mardi 10 janvier 2017

"L'Echappée", de Allan Stratton

Leslie a 15 ans et accumule les problèmes au lycée comme à la maison, où elle vit seule avec sa mère depuis le divorce de ses parents. De plus, l'ambiance n'est pas au beau fixe avec sa meilleure amie maintenant que celle-ci traîne avec d'autres filles. Un jour, pour se rendre intéressante devant elles, Leslie se met au défi d'aller parler à Jason, le nouveau du lycée, sur qui fantasment ses camarades. Elle ne se doute malheureusement pas de la tournure que va prendre ce geste.
 
Première publication en 2000, réécrit en 2008 et publié pour la première fois en France en 2016, L'Echappée, raconte l'histoire d'un amour toxique puisque Leslie va être victime d'un manipulateur pervers et violent. D'abord charmant quoique un peu directif, Jason se révèle être le profil type de ce qu'on appelle communément "un pervers narcissique".
Mais il s'agit du premier amour de Leslie et celle-ci manque d'expérience pour se rendre compte que ce qu'il lui inflige n'est pas normal et n'est surtout pas de l'amour. Peu à peu, la toile que tisse Jason autour de Leslie, la coupe de sa mère et de ses amies. De plus en plus isolée, Leslie ne sait plus ce qui est bien ou mal, jusqu'à l'acte de trop qui va la faire réagir de justesse.
  
Très bien menée, la première partie du roman, écrite à la première personne à la manière d'un journal intime, se centre plutôt sur les problèmes ordinaires de Leslie. On comprend ainsi ce qui l'a rend si vulnérable. Dans la seconde partie, le récit s'accélère et on assiste au processus mis en place petit à petit par Jason visant à faire de Leslie son objet.  L'auteur brosse avec brio le portrait de l'adolescente en proie à la confusion des sentiments. Amour, doutes, honte, peur, solitude, colère... Allan Stratton montre à quel point il peut-être difficile et long de sortir de l'engrenage, de voir la vérité en face.

Efficace et concis, avec un côté thriller, ce roman se lit d'une traite, et à le mérite de parler d'un sujet difficile, peu abordé en littérature jeunesse. A lire et à faire lire.

L'Echappée, Allan Stratton, Milan, 2016
250 pages 
★★★☆☆

mercredi 4 janvier 2017

"Les Culottées", de Pénélope Bagieu

Je ne pouvais pas passer à côté de la dernière bande-dessinée de Pénélope Bagieu, talentueuse auteure-illustratrice que j'ai découvert il y a quelques années grâce à son blog "Ma vie est tout à fait fascinante"! D'ailleurs, je crois bien que celle-ci est ma préférée. A l'origine, les Culottées était un blog que Pénélope Bagieu a tenu du 11 janvier au 26 octobre 2016 où elle racontait, chaque semaine et en dessins, la vie de femmes connues ou injustement méconnues, aux destins hors normes. La sortie en BD apporte à ces histoires épatantes un merveilleux écrin.

De Agnodice, la première femme gynécologue à Leymah Gbowee, travailleuse sociale, en passant par Annette Kellerman, nageuse et inventrice du maillot de bain, ou Margaret Hamilton, actrice spécialisée dans les rôles de méchante, ces quinze portraits nous font voyager à travers les âges et les continents. Rassemblées grâce à Pénélope Bagieu, ces femmes qui ont toutes été animées par un désir d'indépendance et de liberté sans pour autant se revendiquées militantes, sont des exemples d'audace et de modernité. Elles n'ont pourtant rien en commun hormis une avide soif de changement!

L'air de rien, cette BD nous apprend plein de choses! Et grâce aux dessins plein d'humour, à une mise en scène dynamique et aux traits d'esprits de l'auteure toujours bien amenés, on reste scotché du début à la fin! Heureusement, le tome 2 paraît très bientôt!
    

Une bande-dessinée à mettre entre toutes les mains: petits ou grands, femmes et hommes!

Les Culottées, Pénélope Bagieu, Gallimard, 2016
(144 pages)
 

samedi 3 décembre 2016

"De Cape et de Mots", de Flore Vesco

Serine vit avec ses parents et sa ribambelle de petits frères qu'elle occupe en inventant des jeux et des histoires bien qu'on ne lui ait jamais appris à lire. A la mort de leur père, Serine décide de partir faire ses preuves à la cour du Roi en tant que demoiselle de compagnie de la Reine. Son franc parlé et son originalité vont lui permettre de se faire remarquer par la Reine parmi tous ses courtisans et lui valent une place de choix auprès de celle-ci. Malheureusement, Serine intrigue autant qu'elle attise les jalousies! Bien malgré elle, elle va se retrouver mêlée à une affaire des plus dangereuses, car à la cour, les complots et les manigances vont bon train !
Pour son premier roman, Flore Vesco a imaginé un monde qui n'est pas sans rappeler la cour de Versailles au temps de Molière ou de Beaumarchais. L'auteure nous offre une héroïne savoureuse, maline et débrouillarde que nous avons plaisir à suivre dans ses aventures. A travers l'histoire de sa pétillante héroïne, l'auteure dépeint les travers de la cour, ses faux semblants, son hypocrisie et n'hésite pas à tourner en ridicule nobles et courtisans. Mais ce qui fait aussi toute la saveur de ce roman jeunesse, c'est le style de l'auteure! Flore Vesco n'hésite pas à employer un vocabulaire d'une grande richesse, elle s'amuse avec les mots et fait de ses dialogues des petits chefs-d’œuvre. Pleine d'esprit et d'humour, elle joue également avec les codes du théâtre, empruntant à bon escient le personnage d'Arlequin! Mais je n'en dis pas plus car ce serait dommage de gâcher les surprises que réservent ce roman! Nul doute que cette histoire saura séduire les petits comme les grands enfants. Quant à moi, je suis conquise et vais m'empresser de lire son dernier roman jeunesse Louis Pasteur contre les Loups-Garous !


