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lundi 17 juillet 2017

"La Guerre de Catherine" de Julia Billet et Claire Fauvel

Adaptation du roman éponyme de Julia Billet qui s'est elle-même inspirée de l'histoire de sa mère, cette bande dessinée est une réussite! L'histoire se déroule pendant la seconde guerre mondiale et on suit la vie d'une adolescente, Rachel Cohen, passionnée de photographie et hébergée dans un pensionnat près de Paris. Rachel est juive et, comme beaucoup d'autres enfants du pensionnat, elle n'est plus en sécurité. Aidés par le réseau de la résistance, les enfants vont être dispersés dans divers endroits de France et sous de fausses identités. Rachel, qui s'appelle dorénavant Catherine Colin, va ainsi passer d'une école catholique, à la ferme d'un couple de résistants, sillonnant la France toujours plus loin pour fuir les rafles allemandes. Au fil de ses voyages et de ses rencontres, Catherine grandit, tout en continuant de prendre des photos des gens qu'elle croise sur sa route. Témoignages d'une époque, ses photos sont aussi un filtre qui lui permettent de tenir la sombre réalité un peu à l'écart. Son talent s'affirme et jamais elle ne perd l'espoir de retrouver un jour ses parents qu'elle n'a pas revu depuis le début de la guerre.
    

J'avais lu des critiques élogieuses lors de la sortie du roman de Julia Billet malheureusement je n'ai jamais pris le temps de le lire. C'est donc une vraie belle découverte pour moi! Le format permet de mettre à portée de tous cette histoire forte et touchante qui rend surtout hommage à l'entraide et au courage des hommes et des femmes qui ont refusé d'obéir en dénonçant les juifs et les ont aidé. Avec son trait léger et ses couleurs lumineuses, Claire Fauvel, l'illustratrice, apporte une belle douceur à cette histoire. Une histoire bouleversante à découvrir absolument!

La Guerre de Catherine, Julia Billet et Claire Fauvel, Rue de Sèvres, 2017

samedi 9 juillet 2016

"Le Garçon au sommet de la montagne" de John Boyne

Paris, 1936. Pierrot, jeune franco-allemand, vit entouré de ses deux parents, de son chien d'Artagnan et de son ami Anshel, un petit garçon juif et muet. Si les jours qu'il coule ne sont pas toujours paisibles en raison du caractère violent de son père, traumatisé par la dernière guerre, Pierrot aime sa vie et surtout les moments qu'il passe avec son meilleur ami à inventer des histoires, lire et communiquer dans leur langue secrète. Mais un jour, un drame éclate entre ses parents et son père meurt brutalement quelque temps plus tard. Trois ans après, c'est sa mère qui succombe à la tuberculose. Pierrot est désormais seul et envoyé dans un orphelinat près d'Orléans. Son séjour y sera cependant de courte durée car sa tante Beatrix, qu'il n'a jamais vue, le réclame auprès d'elle. Beatrix est gouvernante dans une demeure située au sommet d'une montagne dans les Alpes bavaroises, le Berghof, qui n'est autre que la résidence secondaire d'Adolf Hitler. A son contacte, Pierrot, rebaptisé Pieter, va radicalement changer. Ce petit garçon de 7 ans, timide et intelligent, va devenir, au fil du temps, un petit nazi fier de lui-même, prétentieux, assoiffé de pouvoir et littéralement fasciné par Hitler. 

En à peine 300 pages (en plus c'est écrit gros!), John Boyne, dans la lignée du Garçon au pyjama rayé, nous plonge au cœur des ténèbres et parvient à dresser un tableau de l'époque avec un synthétisme exemplaire. De la montée de l'antisémitisme à l'aube de la seconde guerre, l'auteur nous décrit le cheminement douloureux de Pierrot, qui doit renoncer à sa vie d'avant, à son ami de toujours sous prétexte qu'il est juif, et même à son prénom, pas assez "allemand". Dans ce roman où tout sonne juste, on assiste ensuite impuissant à l'endoctrinement de ce petit garçon si attachant, seul et en mal d'amour. Manipulé comme un pantin par le führer, Pierrot/Pieter se transforme, petit à petit, en tyran aux idées étroites, jusqu'à commettre l'irréparable. Très prenant, le roman pose aussi plusieurs questions : comment un être gentil et innocent peut-il se transformer en monstre sans états d'âme? Comment et pourquoi décide-t-on de fermer les yeux sur des crimes effroyables? Peut-on se racheter de ses crimes? Bien sûr, l'auteur ne prétend pas y apporter de réponses mais la fin du roman, peut-être un peu expéditive (mais c'est un roman pour les enfants, n'oublions pas), apporte une note d'espoir dans toute cette noirceur. Un texte fort et percutant, qui parle aussi de résilience et de pardon.

"Ne fais jamais semblant de ne pas savoir ce qui se passait au Berghof. Tu as des yeux et des oreilles. Et, plus d’une fois, tu t’es trouvé dans ce bureau à prendre des notes. Tu as tout entendu. Tu as tout vu. Tu savais tout. Comme tu sais ce dont tu es responsable. […] Les morts que tu as sur la conscience. Tu es encore jeune, tu n’as que seize ans. Tu as la vie devant toi pour assumer ta complicité dans ces affaires. Ne dis jamais que tu ne savais pas. Ce serait le pire de tous les crimes.

Le Garçon au sommet de la montagne, John Boyne, Gallimard jeunesse, 2016