lundi 7 juillet 2014

"A comme aujourd'hui", David Levithan







Voici un roman plutôt audacieux et qui sort de l'ordinaire! 
         
A., âgé de 16 ans, n'est pas comme les autres ados : il change de corps, masculin ou féminin, tous les matins au réveil, et ce depuis qu'il est né. Le 5998e matin de sa vie, il se réveille dans le corps de Justin, un beau-gosse très arrogant. Cette journée s'annonce comme toutes les autres, une nouvelle vie à laquelle A. doit s'adapter, juste pour une journée. Seulement, ce matin là, A. (toujours dans le corps de Justin) rencontre Rhiannon, la petite amie de celui-ci, et c'est le coup de foudre! Alors qu'il essaie habituellement de ne pas perturber la vie de ceux qu'il occupe, A. enfreint ses propres règles et n'a désormais plus qu'une envie et raison de vivre : retrouver Rhiannon et partager d'autres moments avec elle...
          
Avec ce roman à la frontière du fantastique, David Levithan, réussi à nous tenir en haleine grâce l'intrigue amoureuse tout en abordant de nombreux sujets de société comme l'identité sexuelle, l'amour, l'adolescence, la religion, la famille, la maladie... L'auteur traite ces sujets avec beaucoup de finesse, de profondeur et de sincérité et la sobriété de son écriture rend l'ensemble vraiment agréable à lire. L'histoire, est impeccablement menée, à tel point qu'on pourrait vraiment croire en la possibilité d'existences telle que celle de A. Par ailleurs, riche de toutes les vies qu'il a vécu à travers les corps qu'il occupe, A. possède une expérience et une sagesse que peu d'ados de son âge connaissent. Un point fort qui permet à David Levithan d'exprimer, à travers la parole de A., ses propres réflexions sur des sujets qui lui tiennent à cœur.

Une ode à l'amour et à la tolérance qui mérite bien que l'on s'y attarde!



A comme aujourd'hui, David Levithan, Les Grandes personnes, 2013

samedi 21 juin 2014

"Enclave" de Ann Aguirre

Ravagé par une pandémie, le monde tel que nous le connaissons n'existe plus. La surface de la terre est devenue inhabitable et les quelques survivants ont dû apprendre à vivre dans des enclaves souterraines reliées entre elles par des tunnels, anciens réseaux  de métro. Dans ce monde, l'En-dessous, la société, dirigée par les Aînés (c'est-à-dire ceux qui parviennent à atteindre l'âge adulte), s'organise en trois groupes: les Géniteurs, qui assurent la reproduction et élèvent les enfants, les Ouvriers, et les Chasseurs, qui assurent la sécurité de l'Enclave en la défendant des Monstres, sortes de zombies, qui attaquent régulièrement les humains. Dans cette histoire, nous suivons Trèfle, 15 ans, qui vient d'atteindre l'âge de porter un prénom et de faire partie du groupe des Chasseurs. Au cours d'une mission, elle et son co-équipier Del, découvrent que les Monstres sont en train d'évoluer et de s'organiser. Et ce n'est que le début d'une longue série d’événements qui va la pousser à envisager les Aînés et tout ce dont en quoi elle croyait, sous un autre angle...
          
On trouve ici les ingrédients essentiels à une bonne dystopie! Une héroïne courageuse et déterminée, un monde apocalyptique, une société hyper hiérarchisée, organisée et surveillée, et des dangers qui menacent continuellement! Si le style d'écriture est parfois un peu négligé, l'intrigue est parfaitement construite et les rebondissements bien cadencés! Rien de très original mais très efficace et assez réaliste pour qu'on y croit... ça fait froid dans le dos et c'est à dévorer d'urgence!
        
Enclave, Ann Aguirre, Hachette, "Black Moon", 2013

samedi 10 mai 2014

"Le passage du diable" de Anne Fine

Angleterre, XIXe siècle. Daniel vit reclus dans sa maison avec sa mère. Prétextant une maladie grave et chronique, celle-ci le dissuade de sortir de son lit, d'aller à l'école, de côtoyer d'autres enfants et ne l'autorise qu'à de très rares exceptions à prendre le soleil dans le jardin. Un jour pourtant, des voisins charitables s'inquiètent et sortent Daniel du joug de cette mère sur-protectrice. Celui-ci, qui s'avère être en parfaite santé, est alors recueilli par un médecin et s'intègre immédiatement à sa nouvelle famille, oubliant presque sa vie passée ainsi que sa mère. Il va pourtant vite retourner à la réalité, le jour où le docteur lui apprend que sa mère est internée dans un hôpital psychiatrique et sombre dans une folie auto-destructrice...
             
Il y a du Hitchcock dans ce récent roman d'Anne Fine! Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Psychose à sa lecture, même si la comparaison s'arrête à la relation compliquée entre Daniel et sa mère et à l'atmosphère étrange qui se dégage du roman! Mystère et suspens flirtent ici avec le fantastique, mais Anne Fine se garde bien d'en rajouter à ce niveau là. Celui-ci sert plutôt à l'ambiance de l'histoire car Le Passage du Diable est surtout, à mes yeux, un roman d'initiation. Nous suivons en effet Daniel dans son apprentissage de la vie, des relations avec autrui, et dans ses interrogations, plus que justifiées, sur ses origines. 

Qui était cette mère dont il ne sait rien, au fond? Pourquoi celle-ci ne lui parlait jamais de son enfance et pire, se mettait dans une colère noire à l'évocation de son passé? Pourquoi il ne lui reste rien de celle-ci, si ce n'est cette somptueuse maison de poupée, identique "jusqu'à la moindre trappe et la moindre lucarne", à celle où elle passa son enfance? Qu'est-ce-que cette poupée que Daniel retrouve au cours de ses jeux, enfermée dans un petit coffre de la maison? Et qui est cet oncle qui se manifeste contre toute attente et dont Daniel n'a jamais entendu parler?...