De Cape et de mots, Flore Vesco, Didier jeunesse, 2015
(182 pages)
 ★★★★★

lundi 21 novembre 2016

"Chaque soir à onze heures" de Malika Ferdjoukh

Willa Ayre vit à Paris. Ses parents sont séparés. Entre sa mère qui court la France pour organiser ses casting de Miss et son père, artiste contemporain qui multiplie les conquêtes, elle se retrouve souvent seule à la maison. Heureusement elle est bien entourée  par ses amis, la plantureuse Fran et son frère, le beau et très populaire Iago, qui est aussi l'amoureux de Willa. Un soir, alors que Fran organise sa fête d’anniversaire, Willa fait la connaissance de Edern Fils-Alberne, un garçon plutôt bizarre et réservé. Elle sympathise avec lui et découvre par la même occasion une famille attachante mais très marquée par la mort tragique des deux parents.
  
Sa curiosité augmente quand Marni, la petite soeur de Edern, lui révèle un mystère qui plane sur leur sombre et étrange demeure : chaque soir à onze heures, heure à laquelle leur mère s'est donné la mort, la pendule du salon s’arrête et Marni sent comme une présence froide dans sa chambre. De plus, depuis qu’elle a fait connaissance avec Edern, la vie de Willa est menacée à plusieurs reprises par un homme qui semble lui en vouloir…
         
Mêlant habilement plusieurs genres littéraires : le thriller, le fantastique et le sentimental, Malika Ferdjoukh fait encore mouche avec ce roman tout fraîchement relooké et dont la couverture s'inspire de l'adaptation en bande-dessinée de Chaque soir à onze heures (chroniquée ici)! Comme toujours dans ses romans, Malika Ferdjoukh parvient à créer des personnages forts et dotés d'une vraie présence. Il n'y a d'ailleurs pas que les personnages qui ont de la présence! Les lieux, notamment la vieille demeure bourgeoise de la famille Fils-Alberne en plein cœur de Paris, est tout autant chaleureuse qu'angoissante.  Cette atmosphère, digne des romans noirs, est aussi appuyée par l'ambiance hivernal mise en place par l'auteur. A la lecture de se livre on frissonne  tout autant de froid que de plaisir et de peur! Mené de main de maître avec un style toujours classe et impeccable, ce roman riche en rebondissements et en émotions est à dévorer  bien au chaud sous sa couette et avec une bonne tasse de chocolat

Chaque soir à onze heures, Malika Ferdjoukh, Flammarion, 2016

mercredi 16 novembre 2016

"Harry Potter et l'enfant maudit", J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne

Le voici enfin, le fameux "tome 8" d'Harry Potter ! Comme toute bonne fan du petit sorcier, je me suis jetée dans la lecture de ce dernier tome dès que je l'ai eu entre les mains. Et bien sûr, je n'en ai fait qu'une bouchée! Pourtant, je suis tout de même un peu mitigée sur cette suite destinée au théâtre et publiée par la suite.

Nous voici donc 19 ans après la fameuse bataille de Poudlard qui a signé la fin de Voldemort. Souvenez-vous, à la fin du tome 7, Harry, Hermione et Ron accompagnent leurs enfants respectifs au train qui va les conduire à l'école des sorciers. Le fils d'Harry, Albus Severus est terrifié à l'idée de se retrouver chez les Serpentards et de ne pas être à la hauteur de son père, et c'est là que commence le tome 8. Une fois dans le train, Albus Severus fait la connaissance d'un jeune garçon de son âge, seul lui aussi de par les rumeurs qui courent sur son compte. Tous deux vont se retrouver chez les Serpentards et vont vite devenir inséparables. Malheureusement, une ombre plane sur eux et sur leur monde.
         
Certes l'intrigue est prenante et (sans en dire d'avantage pour ne pas spoiler!), l'idée de départ est intéressante; certes on retrouve nos personnages préférés avec joie, mais on est quand même loin de la richesse de l'univers et de l'écriture de la série de J. K. Rowling (même si cette dernière a participé à l'écriture de L'Enfant maudit). Peut-être m'attendais-je trop à ressentir tout le bonheur que j'ai eu à l'époque lorsque je me plongeais à corps perdu dans chaque nouveau tome jusqu'au petit matin! Ou peut-être que c'est à cause de la forme que prend ce dernier tome. La pièce de théâtre doit sûrement être fantastique jouée et mise en scène. Les changements de décors et les effets de magie doivent être impressionnants à voir en "vrai" et l'ensemble est très rythmé.  Hélas, la lecture seule, est assez décevante. J'ai eu l'impression de lire une fan fiction, et j'ai aussi trouvé que certains passages étaient un petit peu tirés par les cheveux.
               
Bref, selon moi, il s'agit plutôt d'un tome à part que d'une suite. A lire donc si vous voulez passer un bon moment de lecture détente, mais à éviter si vous souhaitiez retrouver l'univers de J.K. Rowling et lire une "vraie" suite de Harry Potter. Mais c'est juste mon avis!

Harry Potter et l'enfant maudit, J.K. Rowling, John Tiffany, Jack Thorn, Gallimard, 2016