responsable du département de littérature de Harvard lui demande de collaborer à la rédaction d'articles sur les meurtres de ces enfants pour le fameux journal de l'université, le Crimson. Dés lors, tout va très vite s'enchaîner et conduire Thomas dans le collimateur de la police, en particulier à cause de la publication du scandaleux Manuel du Serial Killer. En effet, dans ce manuel, signé du nom de Thomas mais qu'il nie farouchement avoir écrit, est révélée la méthode avec laquelle les jeunes garçons ont été assassinés!
               
Dans ce livre au rythme effréné, le lecteur va de révélations en révélations mais aussi de certitudes en doutes. Paradoxalement, plus on avance dans la lecture, plus les choses semblent se compliquer et, tout comme Thomas, nous perdons progressivement nos repères... jusqu'au moment de la révélation finale. Frédéric Mars signe là un bon thriller psychologique, divertissant à souhait et qui ne manquera pas de vous surprendre!

Pour lire une interview de l'auteur, c'est par ici!
              
Le Manuel du serial killer, Frédéric Mars, Hachette, "Black moon thriller", 2013

mardi 31 décembre 2013

"Pas assez pour faire une femme", Jeanne Benameur

Le roman commence dans une chambre, sur un lit plus précisément, après l'amour. Nous sommes dans les années 70, Judith a 17 ans, elle vient de se donner pour la première fois à Alain, un étudiant plus âgé rencontré sur les bancs de la fac. Pour lui, elle commence à s'intéresser à la politique, à la philosophie, à la littérature de l'époque comme Hannah Arendt, Françoise Sagan, Anaïs Nin... Elle va alors s'émanciper, s'éveiller à la sensualité, découvrir une partie d'elle-même qu'elle ignorait, et apprendre à apprivoiser les démons du passé, son père notamment, un homme qu'elle décrit comme tyrannique et étroit d'esprit. 
     

Ecrit sur le mode du journal intime, Pas assez pour faire une femme nous entraîne dans le trourbillon des années 70, les rêves d'avenir meilleur, et la foi dans les sciences humaines, le savoir et les études comme garants essentiels de la liberté.
       
Comme toujours l'écriture de Jeanne Benameur berce le lecteur et traduit en quelques touches subtiles le portrait d'une jeune femme à fleur de peau et le portrait d'une génération à la fois révoltée et remplie d'idéaux.
                      

Un soir elle m'a dit Tu as de la chance de pouvoir faire des études, ma fille, continue, j'aurai tellement voulu apprendre moi aussi. Cette phrase-là elle me la dite en me regardant vraiment, dans les yeux et cela m'a fait un bien fou. C'était mon viatique. A la fac tout ce que j'apprenais m'éloignait de ce monde-là, celui de la cuisine de ma mère mais sa phrase me donnait droit. Oui je continuerai et j'apprendrai et je ferai tout pour que toutes les filles qui ont envie d'apprendre puissent le faire dans le monde parce qu'apprendre c'est ouvrir la porte pour penser et que c'est avec la pensée qu'on a une chance de vivre libre.
                      

Un beau texte sur l'adolescence et la quête de soi à découvrir!

Pas assez pour faire une femme, Jeanne Benameur, Thierry Magnier, 2013 
                      

dimanche 24 novembre 2013

"L'invitation faite au loup", Christian Oster

Il était une fois, un cochon et un loup... On devine la suite car, comme chacun sait, les loups adooorent manger les petits cochons! Mais dans l'Invitation faite au loup, le nouveau Christian Oster, c'est le cochon qui, loin d'être une victime, mène la danse: il court plus vite, a des oreilles quasi bioniques et une vue de lynx! Il peut donc sortir la nuit en toute tranquillité (c'est un cochon fêtard) et échapper au loup qui le pourchasse inlassablement. Pourtant, un beau jour, le cochon s'arrête de courir. Ras-le-bol de devoir s'enfuir et de n'avoir jamais la paix! Il va donc passer un marché (de dupe) avec le loup. Celui-ci devra surmonter plusieurs épreuves; s'il gagne, il mange le cochon; s'il échoue, il ne pourchassera plus le cochon. Et c'est un test d'intelligence que le cochon fait passer au loup. Or, on sait bien que dans les contes, les cochons sont toujours plus malins que les loups! Pauvre loup... il fait d'ailleurs bien peine à voir à la fin du livre. 
  
Sur le principe du conte facétieux cher à cet auteur, l'Invitation faite au loup, fait la part belle au langage et aux jeux de mots. Le jeune lecteur s'amusera à deviner, une fois compris le principe du jeu de mots, les réponses aux énigmes du cochon en même temps que le loup! Autre gros point fort de ce petit roman, les illustrations aux couleurs contrastées d'Anaïs Vaugelade, qui excelle toujours dans l'art de dessiner les loups et les petits cochons roses! 

L'Invitation faite au loup, Christian Oster et Anaïs Vaugelade, Ecoles des loisirs, "Mouche", 2013

mercredi 9 octobre 2013

"172 heures sur la Lune", Johan Harstad

Depuis 1969 et le premier pas de Neil Armstrong sur la Lune, plus aucun homme n'a fauché le sol lunaire. Nous sommes en 2019, et la NASA a pour projet de renvoyer des hommes en mission sur la Lune sous prétexte de recueillir un métal précieux.Afin de redorer son image et de susciter l'intérêt du public, la NASA décide d'envoyer trois ados dans l'espace et organise à cette fin un tirage au sort mondial. Mia, la norvégienne, Midori, la japonaise et Antoine, le français, sont les heureux chanceux. 
               
Chanceux, vraiment? Beaucoup de mystères planent sur cette mission. Pourquoi avoir caché au monde pendant 40 ans l'existence de la base spatiale DARLAH 2, par exemple? Pourquoi avant leur départ pour Cap Canaveral, les trois ados sont victimes d'hallucinations inquiétantes? Quel mystère entoure l'accident survenu lors de la mission Apollo 13? Et si la Lune était encore plus inhospitalière que tout ce qu'on aurait pu imaginer? 
    
    
A partir de faits historiques, Johan Harstad nous entraîne dans une aventure "asimovesque" et angoissante. Après avoir pris soin d'installer son histoire et de brosser le portrait de ces trois ados aux personnalités attachantes, l'auteur fait basculer ses personnages et son lecteur dans un univers cauchemardesque, dès l'arrivée sur la Lune. Entre le fantastique et la science-fiction, on est vite happé par ce récit qui joue avec nos peurs les plus primaires: le manque d'air, le noir, le vide, la solitude abyssale, l'éloignement, l'extinction de l'espèce humaine... 
   
Un bon roman SF, troublant et inquiétant, qui laisse son lecteur stupéfait!
    
    
 172 heure sur la Lune, Johan Harstad, Albin Michel, "Wiz", 2013