Daniel va comprendre alors que c'est uniquement en retournant sur les tracent de son passé, qu'il parviendra à percer les mystères qui entourent sa famille et pardonnera, peut-être, à cette mère si ténébreuse... 

Un roman passionnant et efficace!!

Le Passage du Diable, Anne Fine, l’École des loisirs, "Medium", 2014


vendredi 28 février 2014

Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi

Fin du XXI siècle, ère post-pétrole, les Etats-Unis, presque entièrement noyés sous les eaux, sombrent dans le tiers-monde. Deux catégories de population y vivent : les pauvres, autrement dit "les rats", et les extrêmement riches, les "rupins", qui tirent profit de la misère. Pour survive, les pauvres travaillent à récupérer toute la ferraille des vieux pétroliers échoués sur les côtes. Nailer, un adolescent d'une quinzaine d'années, vit en Louisiane, ou ce qu'il en reste. Il est ce qu'on appelle un léger; comme il est fin et pas très grand il peut se glisser dans les recoins les plus inaccessibles des pétroliers pour récupérer les précieux matériaux. Un jour qu'il marche sur la plage, après une tempête ravageuse, une "tueuse de villes", il trouve un voilier de rupin échoué. A l'intérieur, beaucoup de cadavres et une jeune fille de son âge, très mal en point mais presque entièrement recouverte d'or! Elle lui promet encore plus de richesses s'il l'aide à s'en sortir...

 Ce roman de dystopie, bien construit et riche en actions, nous transporte dans un monde terrifiant, où la violence ne connaît pas de limites, où les survivants sont livrés à eux même, mangent des rats, risquent leur vie tous les jours pour récupérer la ferraille et respirent des substances toxiques continuellement. La chance, le mauvais œil et le Destin ont remplacés les religions et seuls les pactes de sang permettent de garder un semblant d'ordre dans ce monde de misère. Des riches, qui recyclent les métaux et ont réussi à mettre la main sur les dernières réserves de pétroles, on ne sait pas grand chose, sinon qu'ils exploitent sans vergogne les ferrailleurs des mers et voguent sur les océans avec des voiliers super-puissants et ultra sophistiqués. Ils ont aussi à leur service des mi-bêtes, créatures monstrueuses génétiquement modifiées, mi hommes mi chiens, dressées pour servir leur maître et tuer s'il le faut.

Paolo Bacigalupi réuni tous les ingrédients pour un bon roman qui allie à la science-fiction, le roman d'initiation, et des thèmes forts comme la survie, le sens de l'honneur et la loyauté. Ce roman a été finaliste du prix littéraire le plus prestigieux des Etats-Unis, le National Book award. 

Si Ferrailleurs des mers vous plaît, sachez que l'auteur a écrit une suite, Les Cités englouties. Mais, il ne s'agit pas d'une suite a proprement parlé car les personnages changent. 


Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi, Au Diable Vauvert, 2013

mercredi 5 février 2014

Le Manuel du serial killer, Frédéric Mars


Un garçon d'une dizaine d'années sort d'un match de Baseball, son frère aîné l'attend à la sortie avec une brique de jus de fruits multivitaminé. Sur le chemin du retour qui les conduit à leur domicile, le plus jeune est pris d'un malaise et meurt quelques minutes plus tard d'une hémorragie interne... 
        
Ainsi commence le Manuel du serial killer, brutalement, sans ménager son lecteur et il en ira de même pendant tout le roman!
                        
Nous suivons l'enquête autour des meurtres en série d'enfants (tous victimes d'une surdose d'Aspirine dissimulée dans des jus de fruits), par le biais de plusieurs récits enchâssés: celui de Thomas Harris, le personnage principal de l'histoire, celui du docteur Adamson, son psychiatre et celui d'un serial killer au travers de son "manuel".

Thomas Harris est étudiant à Harvard, très seul et méprisé des autres étudiants, selon lui en raison de son œil gauche qui est tout blanc, il possède un talent remarquable pour l'écriture. Comme il l'écrit dans son journal, "la mort est en [lui]" depuis le jour où ses parents se sont noyés lors d'une promenade en barque. Curieusement, il garde très peu de souvenirs de ses parents et de ce jour en particulier. En raison de cette amnésie partielle, il est suivi de près par le docteur Adamson qui relate leurs séances régulièrement dans le roman...
Sa vie va basculer, le jour où la responsable du département de littérature de Harvard lui demande de collaborer à la rédaction d'articles sur les meurtres de ces enfants pour le fameux journal de l'université, le Crimson. Dés lors, tout va très vite s'enchaîner et conduire Thomas dans le collimateur de la police, en particulier à cause de la publication du scandaleux Manuel du Serial Killer. En effet, dans ce manuel, signé du nom de Thomas mais qu'il nie farouchement avoir écrit, est révélée la méthode avec laquelle les jeunes garçons ont été assassinés!
               
Dans ce livre au rythme effréné, le lecteur va de révélations en révélations mais aussi de certitudes en doutes. Paradoxalement, plus on avance dans la lecture, plus les choses semblent se compliquer et, tout comme Thomas, nous perdons progressivement nos repères... jusqu'au moment de la révélation finale. Frédéric Mars signe là un bon thriller psychologique, divertissant à souhait et qui ne manquera pas de vous surprendre!

Pour lire une interview de l'auteur, c'est par ici!
              
Le Manuel du serial killer, Frédéric Mars, Hachette, "Black moon thriller", 2013